III. LES INTERVENTIONS DES PARLEMENTAIRES FRANÇAIS DANS LES DÉBATS
Les interventions qui suivent sont présentées selon l'ordre chronologique dans lequel elles ont été prononcées, en fonction de l'ordre du jour adopté et des listes d'orateurs établies par la direction de la séance de l'APCE.
A. RAPPORT D'ACTIVITÉ DU BUREAU ET DE LA COMMISSION PERMANENTE - OBSERVATION DES ÉLECTIONS À L'ASSEMBLÉE DU KOSOVO (28 DÉCEMBRE 2025)
L'intervention de Sophia Chikirou (porte-parole du groupe GUE)
Chers collègues.
Des institutions comme la nôtre existent contre la guerre pour le droit international, pour les droits de l'Homme. Pourtant, nous sommes pris dans des contradictions douloureuses et même parfois honteuses. À Gaza, le génocide se poursuit, en Palestine, la colonisation s'intensifie. En Israël, le régime d'apartheid se durcit avec la loi sur la peine de mort qui vise exclusivement les Palestiniens.
Le Secrétaire général, M. Alain Berset, a d'ailleurs dénoncé un grave recul et Mme la Présidente, Petra Bayr, estime que cette loi compromet gravement le statut d'observateur d'Israël auprès de notre Assemblée. Nous partageons ces déclarations.
Malheureusement, le bureau de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a refusé le débat d'urgence sur l'exclusion d'Israël du statut d'observateur. Nous savons aussi que, pour se dresser contre Israël et ses dirigeants, des militants, des journalistes, des citoyens sont surveillés dans toute l'Europe et des dispositifs de lutte contre la désinformation, l'influence ou même contre le terrorisme sont utilisés contre eux pour les faire taire.
Ainsi, le ministre français M. Jean-Noël Barrot, qui sera là tout à l'heure, a attaqué Mme Francesca Albanese sur la base d'une fake news et l'a accusée d'antisémitisme. La députée européenne Mme Rima Hassan a été mise en garde à vue sous prétexte d'apologie du terrorisme. La France a empêché l'entrée sur son territoire de M. Shawan Jabarin, directeur d'Al-Haq. Il est ainsi empêché de participer à des rencontres à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. En Allemagne, on dénombre plus de 9 000 cas de poursuites judiciaires contre des citoyens en lien avec la Palestine.
Nos valeurs et nos principes sont bien faibles dès qu'il s'agit de la Palestine. La même contradiction est apparue avec l'Iran. La guerre américano-israélienne est illégale et injuste. Rien ne la justifie. Et lorsqu'une partie des dirigeants européens invoque le droit international contre l'Iran, comme l'a fait Mme Kaja Kallas, mais se tait quand il s'agit des États-Unis et d'Israël, ils valident un ordre fondé sur la violence et non pas sur le droit.
Un droit sélectif n'est pas un droit. C'est un instrument de domination. Le problème n'est donc pas l'absence de droit. Le problème est le moment où nous commençons à y renoncer, et c'est là que se situe, à mes yeux, le point de bascule. Je vous propose, mesdames et messieurs, de prendre conscience de cela. Et pour sortir de la crise, essayons d'être cohérents avec nos valeurs, sans exception et sans double standard. C'est ce à quoi appellent les peuples. Les mobilisations dans tous les pays d'Europe, les mobilisations populaires, ont fait beaucoup plus pour la paix que beaucoup de nos dirigeants européens.
Voilà pourquoi je souhaitais attirer votre attention sur ce point du rapport de notre confrère, parce que je crois essentiel que nous puissions prendre conscience qu'en tant que représentation parlementaire, nous avons le devoir de porter la voix des peuples avant tout, et de porter cette voix qui exige la paix et qui exige la cohérence politique.
Ce n'est pas le cas aujourd'hui, je crois, avec ce refus de mettre à l'ordre du jour le débat pour exclure Israël du statut d'observateur de notre Assemblée.