D. QUELLE OPTIMISATION DE L'OFFRE ?
Les données de l'équation territoriale sont ainsi les suivantes : d'un côté, le consensus sur un fort besoin local en ingénierie, en particulier dans les territoires les moins bien dotés et les plus ruraux ; de l'autre, la difficulté fréquente des élus locaux à s'orienter au sein de l'offre publique existante ; enfin, le contexte contraint préoccupant caractérisant les finances publiques nationales et locales. Comme le formule d'ailleurs M. Pascal Berteaud, directeur général du Cerema16(*), « la contraction des ressources disponibles (financières mais aussi en termes de compétences techniques qui conduisent à des difficultés de recrutement) et l'émergence de nouveaux enjeux, dont celui de l'adaptation au changement climatique et la réduction des risques, mettent à l'agenda politique la recherche d'une efficacité accrue des systèmes de soutien à l'ingénierie des territoires. »
Si la question de la « rationalisation » de l'offre peut parfois se poser au niveau national, comme l'ont par exemple relevé plusieurs inspections17(*) à propos de certains opérateurs de l'État, il est toutefois apparu aux rapporteurs, au fil de leurs entretiens et déplacements, que la question ne se posait pas exactement dans ces termes au sein des territoires ruraux. « Dans le Cantal, nous n'avons pas les moyens de faire des doublons », comme le pointe par exemple Mme Sandrine Carlut, directrice de l'agence technique départementale Cantal ingénierie et territoires (CIT)18(*).
Du point de vue de l'efficience financière et face à l'immensité des défis à relever pour les territoires ruraux, il semble ainsi pertinent, pour ces territoires moins dotés, de parler d'optimisation de l'offre plutôt que de rationalisation. « La question n'est pas tant sur la quantité de l'offre d'ingénierie : les besoins en ingénierie sont tels qu'une offre fournie est nécessaire. L'enjeu est celui de la complémentarité avec l'offre existante et de la subsidiarité », selon les termes de la fédération nationale des CAUE19(*).
La situation paraît en effet sous-optimale dans le cas emblématique de courts-circuits entre certaines interventions telles que les prestations privées financées par l'ANCT et l'offre locale publique déjà existante (voir ci-après). Ce dispositif en particulier des marchés nationaux à bons de commande, comme le souligne le rapport inter-inspections précédemment cité, « interfère avec l'offre d'ingénierie locale existante, au risque de déstabiliser l'écosystème de l'ingénierie locale ou, à tout le moins, de le fragiliser ».
La perspective qui a donc été adoptée par les présents travaux a été de se focaliser, au sein des territoires ruraux étudiés, sur l'offre publique déjà existante, dans un souci d'alimenter, par des témoignages et des retours d'expériences recueillis au plus près du terrain, le débat sur l'optimisation de l'existant.
* 16 Contribution écrite en date du 9 avril 2026.
* 17 Rapport inter-inspections IGA, Igas, IGF, IGEDD, « Rationalisation des interventions des opérateurs de l'État au profit des collectivités en matière d'ingénierie territoriale », juin 2025.
* 18 Entretien à Saint-Flour en date du 24 mars 2026.
* 19 Réponses au questionnaire des rapporteurs en date du 30 avril 2026.