Propos introductif d'Ana Gallego Torres, directrice générale justice et consommateurs de la Commission européenne

Je vous remercie vivement de m'avoir invitée à vous présenter la stratégie de l'Union européenne pour l'égalité entre les femmes et les hommes pour la période 2026-2030. Il s'agit d'un plan ambitieux pour une Europe où l'égalité est non seulement un principe, mais une réalité, une Europe qui propose les mêmes opportunités à toutes et à tous, une Europe qui affiche une tolérance zéro à l'égard des violences faites aux femmes sous toutes leurs formes.

L'égalité ne doit pas être un idéal abstrait. Il est très inspirant de connaître le témoignage de première main des responsables politiques qui font de l'égalité un engagement quotidien. L'égalité doit se concrétiser dans nos régions, nos villes et nos communautés locales. L'Europe et ses États membres ont accompli des avancées majeures en la matière depuis la création de l'Union européenne. L'égalité entre les femmes et les hommes est en effet l'une des valeurs clés de l'Union, notamment grâce à l'adoption de directives historiques. Elle a été renforcée en Europe, en particulier durant le dernier mandat.

Nous faisons face aujourd'hui à un mouvement de repli et à une polarisation croissante, en particulier chez les jeunes. Le message central de la stratégie européenne est clair : l'Union doit montrer l'exemple en interne, mais aussi sur la scène internationale, alors que l'égalité recule ailleurs dans le monde. Les institutions européennes ne peuvent pas agir seules ; les autorités locales et régionales sont des partenaires indispensables.

Il y a vingt ans, la Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale a marqué en France une étape historique en rassemblant les collectivités autour de cet objectif. Aujourd'hui, son principe reste tout à fait valable. Les changements se construisent au plus près des citoyens et des citoyennes.

Cette stratégie est complète. Elle couvre différents aspects de la vie, en ligne comme hors ligne, avec trente actions clés pour combler les écarts persistants en matière d'emploi, de salaire, de retraite et d'investissement. Elle aborde aussi de nouveaux défis, comme la cyberviolence ou les risques liés à l'intelligence artificielle, tout en réaffirmant l'engagement ferme de la Commission à mettre en oeuvre et à faire respecter les acquis européens pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

La stratégie affirme haut et fort que l'égalité doit profiter à toutes et à tous, que ce soit en adoptant une approche intersectionnelle pour soutenir les femmes confrontées à des discriminations multiples ou en s'adressant aux hommes et aux garçons, en les encourageant par exemple à s'orienter davantage vers les secteurs du soin et de l'éducation ou à prendre des congés parentaux. L'égalité nous concerne tous.

La stratégie vise en tout premier lieu à mettre fin aux violences faites aux femmes. Dans l'Europe d'aujourd'hui, une femme sur trois subit des violences sexistes et dix-huit femmes sont tuées chaque semaine. Ces chiffres sont à la fois effrayants et inacceptables. La Commission soutient les États membres dans la mise en oeuvre de la directive relative à la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette directive historique renforce la prévention, la protection des victimes et la responsabilisation des agresseurs.

La stratégie s'attaque aussi aux violences en ligne, telles que le harcèlement, les menaces ou les deepfakes, qui sont tout aussi destructrices. Grâce au règlement sur les services numériques (DSA) et au futur plan contre le cyberharcèlement, les plateformes devront assumer leurs responsabilités. Les femmes ne doivent pas être exclues des espaces numériques essentiels à la vie publique. Or, malheureusement, la violence absolument épouvantable que l'on y trouve chasse très souvent les femmes de ces espaces.

