III. LA RÉNOVATION DU SITE FRANÇOIS-MITTERRAND : UN MUR D'INVESTISSEMENT À VENIR

A. UN SITE EMBLÉMATIQUE, DONT L'ORGANISATION FONCTIONNELLE EST PERFECTIBLE

1. Un bâtiment monumental, qui concentre les principales fonctions de la BnF

Le projet du site François-Mitterrand de la BnF a été lancé à la fin des années 1980, en réponse au constat que le site historique de Richelieu ne suffisait plus à absorber la croissance des collections. La construction de ce nouveau site devait également permettre d'initier le projet de numérisation et de consultation à distance des collections.

En 1989, le choix porta sur un terrain de 7,5 hectares en bord de Seine, dans le 13? arrondissement, qui était une friche industrielle au sein de la Zone d'aménagement concerté (ZAC) Seine Rive Gauche. Le concours architectural a été remporté par Dominique Perrault, et l'implantation présentait également une dimension de politique urbaine, en contribuant à la transformation de ce secteur de Paris.

Le chantier aboutit à une inauguration en mars 1995, mais la bibliothèque d'étude ouvre réellement le 20 décembre 1996, tandis que la bibliothèque de recherche sera mise en service le 8 octobre 1998. Cette mise en service progressive s'explique par l'ampleur de l'opération, qui impliquait également le transfert, l'organisation, l'informatisation et la communication des collections.

Le coût global de l'opération de création de la BnF autour du site François-Mitterrand s'est élevé à environ 1,21 milliard d'euros courants (7,965 milliards de francs).

Architecture du site François-Mitterrand

Le bâtiment conçu par l'architecte Dominique Perrault, retenu à l'issue d'un concours international en 1989, se réclame d'une esthétique à la fois classique et minimaliste :

Ce projet est une pièce d'art urbain, une installation minimaliste, le « less is more » de l'émotion, où les objets et leurs matières ne sont rien sans les lumières qui les transcendent. 

Tours, étuis de verre, avec double peau et filtres solaires multipliant les reflets, amplifiant les ombres : magie absolue de la diffraction de la lumière au travers de ces prismes cristallins.

La bibliothèque est organisée autour d'un socle - la vaste plate-forme horizontale qui constitue l'esplanade - et de quatre tours de verre en forme d'équerre, placées aux quatre angles. Celles-ci abritent sept étages de bureaux protégés par des volets de bois mobiles et onze étages de magasins.

L'accès à l'esplanade, couverte de bois d'ipé du Brésil, dur et imputrescible, se fait par de grands emmarchements face à la Seine.

Symétrie, clarté, rigueur, équilibre, monumentalité définissent l'architecture du bâtiment, dont les matériaux font la part belle au verre, à l'acier et au bois.

Source : site de la Bibliothèque nationale de France

Le site François-Mitterrand est devenu le principal site public et documentaire de la BnF. Il abrite une bibliothèque tous publics en haut-de-jardin, la bibliothèque de recherche en rez-de-jardin, ainsi que des espaces d'exposition et des auditoriums et de vastes magasins.

Les collections imprimées et audiovisuelles, ainsi que la réserve des livres rares, sont conservées en partie dans le socle et dans les tours. Les 7 premiers étages des tours accueillent des bureaux, en plus de ceux situés dans le socle du bâtiment. Le site accueille également des salles de formation, des ateliers de conservation et de restauration, ainsi que des centres de consultation liés à d'autres institutions, dont le CNC et l'INA.

Le site François-Mitterrand se caractérise par une très forte densité d'équipements techniques. Les documents transmis font état d'environ 80 000 points lumineux, d'environ 80 ascenseurs et monte-charges, de près d'une centaine de centrales de traitement d'air et d'une « Gestion technique centralisée » (GTC) comptant près de 200 000 points.

À ces équipements s'ajoute le transport automatique de documents, dont le rapport IGF de 2009 rappelait qu'il reposait sur un réseau ferroviaire de 7 800 mètres linéaires, 330 nacelles, 424 aiguillages, 454 automates sélecteurs et 535 lecteurs d'étiquettes électroniques32(*).

Carte du site François-Mitterrand

Source : site de la BnF. Date : juillet 2014

2. La construction du centre d'Amiens devrait permettre une réorganisation partielle du site de la BnF

Depuis son ouverture, le site a connu des opérations de mutualisation et de regroupement, notamment pour accueillir des personnels du site Richelieu pendant les travaux, et plus généralement des opérations de rationalisation et d'optimisation des espaces.

