N° 699
SÉNAT
SESSION ORDINAIRE DE 2025-2026
Enregistré à la Présidence du Sénat le 3 juin 2026
RAPPORT D'INFORMATION
FAIT
au nom de la commission des affaires
économiques (1) sur :
« Le pastoralisme
: un modèle
d'élevage
d'avenir »,
Par MM. Jean-Marc BOYER, Yves BLEUNVEN et Lucien STANZIONE,
Sénateurs
(1) Cette commission est composée de : Mme Dominique Estrosi Sassone, présidente ; MM. Alain Chatillon, Daniel Gremillet, Mme Viviane Artigalas, MM. Franck Montaugé, Franck Menonville, Bernard Buis, Fabien Gay, Vincent Louault, Mme Antoinette Guhl, M. Philippe Grosvalet, vice-présidents ; MM. Laurent Duplomb, Daniel Laurent, Mme Sylviane Noël, M. Rémi Cardon, Mme Anne-Catherine Loisier, secrétaires ; Mmes Martine Berthet, Marie-Pierre Bessin-Guérin, MM. Yves Bleunven, Michel Bonnus, Denis Bouad, Jean-Marc Boyer, Jean-Luc Brault, Frédéric Buval, Henri Cabanel, Alain Cadec, Guislain Cambier, Mme Anne Chain-Larché, MM. Patrick Chaize, Patrick Chauvet, Pierre Cuypers, Daniel Fargeot, Gilbert Favreau, Mmes Amel Gacquerre, Marie-Lise Housseau, Annick Jacquemet, Micheline Jacques, MM. Yannick Jadot, Gérard Lahellec, Mmes Marianne Margaté, Pauline Martin, MM. Serge Mérillou, Jean-Jacques Michau, Sebastien Pla, Christian Redon-Sarrazy, Mme Évelyne Renaud-Garabedian, MM. Olivier Rietmann, Daniel Salmon, Marc Séné, Lucien Stanzione, Jean-Claude Tissot.
L'ESSENTIEL
Bien qu'issu de traditions ancestrales, le pastoralisme est un modèle d'élevage de premier plan dans le paysage agricole français. À l'occasion de l'année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux proclamée par l'Assemblée générale des Nations unies, la commission des affaires économiques du Sénat a confié à Jean-Marc Boyer, Yves Bleunven et Lucien Stanzione la mission de s'interroger sur l'avenir de ces pratiques.
Au-delà de l'image d'Épinal du berger en transhumance, le pastoralisme, qui renvoie à l'alimentation du bétail par le pâturage de ressources fourragères spontanées, concerne 18 % des élevages d'herbivores français qui utilisent des parcours et 35 000 exploitations de type pastoral extensif. Son potentiel économique est estimé à 8,5 milliards d'euros auxquels s'ajoutent 10 milliards d'euros de services non marchands.
Au cours de leurs travaux, les rapporteurs ont entendu 101 personnes (éleveurs, gardiens de troupeau, administration centrale et déconcentrée, élus locaux, gestionnaires de parcs nationaux ou régionaux, etc.) et se sont rendus dans le Vaucluse et dans le Puy-de-Dôme pour tenter de saisir toute la diversité et le dynamisme des pratiques pastorales.
Il leur est apparu essentiel de mettre en lumière les nombreux défis auxquels fait face le pastoralisme, qui pèsent sur la rentabilité économique des exploitations : morcellement du foncier, impact du changement climatique, pression de la prédation, multiplication des conflits d'usage, etc.
Le pastoralisme, qui prône des pratiques extensives utilisant peu d'intrants, dispose pourtant de nombreux atouts. Des solutions se dessinent pour envisager plus sereinement son avenir : lever les contraintes qui pèsent sur le pastoralisme, d'une part, et renforcer la valorisation des produits et services qu'il rend, d'autre part.
I. DÉPASSER L'IMAGE D'ÉPINAL DU PASTORALISME
|
20 % |
Proportion du territoire national |
|
27 M |
Nombre de ruminants nourris |
|
35 000 |
Nombre d'exploitations |
|
8,5 Mds € |
Potentiel économique annuel |
|
10 Mds € |
Services non marchands rendus |
Sources : chiffres-clés des prairies et des
parcours de l'Institut de l'élevage
et Chambres d'agriculture
France
Le pastoralisme n'est pas cantonné à la montagne, même s'il est particulièrement développé dans les massifs. Il se retrouve sous diverses formes dans une multitude de milieux naturels (landes, garrigues, etc.) et recouvre une grande diversité de pratiques d'élevage (transhumance, sylvopastoralisme, etc.).
Les pratiques pastorales concernent, à des degrés variés, 14,6 millions d'UGB1(*) soit 27 millions de ruminants et 1 million d'équidés qui valorisent les prairies françaises et participent pleinement à la production nationale.
Alors que plus de 20 000 hectares de terres sont abandonnés chaque année par l'agriculture, le pastoralisme est relativement moins touché par la déprise agricole et la décapitalisation du cheptel.
Évolution des exploitations avec élevage d'herbivores
Source : Recensements agricoles Agreste
Même si les élevages pastoraux sont moins productifs du fait des contraintes naturelles qui pèsent sur les milieux où le pastoralisme est pratiqué, cette différence de productivité ne se traduit pas nécessairement par une plus faible rentabilité.
En effet, les atouts du pastoralisme sont nombreux :
- des investissements de départ plus faibles ;
- une moindre utilisation d'intrants ;
- une manière de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs en matière de bien-être animal, de conditions de production et de santé ;
- des externalités positives en matière de préservation de la biodiversité et d'aménagement du territoire (stockage du carbone, prévention des incendies, etc.).
Pour autant, la rentabilité économique du pastoralisme est fragilisée par l'effet conjugué :
· des diverses contraintes qui vont en s'intensifiant dans le contexte du changement climatique (accès au foncier, à l'eau, prédation, conflits d'usage, etc.) ;
· d'une trop faible valorisation des produits issus du pastoralisme.
* 1 Unités de gros bétails.