Notre deuxième priorité est la santé des femmes. Jusqu'à présent, les systèmes de santé ont trop souvent ignoré les spécificités féminines, entraînant des sous-diagnostics et une minimisation de la douleur, par exemple pour les maladies cardiaques, l'endométriose et les conséquences de la ménopause. Autre sujet, le harcèlement sexuel au travail est interdit par la législation européenne, mais les mécanismes de prévention, de signalement et de soutien aux victimes sont clairement insuffisants. Si l'Union européenne dispose d'un cadre solide en matière de santé et de sécurité au travail, des mesures supplémentaires, y compris d'éventuelles mesures législatives, sont nécessaires pour prévenir le harcèlement sexuel au travail en tant que risque psychosocial et pour y remédier. En la matière, nous nous engageons à collaborer avec les agences de l'Union européenne, notamment par un soutien pratique aux employeurs et aux travailleurs, ainsi que par la prévention et la détection du harcèlement sexuel dans le cadre de la campagne « Lieux de travail sains » de 2027.

Afin de garantir que les médicaments soient aussi sûrs et efficaces pour les femmes que pour les hommes, la Commission, en collaboration avec l'Agence européenne des médicaments, étudiera la faisabilité de la mise en place d'un contrôle systématique tenant compte du genre tout au long du cycle de vie des médicaments à usage humain, y compris dans la recherche et le développement.

Notre troisième priorité est l'autonomisation économique et la compétitivité. L'égalité est aussi un levier de croissance. L'écart salarial, qui s'élève actuellement à 11 % dans l'ensemble de l'Union européenne, ainsi que l'écart d'emploi coûtent des centaines de milliards d'euros par an. L'Europe est en train de perdre une part de sa compétitivité à cause de ces phénomènes. La directive sur la transparence des salaires est un outil clé. Nous visons à faire de l'Europe un leader pour les femmes dans la recherche, l'innovation et les start-up d'ici à 2030.

Dans le cadre du projet Girls Go STEM, nous formerons un million de filles aux carrières scientifiques d'ici à 2028. Les hommes sont tout aussi nécessaires que les femmes pour faire de l'égalité une réalité. Grâce au projet Boys in Care, nous encouragerons leur présence dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de l'administration.

Pour une égalité au travail, il faut aussi une égalité au sein des foyers. Nous proposerons un pacte européen des soins pour un partage équitable des responsabilités et des charges familiales. Par ailleurs, quatre jeunes femmes sur dix subissent du harcèlement au travail, ce qui est intolérable. Les futurs actes en faveur des emplois de qualité renforceront aussi la prévention du harcèlement au travail.

Enfin, la stratégie vise à augmenter la représentation féminine dans la vie publique et politique. Les femmes représentent 50 % de la population générale, mais seulement un tiers des parlementaires et des ministres au sein de l'Union. Ce déséquilibre affaiblit nos démocraties : faute d'engager les femmes à proportion de ce qu'elles représentent dans la société, nous sommes en train de perdre des talents.

Les femmes en politique font face à des menaces et à du harcèlement, surtout en ligne, il faut le dire. Nous présenterons une recommandation sur la sécurité en politique pour les protéger et nous lutterons contre les discours de haine qui polarisent la société. Le simple fait de visualiser ces problèmes et de les mettre en lumière doit suffire pour mener un dialogue constructif et pour améliorer la situation.

En conclusion, la stratégie de l'Union européenne pour l'égalité entre les femmes et les hommes 2026-2030 vise à bâtir une Europe où les genres ne limitent pas les opportunités des uns et des autres, que ce soit en matière de justice, de prospérité ou de renforcement démocratique. Cette stratégie est un pas vers l'Europe en laquelle nous croyons, une Europe plus juste, plus compétitive et plus démocratique.

Ensemble, avec les élus nationaux et locaux, la société civile et les citoyennes et citoyens, nous pouvons transformer ces objectifs en réalité. C'est en cela que la Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale demeure un outil clé. Sa mise à jour en 2022, en intégrant une approche intersectionnelle, prouve son actualité et son importance. Je félicite donc tous les signataires locaux et régionaux pour avoir revitalisé cet accord significatif. Je salue votre combat quotidien pour faire en sorte que toutes les femmes et tous les hommes puissent jouir de droits égaux et vous remercie de votre intérêt.

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