B. LES MOUVEMENTS MASCULINISTES CONTEMPORAINS : DES IDÉOLOGIES MOUVANTES ET EN RECOMPOSITION

1. D'une nébuleuse de mouvances hétérogènes et évolutives vers des formes plus diffuses et banalisées : « cinquante nuances de masculinismes »
a) Une diversité de courants aux logiques souvent contradictoires mais avec des référents communs : le « bar à salade » des idéologies masculinistes

L'un des premiers constats qui s'impose lorsque l'on cherche à appréhender les mouvements masculinistes actuels est leur extrême hétérogénéité.

Ces masculinismes ne désignent pas des mouvements homogènes et constituent encore moins un ensemble idéologique pleinement cohérent. Ils renvoient plutôt à une myriade de communautés, de discours et de références qui, tout en partageant certains référentiels communs, empruntent des formes, des registres et des objectifs parfois profondément divergents.

Comme l'a rappelé l'historienne Christine Bard61(*), le masculinisme « inclut un masculinisme associatif et un masculinisme en ligne, la manosphère. Cette mouvance est hétérogène : elle compte des mouvements religieux conservateurs, certaines communautés du jeu vidéo, la communauté de la séduction, les séparatistes, les « abstinents involontaires » (incels) animés par un ressentiment misogyne ».

Cette diversité explique qu'il soit sans doute plus juste de parler des masculinismes que du masculinisme, au singulier, lorsqu'on évoque ces courants.

Plusieurs auteurs ont tenté de proposer une classification de ces mouvements, avec des approches parfois différentes, qu'il s'agisse par exemple des travaux de Stéphanie Lamy62(*), Pauline Ferrari63(*) ou encore Sylvie Tenenbaum64(*).

Dans Antiféminismes et masculinismes d'hier et d'aujourd'hui (2025), Christine Bard cite notamment une publication65(*) qui distingue quatre tendances ou communautés : les défenseurs des droits des hommes, les artistes de séduction ou coachs de vie, les involutary celibates ou chastes involontaires (incels) et les hommes poursuivant leur propre voie (les Men Going Their Own Way ou MGTOW), partisans d'un séparatisme masculin.

Un exercice de classification difficile, comme le souligne Stéphanie Lamy dans La terreur masculiniste (2024), car non seulement « il est difficile de catégoriser l'offre idéologique masculiniste » mais de surcroît celle-ci « comporte le risque d'enfermer, de figer des catégories et des individus. » Elle ajoute toutefois que cet effort de clarification demeure nécessaire, dans la mesure où il s'agit de « leur ôter le pouvoir d'avancer masqués par les termes euphémisants qu'ils ont choisis pour se qualifier afin de minorer la violence de leurs milieux ».

C'est pourquoi elle propose une typologie qui regroupe les masculinismes en plusieurs grandes familles :

- les « tradis », qui incluent notamment les fondamentalistes religieux ou les mouvements de défense des droits des hommes ;

- les « primitifs », qui valorisent un retour à une masculinité supposément originelle ;

- les « relationnistes », où l'on retrouve les pick-up artists (des « coachs en séduction »), les incels ou les MGTOW ;

- et enfin les « performatifs », qui investissent notamment les univers du fitness, du jeu vidéo ou des réseaux sociaux pour mettre en scène une masculinité de la domination.

Interrogée par la délégation66(*), Stéphanie Lamy estime que cette grille de lecture demeure pertinente, tout en relevant l'émergence récente de formes de type « technomasculinisme », particulièrement visibles dans certains espaces numériques.

Toutefois, ces classifications ne doivent pas masquer la porosité croissante entre les différents univers masculinistes.

L'image d'un « bar à salade » ou d'une « macédoine » idéologique, où chacun viendrait puiser des fragments de discours, semble particulièrement pertinente pour décrire les recompositions contemporaines. Les appartenances y sont souvent mouvantes et les frontières poreuses.

Cette fluidité explique aussi les contradictions parfois profondes entre ces mouvances. Comme l'a relevé Hélène Roger67(*), directrice du pôle Analyses et Plaidoyer chez Sidaction, « les masculinismes sont contradictoires entre eux : on y trouve à la fois des pick-up artists qui cherchent des conquêtes féminines et promeuvent des relations sexuelles à tout-va et d'autres profils qui ne veulent au contraire aucune relation avec les femmes. Ces mouvements se contredisent donc en permanence. ».

