B. UN RETOUR D'EXPÉRIENCE SUR LA QUALITÉ D'USAGE DES VILLAGES EN COURS DE RÉALISATION

1. Des malfaçons localisées, sans remise en cause de la livraison générale

À ce stade, les malfaçons identifiées dans les documents transmis demeurent circonscrites et ne remettent pas en cause la livraison générale des villages. Elles n'en appellent pas moins à la vigilance.

Le principal cas recensé concerne le village des médias, dans le secteur du Plateau à Dugny. La société Ametis y a construit 520 logements, dont 399 logements familiaux et 121 unités en résidence.

Les réponses transmises au rapporteur spécial indiquent que des désordres ont été signalés par le promoteur constructeur sur une cinquantaine de logements, soit près de 10 % du parc concerné sur ce secteur. Ces désordres sont intervenus peu après la livraison aux premiers acquéreurs, ce qui a conduit la Solidéo, en sa qualité d'aménageur, à demander à l'opérateur de mobiliser les moyens nécessaires à leur résolution technique. Des échanges réguliers ont également été mis en place entre la Solidéo et le maire de Dugny afin de suivre l'évolution de la situation.

Le second cas notable concerne la partie du village des athlètes située dans la ZAC de l'Écoquartier fluvial à L'Île-Saint-Denis.

La chambre régionale des comptes relève que le promoteur Pichet-Legendre n'est pas parvenu à respecter plusieurs jalons d'avancement, entraînant des décalages répétés dans la libération des emprises et une reprise du phasage des travaux d'espaces publics43(*). Parmi les causes de ces retards figuraient des malfaçons importantes sur le lot de gros oeuvre, ayant nécessité la substitution d'entreprises en cours de chantier et la reprise complète de certains ouvrages de fondation.

Il convient toutefois de souligner que ces difficultés de chantier n'ont pas empêché la mise à disposition des logements pendant les Jeux. Le promoteur Pichet-Legendre a indiqué qu'un protocole signé en janvier 2025 avec le Cojop entérinait l'absence de retard préjudiciable et donc l'absence de pénalité à sa charge au titre de la mise à disposition des logements. Il faisait également valoir qu'aucun incident technique ou bâtimentaire significatif n'avait été déploré pendant la phase d'occupation par les athlètes44(*).

En l'état des informations disponibles, aucun cas équivalent n'est signalé pour la ZAC Village olympique et paralympique stricto sensu, située à Saint-Denis et Saint-Ouen.

2. Des retours d'habitants encore trop récents pour apprécier pleinement l'héritage de Paris 2024

Aucune collecte de données organisée et représentative n'a encore été conduite auprès des nouveaux habitants des deux villages. Les premiers emménagements sont encore récents : les occupants du village des médias ont commencé à arriver fin 2024, tandis que ceux du village des athlètes se sont installés à compter de la rentrée 2025.

Il n'existe donc pas encore de recul suffisant pour apprécier pleinement l'appropriation de ces nouveaux quartiers par leurs habitants, ni leur fonctionnement ordinaire en matière de commerces, de services publics, d'espaces publics ou de mobilités.

Une première démarche d'évaluation a toutefois été engagée par l'État. Dans le cadre du programme d'évaluation de l'impact des Jeux défini en 2021 et coordonné par la Délégation interministérielle aux jeux olympiques et paralympiques, une évaluation consacrée à l'impact des Jeux sur l'urbanisme francilien a été conduite en partenariat avec l'Institut Paris Région. Sa méthodologie comprend des enquêtes de terrain sur plusieurs sites, dont les deux villages, afin de recueillir le point de vue d'usagers et d'habitants des secteurs environnants. Leur restitution n'est pas encore disponible, et elle est prévue à l'automne 2026.

Une seconde phase d'études, envisagée en 2029, devrait permettre de disposer d'un recul plus important sur le fonctionnement réel des deux quartiers issus des villages olympiques et sur l'atteinte des objectifs d'héritage qui avaient justifié leur aménagement. Le processus de labellisation « ÉcoQuartier » doit également contribuer à cette évaluation dans la durée. Les deux villages ont obtenu le label à l'étape « ÉcoQuartier livré », mais l'étape ultérieure « ÉcoQuartier vécu », prévue trois ans après la livraison, suppose précisément de vérifier l'usage effectif du quartier et l'appropriation du projet par ses habitants, ses usagers et ses gestionnaires.

La labellisation « ÉcoQuartier »

Lancée par l'État en 2009 dans le cadre du plan « Ville durable », la démarche ÉcoQuartier a débouché en décembre 2012 sur la création d'un label national ÉcoQuartier.

Le label distingue des opérations d'aménagement ou de renouvellement urbain qui mettent en oeuvre les principes du développement durable, en les adaptant aux caractéristiques de leur territoire. Il repose sur une démarche volontaire et partenariale, sans attribution automatique d'aide financière, et s'appuie sur un référentiel national comprenant vingt engagements relatifs notamment au cadre de vie, aux usages, au développement territorial, à l'environnement et au climat.