En outre, des travaux d'aménagement achevés en 2014 ont créé un nouvel espace d'accueil et de nouveaux espaces de travail ; une entrée Est a été réalisée ; et un espace inexploité a été concédé à MK2, permettant l'ouverture de quatre salles de cinéma fin 2013.

Il n'y a cependant pas eu, jusqu'à ce jour, de recomposition significative des fonctions internes du site.

La libération progressive d'espaces au sein du site François-Mitterrand, rendue possible par le projet de nouveau centre de conservation d'Amiens, a conduit la BnF à envisager la transformation de la tour 2 en espaces tertiaires pouvant être loués à des tiers.

Dans les orientations issues du SPSI 2018-2022 et du schéma directeur immobilier, le scénario de référence reposait sur la libération complète de cette tour, sa rénovation lourde en vue d'une commercialisation en bureaux, ainsi que le relogement des personnels et des fonctions concernés dans les autres tours et dans le socle du bâtiment.

Le Conseil de l'immobilier de l'État avait toutefois souligné dès 2021 que les scénarios de libération de la tour envisagés présentaient des risques financiers importants et que leur faisabilité technique, juridique et économique restait à établir. Il relevait notamment que le scénario consistant à libérer et réhabiliter une tour entière supposait un coût des travaux évalué à 105 millions d'euros, pour un produit de valorisation estimé à 8,5 millions d'euros par an, soit un retour sur investissement de l'ordre de 25 ans.

Le Conseil de l'immobilier de l'État avait également estimé que l'État propriétaire devait apprécier l'opportunité d'un changement de destination d'une partie significative du site François-Mitterrand, y compris du point de vue symbolique, et que la BnF n'avait pas vocation à piloter seule une opération de valorisation d'un bien domanial sans lien direct avec ses missions33(*).

Le projet a également suscité des controverses en interne. Les organisations syndicales avaient dénoncé une stratégie immobilière perçue comme guidée par une logique de valorisation financière, dans un contexte de tensions sur les effectifs, de besoins lourds de rénovation du site François-Mitterrand et de saturation persistante des capacités de conservation.

Lors des auditions menées par le rapporteur, les représentants syndicaux ont indiqué qu'ils avaient demandé un audit objectif des besoins et des coûts, estimant que la priorisation devait porter d'abord sur le maintien de l'ouverture du site, les conditions de travail et les missions fondamentales de conservation et de communication des collections.

Les études complémentaires conduites en 2024-2025 ont conduit à remettre en cause la viabilité du projet. Le projet de SPSI 2026-2030 chiffre le coût global d'une éventuelle libération et de transformation de la tour T2 à 135,35 millions d'euros. Selon les hypothèses retenues, les revenus locatifs attendus ne couvriraient qu'environ 33 % du coût total de l'opération sur trente ans, investissement initial inclus. Le coût résiduel restant à la charge de la BnF représenterait donc près des deux tiers de ce coût total, ce qui conduit l'établissement à considérer le projet comme non viable financièrement.

Une note de la BnF transmise au ministère de la Culture indique par ailleurs que : « cette hypothèse de valorisation externe (cession, location) de la Tour 2 a été explicitement écartée par le Président Gilles Pécout en octobre 2024 pour plusieurs raisons », citant l'équilibre économique d'une telle démarche, qui serait incertain, les besoins de disposer de disposer d'espaces de stockage pour les collections, et enfin « les besoins de reloger l'équivalent de 300 postes de travail depuis le socle (aujourd'hui en bureaux aveugles ou en second jour), vers des espaces libérés en tour. »

La direction de la BnF considère que la transformation de la tour 2 en bureaux loués à des acteurs privés n'est désormais plus d'actualité. Le projet semble désormais entièrement abandonné.

En revanche, la construction du centre de conservation d'Amiens devrait permettre de réorganiser en partie le site. Le transfert de certaines collections de Paris à Amiens permettra de libérer des magasins, qui pourront être réaffectés soit à d'autres collections, soit à d'autres usages. La BnF a notamment évoqué au rapporteur spécial la transformation de niveaux de magasins en espaces de bureaux pour des magasiniers ou agents travaillant aujourd'hui dans des locaux aveugles. La BnF estime en effet entre 200 et 300 le nombre de postes de travail ne bénéficiant pas de lumière du jour.


* 32 Rapport sur la Bibliothèque nationale de France, sous la supervision de Nathalie Coppinger et René Klein, Inspection générale des finances, Janvier 2009, annexe IV, page 6.

* 33 Avis sur la stratégie immobilière de la Bibliothèque nationale de France (BnF) et son schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI) 2018-2022, Conseil de l'immobilier de l'État, page 8.

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