Pour autant, cette diversité ne doit pas conduire à sous-estimer les points communs qui structurent ces univers.

Comme l'a souligné Julien Mésangeau, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lille, lors d'une table ronde68(*) réunissant des chercheurs, « ces espaces se présentent souvent comme distincts et parfois concurrents », mais « ils partagent largement des référents communs, des diagnostics convergents sur les rapports hommes-femmes et des manières de parler très proches. »

Il observe ainsi que les publics « circulent d'un univers à l'autre, recomposent leur appartenance et agrègent des fragments de discours issus de tous ces espaces », de sorte que « ce qui se stabilise chez ces utilisateurs, ce sont moins des idéologies cohérentes que des expressions clés, des signifiants flottants ».

Autrement dit, si les mouvements masculinistes contemporains empruntent des formes diverses, ils s'agrègent autour de référents communs puisant dans un fond idéologique partagé.

b) Les principales expressions du masculinisme contemporain au sein de la « manosphère »

Les masculinistes ont aujourd'hui trouvé un terrain d'expression renouvelé avec l'essor de la « manosphère », définie comme un ensemble de communautés numériques, forums, influenceurs et espaces de discussion structurés autour de discours masculinistes, antiféministes ou misogynes.

Cet écosystème numérique a favorisé une circulation accélérée de ces discours, leur mise en réseau et parfois leur radicalisation. Plusieurs communautés et sous-cultures s'y rattachent aujourd'hui, avec des références, vocabulaires et cadres idéologiques distincts, mais un socle commun rappelé précédemment qui permet de les rattacher à la définition des masculinismes.

Ce nouvel espace d'expression « en ligne » a aussi déplacé les obsessions masculinistes dans une optique beaucoup plus égocentrée, comme l'explique la chercheuse Laura Verquere : « Alors que les causes masculinistes se sont initialement structurées en hors-ligne autour des droits des hommes, on observe, dans les espaces numériques, davantage un tournant individualiste, centré sur le bien-être des hommes et les effets subjectifs du féminisme dans les domaines de la sexualité et de l'amour. »

(1) Les pick-up artists : brigades de harcèlement et de contournement du consentement des femmes.

Parmi les premières communautés masculinistes à avoir fait l'objet de travaux approfondis en France figurent les pick-up artists (PUA), ou « coachs en séduction ».

Très présents en ligne, à travers des forums spécialisés ou des contenus de coaching, ces groupes développent des méthodes visant à multiplier les situations de drague et les conquêtes sexuelles, les femmes étant perçues comme des proies à conquérir. Comme le précise la spécialiste Stéphanie Lamy, ces « coach en séduction » n'ont en réalité que peu à voir avec la séduction, mais animent plutôt « des brigades de harcèlement et de contournement du consentement des femmes ».

Par ailleurs, derrière une apparente logique de développement personnel et de séduction, les travaux de Mélanie Gourarier69(*), anthropologue, chargée de recherche au Centre national de recherche scientifique (CNRS), mettent en lumière un fonctionnement centré sur la construction d'un entre-soi masculin fondé sur la compétition et la hiérarchisation entre pairs.

Une logique que Laura Verquere résume en expliquant que les pick-up artists cherchent à « reprendre le contrôle sur la séduction et donc sur les femmes. Mais l'idée, en filigrane, est de se comparer et de se hiérarchiser entre hommes ».

La conquête féminine apparaît ainsi moins comme une fin en soi que comme un support de reconnaissance masculine.

Pour autant, comme le rappelle Pauline Ferrari70(*), il ne faut pas s'y méprendre, « cette communauté est bien plus toxique qu'elle n'y paraît », en raison d'une vision essentialiste des femmes mais aussi « parce qu'elle s'adresse tout particulièrement aux adolescents à la recherche de conseils pour naviguer dans leurs premières relations ».

(2) Les MGTOW : des hommes séparés des femmes mais obsédés par leur contrôle

Autre courant bien identifié, les MGTOW (Men Going Their Own Way) prônent le retrait volontaire des relations durables avec les femmes.

