CONCLUSION
TOURNER LE REGARD VERS LES JEUX OLYMPIQUES
ET PARALYMPIQUES DE
2030
La livraison du village des athlètes et celle du village des médias ont indéniablement été un succès. Le président de la République, lors du discours qu'il a prononcé à l'inauguration du village olympique et paralympique, le 29 février 2024, a déclaré que l'aboutissement de ce chantier hors norme était la preuve que « la France est une nation de bâtisseurs ». Nicolas Ferrand, alors directeur général de la Solidéo, a ajouté : « on a fait du village olympique non seulement une vitrine mais aussi un manifeste sur les grandes questions urbaines du XXIe siècle ».
L'ensemble de la mission effectuée par le rapporteur spécial, et particulièrement le déplacement qu'il a réalisé, confirme qu'il ne s'agit pas que de discours, mais d'une opération d'aménagement urbain majeure, aussi ambitieuse que réussie. Les quelques évolutions de la trajectoire financière sont mineures en comparaison des enjeux.
La livraison du village des athlètes de Paris 2024 dans les délais et le respect des coûts impartis est d'autant plus remarquable que des éditions précédentes des Jeux ont été marquées par des révisions substantielles de leur modèle économique, par une intervention publique accrue, voire par une mauvaise qualité du bâti.
Le rapporteur spécial souhaite particulièrement rendre hommage à Tony Estanguet, Nicolas Ferrand et Michel Cadot, dont le professionnalisme, et surtout le sens de l'État, ont été l'un des ingrédients clés de la réussite des Jeux.
La réussite de l'opération de 2024 ne doit cependant pas conduire à sous-estimer les défis de l'organisation des Jeux d'hiver de 2030.
Le village olympique et paralympique des Jeux de 2030 n'est pas dans le champ de la présente mission de contrôle, mais il a tout de même semblé indispensable au rapporteur de l'évoquer brièvement, au regard non seulement des enjeux financiers qu'il porte, mais aussi de la comparaison qui sera nécessairement faite par rapport au projet de 2024.
Il faut néanmoins relever qu'il n'y aura pas de village olympique unique comparable à celui de Paris 2024. Le projet des Alpes françaises 2030 repose sur plusieurs villages d'athlètes, répartis par pôles géographiques, afin de rapprocher les athlètes des sites de compétition.
Le schéma de candidature prévoyait que chacun des quatre pôles géographiques accueille un village : à Saint-Jean-de-Sixt en Haute-Savoie, à Bozel pour la Savoie, à Briançon pour les Hautes-Alpes, et à Nice pour les Alpes-Maritimes. Il est prévu une réhabilitation lourde du fort des Trois-Têtes ainsi que du site de l'ancienne usine de la Schappe pour le site de Briançon, tandis que les constructions nouvelles seront privilégiées pour les autres sites.
La logique d'héritage est également présente pour les Jeux de 2030 : la Solidéo Alpes 2030 présente près de quarante ouvrages à livrer « pour et en héritage des Jeux », avec 880 millions d'euros de financements publics dédiés aux infrastructures pérennes.
Il est toutefois incertain que le site de Nice soit maintenu, après l'annonce que les épreuves de glace se tiendront finalement à Lyon45(*). L'épisode niçois est d'ailleurs le dernier d'une série de difficultés rencontrées dans l'organisation des Jeux de 2030 depuis le début de l'année. À cela, il faut ajouter que le temps requis avant l'organisation des Jeux de 2030 est plus contraint que pour 2024.
Il n'est cependant pas utile de dramatiser la situation. Le village des athlètes de 2024 a été construit dans le contexte de la pandémie de Covid-19 puis de la crise énergétique, et les logements ont pourtant été livrés dans les temps. L'organisation très spécifique du projet, centrée autour de la méthode de la supervision élaborée par la Solidéo, avait permis de maintenir un contrôle véritable par la puissance publique, et de garantir la qualité des logements tout en maîtrisant les coûts.
Pour 2030, cette méthode est reprise, mais avec une différence importante : la dispersion géographique et l'hétérogénéité des territoires devraient conduire la Solidéo Alpes 2030 à exercer davantage de maîtrise d'ouvrage directe que pour Paris 2024. Il n'en demeure pas moins que la méthode de la supervision est en train d'être transmise en héritage à la Solidéo 2030, et qu'elle continuera de jouer un rôle important.
L'héritage juridique des Jeux de 2024 est significatif également. La loi n° 2026-201 du 20 mars 2026 relative à l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2030 reprend plusieurs outils éprouvés ou inspirés de 2024, comme celui du permis à double état : lorsqu'un projet comporte un état provisoire pour les Jeux et un état définitif pour l'après-Jeux, le permis peut autoriser les deux états.
Cette transmission entre les opérateurs des Jeux de 2024 et ceux de 2030 doit être encouragée. C'est la raison pour laquelle la réalisation d'un bilan méthodologique de la fonction de supervision est tout à fait adaptée dans la perspective des Jeux de 2030.
Recommandation : Tirer un bilan méthodologique de la fonction de supervision exercée par la Solidéo pour les Jeux de 2024, afin notamment d'adapter cette méthode aux Jeux d'hiver de 2030 (Solidéo, Délégation interministérielle aux Jeux olympiques et paralympiques).
* 45 « Le comité d'organisation acte le transfert des épreuves de glace de Nice à Lyon », L'Équipe, 29 mai 2026