Depuis la réforme de 2023, la labellisation est recentrée sur les quartiers « livrés » puis « vécus ». La première étape permet de reconnaître la qualité d'une opération achevée ; la seconde, trois ans après la livraison, vise à apprécier son fonctionnement réel, l'appropriation par les habitants et usagers, ainsi que la capacité des gestionnaires à faire vivre les engagements initiaux.

Source : commission des finances, d'après le ministère de la Transition écologique, démarche nationale ÉcoQuartier

Toutes ces initiatives sont pertinentes, et elles peuvent être renforcées en coordonnant ces démarches de suivi, et en publiant à terme un bilan consolidé des usages réels de ces quartiers ainsi que des retours des habitants.

Recommandation : Réaliser une évaluation d'ensemble de l'appropriation des quartiers par les habitants et leur impact urbain (Solidéo, DHUP).

3. Des équipements publics largement livrés, une desserte encore à stabiliser

Les équipements publics, les espaces verts et les nouvelles liaisons urbaines font partie intégrante des enjeux d'aménagement des deux villages.

Dans le village des athlètes, l'héritage comprend notamment deux groupes scolaires, représentant 35 classes, deux crèches, six hectares d'espaces verts publics, la rénovation ou la recomposition d'équipements sportifs et scolaires existants, ainsi qu'un nouveau centre de secours.

Dans le village des médias, l'héritage porte notamment sur trois écoles représentant 47 classes, une crèche, un gymnase, le parc sportif et scolaire du Bourget, la passerelle de franchissement de l'autoroute A1 et l'extension de treize hectares du parc Georges-Valbon sur le Terrain des Essences.

Le niveau d'avancement est toutefois différent selon les sites. Pour le village des athlètes, une partie importante des équipements est déjà réalisée ou ouverte. Le groupe scolaire de Saint-Ouen accueille des élèves depuis septembre 2023, le complexe sportif Pablo-Neruda a été rénové et inauguré en 2025, et le centre de secours Henri-Deglane, correspondant à la base avancée de la préfecture de police et de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, a également été ouvert en 2025.

La partie située à L'Île-Saint-Denis a, pour sa part, été inaugurée en septembre 2025 et comprend notamment des espaces publics, une base nautique, une centrale de mobilité et un équipement culturel.

Les principaux équipements restant à livrer sont désormais la première phase du parc Ampère et la place olympique, qui devraient ouvrir en 2026, tandis que le groupe scolaire de Saint-Denis, ramené à 18 classes après la réorientation de l'îlot F, doit ouvrir à la rentrée 2027.

Pour le village des médias, plusieurs équipements structurants ont déjà été réalisés. Les deux écoles du Bourget, Jean-Jaurès et Jacqueline-Auriol, ont ouvert dès janvier 2023 et constituent les premiers équipements publics livrés dans la ZAC du Cluster des médias. Le Terrain des Essences, dépollué et renaturé, a été ouvert en 2025, permettant l'extension du parc Georges-Valbon de treize hectares. Les écoles de Dugny, comprenant dix classes élémentaires et six classes maternelles, ont ouvert en septembre 2025.

La phase 2 de l'Aire des Vents, renvoyée à l'après-Jeux, doit compléter le quartier par de nouveaux logements et par des équipements publics associés, notamment une crèche et un gymnase à Dugny.

En ce qui concerne les réseaux de transport, pour le village des athlètes, les principales liaisons physiques sont en place. La ligne 14 a été prolongée jusqu'à Saint-Denis Pleyel en juin 2024. Pour le village des médias, la desserte repose aujourd'hui surtout sur les infrastructures existantes et les aménagements de proximité, comme le RER B au Bourget et le tramway T11 à Dugny-La Courneuve.

L'offre de transport structurante n'est toutefois pas entièrement en place. Les lignes 16 et 17 du Grand Paris Express, qui devaient renforcer fortement l'accessibilité du secteur du Bourget, de Dugny et plus largement du nord francilien, ne sont pas encore en service. L'ensemble du réseau de bus n'est pas encore stabilisé non plus.

Carte des équipements et des espaces verts du village des athlètes

Source : rapport de la Solidéo, « excellence environnementale », Bilans et perspectives, page 26

Carte des équipements et des espaces verts du village des médias

Source : rapport de la Solidéo, « excellence environnementale », Bilans et perspectives, page 28


* 43 Chambre régionale des comptes Île-de-France, Jeux olympiques et paralympiques Paris 2024 : Société d'économie mixte Plaine Commune Développement - Zone d'aménagement concerté « Écoquartier fluvial », rapport d'observations définitives et sa réponse, exercices 2019 et suivants, août 2025, pages 26 et 27.

* 44 Chambre régionale des comptes Île-de-France, Jeux olympiques et paralympiques Paris 2024 : Société d'économie mixte Plaine Commune Développement - Zone d'aménagement concerté « Écoquartier fluvial », rapport d'observations définitives et sa réponse, exercices 2019 et suivants, août 2025, pages 28 et 29.

Les thèmes associés à ce dossier

Partager cette page