L'expression signifie littéralement « les hommes qui suivent leur propre voie ». Ce courant encourage les hommes à se retirer volontairement des relations durables avec les femmes. Il repose sur l'idée que les institutions sociales et juridiques seraient devenues structurellement défavorables aux hommes71(*). Selon Laura Verquere, ils « défendent le retrait de la vie amoureuse au profit d'une sociabilité exclusivement masculine ».

À la différence d'autres mouvances davantage tournées vers la confrontation ou la conquête, les MGTOW revendiquent une forme de séparation volontaire, fondée sur le refus des relations jugées asymétriques.

Ce courant n'en demeure pas moins potentiellement très dangereux. Comme le souligne Stéphanie Lamy72(*), « ils vont jusqu'au féminicide » faisant ainsi référence au meurtre de Mélanie Ghione, assassinée en janvier 2020 par son ex-conjoint, Mickaël Philetas, membre de la mouvance MGTOW.

La spécialiste de ces mouvements précise : il s'agit de « la mouvance qui me semble la plus dangereuse », comptant notamment parmi ses membres Andrew Tate « l'un des prédicateurs les plus connus, qui cible des hommes âgés de 30 à 50 ans ». Ce dernier, comme l'a précisé Nathalie Pilhes, déléguée ministérielle au plan national « Femmes, paix et sécurité », devant73(*) les rappporteures, est malheureusement aussi « l'homme aux douze milliards de vues sur les réseaux sociaux ».

(3) Les incels : une communauté sombre qui déshumanise les femmes

Les communautés incels (involuntary celibates, ou « célibataires involontaires ») constituent aujourd'hui l'une des expressions les plus visibles et les plus radicales du masculinisme contemporain. Elles regroupent des hommes qui attribuent leur incapacité supposée à accéder à des relations affectives ou sexuelles à des mécanismes sociaux ou biologiques perçus comme injustes et insurmontables. Laura Verquere décrit74(*) ces communautés comme composées d'hommes « frustrés sexuellement, ce qui devient la clé de leur identité et justifie une haine envers les femmes ».

À l'issue de plusieurs mois d'infiltration de forums incels, Julien Chavanes décrit75(*) quant à lui « une sous-culture très sombre et très fournie, faite de complotisme, de concepts pseudo-scientifiques, de rhétorique victimaire et surtout d'une misogynie extrême ». Il souligne que ces espaces développent une vision profondément hiérarchisée des rapports sociaux et sexuels, dans laquelle « un homme n'a de valeur que par sa capacité à avoir accès au corps des femmes » et où les hiérarchies masculines sont extrêmement codifiées puisqu'ils « s'en remettent à une échelle de l'attractivité graduée de 1 à 10 : à 10 règnent les chads » et « à zéro se morfondent les incels, place à laquelle ils se pensent condamnés à cause d'une mauvaise génétique ».

Les membres de cette communauté se définissent ainsi en manque par rapport aux normes de la masculinité dominante, jugées inaccessibles car résultant de logiques biologiques contre lesquelles il est impossible de lutter. Dès lors, en raison de « leur très grande faute », celle « de ne pas être attirées par eux, les incels », les femmes sont déshumanisées, qualifiées de « femoids » et décrites comme étant « manipulatrices, vénales et lubriques ».

Dans ses formes les plus radicales, cette idéologie a été associée à plusieurs passages à l'acte violents, dont la tuerie d'Isla Vista en 2014, souvent considérée comme un moment fondateur de la visibilité internationale du mouvement.

L'identité masculiniste dans la mouvance Incel

L'exemple d'Elliot Rodger

Le 23 mai 2014, une tuerie causant 6 morts et 14 blessés est perpétrée dans la localité américaine d'Isla Vista située à proximité immédiate du campus de l'Université de Californie à santa Barbara. L'auteur des faits Elliot Rodger est un étudiant de 22 ans. Il assassine ses trois colocataires à l'arme blanche puis s'engage dans un périple meurtrier au volant de son véhicule, ouvrant le feu de manière aléatoire avec pistolet semi-automatique sur des passants et les commerces. Il met ensuite fin à ses jours par arme à feu au moment où la police s'apprête à l'interpeller.

