C. L'INGÉNIERIE, POUR QUOI ?
Le caractère unanime de la demande d'ingénierie chez l'ensemble des élus rencontrés ne doit pas éluder la grande diversité des besoins des territoires, ainsi que le caractère plus ou moins abouti des réflexions associées. Les rapporteurs insistent : l'ingénierie ne constitue pas une fin en soi, mais doit être mise au service de projets opportuns et robustes. Force est de constater que parmi les projets qui ont été soumis à l'analyse de la mission, tel n'a pas toujours été le cas.
Ainsi, la question du « comment ? » est manifestement privilégiée à la question du « pour quoi ? ». Cela pose la question de la réelle pertinence d'une politique publique de soutien indistinct en ingénierie telle que celle qui est conduite par plusieurs acteurs, dont, sur le plan national, l'État lui-même. Plusieurs représentants de l'État rencontrés dans les départements visités ont reconnu que les programmes nationaux de soutien en ingénierie opérés via l'ANCT avaient quelquefois pu être utilisés de manière opportuniste tel un « enrobage » de « projets plus ou moins fondés » qui « se seraient de toute façon concrétisés, même sans le programme ».
De fait, la plus-value qu'est susceptible d'apporter une ingénierie bien ciblée est d'aider les élus à caractériser et à préciser leurs besoins, objectif pour lequel une ingénierie publique indépendante apparaît la mieux placée. En témoigne par exemple la singularité de la position et du rôle revendiqués par la direction d'un des CAUE auditionnés par la mission : il s'agit de « mettre sur la table des sujets que les élus locaux tendent quelquefois à éluder, par méconnaissance ou par désintérêt », tels que l'adaptation aux conséquences du dérèglement climatique, qui ne « constitue pas le coeur de mission [d'autres acteurs présents dans le département] ».
Toujours selon le même témoignage, c'est précisément le caractère public du CAUE qui lui « permet d'accompagner les collectivités dans une montée en compétence éclairée », y compris sur des sujets dont les élus discernent moins aisément les enjeux : « il s'agit de proposer à l'élu le meilleur projet pour le territoire ».
Comme le résume d'ailleurs M. Quentin Spooner, sous-préfet de Mamers (Sarthe) : « la question de l'ingénierie, c'est de voir comment on arrive à transformer le territoire de manière durable et à y déployer des projets structurants ».15(*)
* 15 Entretien au Mans en date du 11 mai 2026.