C. DE LA POPULARISATION DES CODES « MASCU » AU RISQUE DE RADICALISATION VIOLENTE

1. Une adhésion croissante et diffuse, portée par une imprégnation culturelle « à bas bruit »

Les travaux de la délégation montrent que les masculinismes progressent moins par une adhésion revendiquée à une idéologie structurée que par une imprégnation culturelle diffuse. Samuel Comblez, de l'association e-Enfance, décrit ainsi une forme de « petite pluie fine » qui, par l'accumulation de contenus, de références et de représentations, modifie progressivement les perceptions des rapports entre les femmes et les hommes.

Les auditions ont mis en évidence une véritable « socialisation idéologique à bas bruit ». Les discours masculinistes empruntent désormais les codes du divertissement et de la culture populaire et numérique.

Discours masculinistes, « mâles sigma » et pop culture

Mèmes, vidéos courtes, conseils de séduction ou de musculation permettent à ces représentations de circuler bien au-delà des communautés qui s'en revendiquent explicitement.

Cette popularisation passe également par des figures comme celle du « mâle sigma », ainsi que par un vocabulaire largement diffusé auprès des jeunes générations.

Source : Samuel Tanner et François Gillardin

Exemples d'expressions issues de la manosphère

Des termes tels qu'« alpha », « sigma », « Chad », « body count » ou « looksmaxxing » ne constituent pas de simples effets de mode linguistiques : ils véhiculent une vision hiérarchisée et profondément inégalitaire des rapports sociaux et de genre.

Source : Délégation aux droits des femmes

Les discours masculinistes dépassent aujourd'hui largement les seules communautés qui s'en revendiquent et imprègnent plus largement non seulement les représentations collectives, mais aussi les comportements de ceux qui y sont exposés.

Sondage OpinionWay pour Sidaction

2. Un risque de radicalité pouvant mener à la violence : repérer les « signaux faibles » du masculinisme radicalisé

L'adhésion aux représentations masculinistes ne conduit évidemment pas mécaniquement à la violence. Pour certains profils, la frontière entre adhésion, radicalisation et passage à l'acte peut être plus poreuse qu'il n'y paraît.

Les facteurs de vulnérabilité psychopathologiques récurrents sont les suivants : isolement social, « humiliations sentimentales », harcèlement scolaire, sentiment de déclassement ou difficultés familiales. Ces trajectoires s'accompagnent souvent d'une quête de réparation identitaire fondée sur la recherche d'une masculinité idéalisée, parfois à travers le culte du corps, le looksmaxxing ou des formes de surenchère viriliste.

Source : Délégation aux droits des femmes, à partir d'une présentation d'Alexandre Ledrait, professeur de psychopathologie
et de psychocriminologie cliniques

Cette radicalisation s'exprime généralement par des signaux faibles précurseurs bien avant un éventuel passage à l'acte : banalisation de propos misogynes, y compris au sein du foyer, rejet de l'égalité, ou encore adhésion à des discours complotistes.

3. Le passage à l'acte terroriste masculiniste : une menace réelle et identifiée

En France, la menace terroriste masculiniste est aujourd'hui suivie de près par les services du renseignement intérieur (DGSI), qui ont développé en la matière une réelle expertise et une volonté d'anticipation de la menace qualifiée d'émergente.

À ce jour, pour ce qui relève de la mouvance incel, un seul attentat terroriste imminent a été déjoué par la DGSI (en juillet 2025 à Saint-Etienne). Toutefois d'autres affaires liées à l'idéologie incel sont suivies de près par les services du renseignement intérieur : une dizaine d'individus susceptibles de radicalisation violente sont actuellement dans le viseur de la DGSI, tous très jeunes (moins de 21 ans) dont une part non négligeable de mineurs. Par ailleurs, la DGSI souligne une forte connectivité entre les mouvements masculinistes et les mouvements d'ultra-droite.

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