Avant de passer à l'acte, Elliot Rodger avait publié une vidéo sur la plateforme YouTube et diffusé à son entourage un long manifeste écrit de 137 pages initulé « My Twisted World » (mon monde tordu). S'y trouve exprimé tout son ressentiment envers les femmes, qu'il accuse de l'avoir toujours rejeté. Il est fait part aussi de son hostilité envers les hommes plus attirants ou populaires que lui.

S'estimant rejeté par une société « impure », il se considérait pourtant comme un être d'exception (« je suis Elliot Rodger...magnifique, glorieux, suprême, éminent...divin...je suis la chose la plus proche de ce que peut être un dieu vivant76(*) ») et avait élaboré une théorie insensée, à mi-chemin entre l'eugénisme et l'anéantissement quasi-total de la composante féminine de l'humanité.

Sa diatribe misogyne et raciste ciblait tout particulièrement les hommes noirs et asiatiques, coupables selon lui, d'attirer les femmes les plus désirables dont lui-même était « cruellement » privé.

Bien que n'ayant pas été le premier Incel à passer à l'acte77(*), Elliot Rodger est souvent révéré par la communauté masculiniste comme un « saint » et son exemple a vraisemblablement influencé plusieurs autres tueurs de masse. C'est ainsi qu'entre 2014 et 2021, près d'une dizaine d'homocides inspirés par l'idéologie incel ont été recensés aux Etats-Unis78(*), au Canada79(*), en Angleterre80(*) et en Allemagne81(*).

Si la mouvance masculiniste est beaucoup plus présente en Amérique du Nord qu'en Europe, les références idéologiques incel nourrissent néanmoins des projets violents, y compris en France. Ainsi, fin 2024, sur signalement de la plateforme PHAROS était interpellé en Gironde un homme de 26 ans se réclamant de l'idéologie incel, ayant pour projet de perpétrer le 23 mai, date anniversaire des dix ans de la tuerie d'Isla Vista, une action en hommage à Elliot Rodger.

Source : DGSI

(4) D'autres communautés moins bien identifiées

À côté de ces communautés bien identifiées, il existe aussi des mouvements moins structurés, tels que le mouvement NoFap qui tire son nom de l'argot anglophone « fap », désignant la masturbation. Laura Verquere précise qu'il s'agit d'une communauté en ligne, « étudiée par Florian Vörös et Mélanie Gourarier, qui encourage les hommes à s'abstenir de se masturber et de regarder de la pornographie pour améliorer leur énergie et leur confiance en soi. L'idée est donc de se reviriliser et de se revitaliser par l'abstinence. »

Ces différentes communautés illustrent la diversité des courants présents dans la sphère masculiniste en ligne, allant de groupes centrés sur le développement personnel à des espaces où circulent des discours plus radicaux, antiféministes ou violents.

Précisons enfin que ces catégories, pour utiles qu'elles soient à la compréhension de la structuration des communautés masculinistes, notamment des milieux les plus radicaux, sont loin d'épuiser les catégories d'acteurs que l'on retrouve dans la manosphère.

c) L'émergence de formes plus diffuses et culturellement banalisées : la néo-manosphère
(1) D'une manosphère identifiable à une néo-manosphère diffuse

Pour la délégation, les expressions du masculinisme contemporain ne doivent plus être appréhendées uniquement à travers les courants les plus identifiés de la manosphère.

Les divers courants présentés précédemment demeurent bien sûr structurants, et doivent conserver toute l'attention des pouvoirs publics, mais ils coexistent désormais avec des expressions plus diffuses, moins explicitement idéologiques, qui participent pourtant à la circulation de représentations analogues.

Comme l'ont expliqué Samuel Tanner et François Gillardin82(*), professeurs à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, à la délégation qui s'est rendue à Montréal, la manosphère a muté, elle s'est diversifiée, et partiellement fondue dans la culture internet populaire.

Cette transformation repose sur plusieurs dynamiques convergentes telles que la migration vers de nouvelles plateformes, la monétisation de certains contenus, l'hybridation avec les univers du développement personnel, du fitness, du jeu vidéo ou de la culture entrepreneuriale, mais aussi la diffusion de codes culturels permettant de rendre ces représentations plus attractives et socialement acceptables.

Les mutations de la manosphère

Source : Présentation de Samuel Tanner et François Gillardin devant la délégation à Montréal

Plus largement, le masculinisme contemporain se diffuse moins par adhésion explicite à des communautés idéologiques que par exposition répétée à des contenus, codes et références devenus familiers dans l'espace numérique ordinaire.

Comme l'a souligné83(*) Cécile Simmons, « les idées masculinistes ont aussi été amplifiées par des podcasts généralistes dont l'audience dépasse très largement celle des médias traditionnels ». Elle observe également que ces représentations investissent désormais les nouveaux environnements technologiques, y compris les contenus générés par intelligence artificielle.

Il ne s'agit donc plus seulement d'une galaxie de groupes militants ou communautaires, mais d'un écosystème beaucoup plus diffus.

(2) L'une des figures les plus révélatrices de cette recomposition est celle du « mâle sigma »

Initialement popularisée dans certains espaces numériques anglophones comme une variation des typologies pseudo-hiérarchiques opposant mâles « alpha », « bêta » ou « oméga », la figure du « sigma » désigne un homme solitaire, discipliné, autosuffisant, performant et détaché des normes sociales ordinaires. Là où le « mâle alpha » incarne la domination visible et la conquête sociale, le sigma se présente comme un dominant discret, moins tourné vers le groupe, plus individualiste, obsédé par l'auto-optimisation et la maîtrise de soi.

Cette figure peut apparaître, à première vue, comme plus éloignée des formes classiques du masculinisme car elle ne revendique pas explicitement la haine des femmes et emprunte volontiers au vocabulaire du développement personnel ou de la performance individuelle. C'est précisément ce qui en fait un vecteur particulièrement efficace de banalisation.

« Mâles sigma » et pop culture

Source : Présentation de Samuel Tanner et François Gillardin devant la délégation à Montréal

En effet, en substituant au ressentiment explicite une esthétique de la maîtrise, du détachement et de la « meilleure version de soi-même », cette figure reformule des représentations déjà bien connues des mouvances masculinistes.

Lors de leur présentation devant la délégation, Samuel Tanner et François Gillardin ont expliqué que « Sigma incarne une communication toxique sexiste qui fait la promotion de modèles relationnels délétères des rapports hommes/femmes, plus généralement, des rapports de genre, et cela, en activant les tropes d'une masculinité hégémonique. »

Il ne s'agit certes plus ici d'un discours militant structuré, mais d'un imaginaire culturel largement diffusé, facilement appropriable et souvent présenté sous des formes humoristiques.

(3) Le cas particulier du mouvement des tradwives : une vision masculiniste des rapports de genre relayée par des femmes

Parmi les formes plus récentes de promotion des discours masculinistes figure le phénomène des tradwives (contraction de traditional wives, « épouses traditionnelles ») qui valorise un retour à des rôles de genre stéréotypés.

Encore relativement émergent en France mais déjà bien installé dans le monde anglo-saxon, il s'agit d'un mouvement qui est né selon la journaliste Pauline Ferrari84(*) « dans les années 2010, d'abord au Royaume-Uni, puis aux États-Unis ».

La spécificité de ce phénomène tient à sa forme. Là où d'autres courants masculinistes adoptent des rhétoriques ouvertement antiféministes ou virilistes, les tradwives mobilisent les codes de l'influence à l'aide d'une esthétique soignée, d'une valorisation du foyer, de la maternité.

La journaliste souligne toutefois qu'il ne faut pas se laisser tromper par les apparences : derrière la mise en scène d'un quotidien domestique idéalisé, « les tradwives sont des influenceuses politiques. La plupart ont pour conjoints ou amis des personnes appartenant à des cercles politiques réactionnaires, notamment, aux États-Unis, des sénateurs républicains anti-IVG. Ce sont des influenceuses qui font la promotion d'idées politiques ».

S'il s'agit bien d'une mise en scène car, comme le relève Pauline Ferrari, « si vous connaissez des personnes qui gèrent seules leur foyer ou des familles monoparentales, vous savez à quel point une robe ne reste pas aussi blanche après une journée... », elles contribuent à rendre plus acceptables des représentations profondément inégalitaires des rapports entre les femmes et les hommes.

Un constat auquel souscrit Faustine Garcia85(*), chargée de plaidoyer et de la Force juridique de la Fondation des femmes : « ce sont des femmes qui servent une idéologie masculiniste, qui prônent la soumission au mari et un retour à une répartition traditionnelle des rôles entre les sexes, contribuant ainsi à renormaliser la domination masculine ».

Cette évolution traduit le fait que les contenus antiféministes ne ciblent plus uniquement les jeunes hommes. Cécile Simmons86(*) a ainsi alerté la délégation sur le fait que des contenus antiféministes sont « de plus en plus proposés aux jeunes filles », en soulignant que l'importance de ce phénomène tend encore à être minimisée.

Un phénomène qui, s'il ne doit pas être surestimé à ce stade dans le contexte français, constitue néanmoins un signal d'évolution important.

Il montre que les discours réactionnaires sur les rapports de genre se diffusent aussi à travers des récits esthétisés et plus difficiles à identifier comme masculinistes, ce qui peut en renforcer le pouvoir d'attraction, notamment auprès des plus jeunes.

2. Une surenchère de discours de plus en plus violents qui visent à réduire les femmes au silence
a) Un double niveau de discours, entre provocation publique et radicalisation dans les espaces fermés

Les travaux de la délégation montrent une évolution préoccupante des discours masculinistes. Au-delà d'une rhétorique victimaire sur la prétendue « crise de la masculinité » ou la dénonciation d'un féminisme présenté comme oppressif, certains espaces voient prospérer des propos décomplexés et extrêmement violents à l'égard des femmes.

Cette radicalisation repose sur un double niveau de discours : celui qui a lieu dans les espaces ouverts et les discours au sein des espaces moins accessibles.

Dans l'espace public numérique, les influenceurs masculinistes adoptent déjà des contenus volontairement provocateurs, conçus pour capter l'attention et susciter l'engagement algorithmique.

Intervenant lors du colloque organisé par la délégation le 27 novembre 2025 à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le journaliste Pierre Gault, qui a infiltré plusieurs communautés masculinistes, explique que « pour se distinguer, les influenceurs n'hésitent pas à recourir à des phrases choc pour faire réagir, être relayés et mis en avant par l'algorithme. C'est ainsi qu'ils gagnent en visibilité et en abonnés ».

À l'occasion d'une table ronde87(*) organisée par la délégation ayant pour thème « Les hommes engagés face aux violences faites aux femmes », le romancier et auteur pour la jeunesse, Thomas Piet, a diffusé pendant son intervention plusieurs vidéos au cours desquelles il tourne en dérision les stéréotypes et propos misogynes véhiculés par les masculinistes.

Les extraits diffusés reprenaient plusieurs thèmes récurrents des discours masculinistes tels que :

- La domination masculine : « Avec les femmes, n'hésitez pas une seconde à les punir. Quand elle a un mauvais comportement, punis-là directement. »

- L'emprise : « Elle parle à d'autres hommes : au revoir » ; « Ne jamais laisser passer quoi que ce soit, il n'y a que comme ça qu'une femme te respectera. »

- La masculinité hétéronormée : « Aujourd'hui, les mecs mangent des sushis, t'es hétéro ou pas ? Ramène-moi un steak. »

- La chute de la natalité : « Grâce à la libération de la femme, l'humanité est en train de s'éteindre » ou « Je donne mon cul à tout le monde avant de me rendre compte que peut-être un jour je devrais faire un bébé »

Thomas Piet précise alors, non sans humour, que les « personnes que nous venons de voir ne sont pas des acteurs ni des comédiens, mais bien des personnes convaincues, qui publient deux ou trois vidéos par jour sur ces sujets. »

Ces contenus demeurent toutefois souvent calibrés pour éviter de franchir explicitement les limites légales. Pierre Gault observe ainsi que ces influenceurs « flirtent avec la ligne rouge », mais « ne la franchissent jamais, car ils auraient trop à perdre ».

Le changement d'échelle dans les propos intervient dans les espaces fermés (groupes privés, communautés payantes, échanges vocaux...) où la parole se libère nettement. « Sur leur communauté privée, les influenceurs échappent à tout contrôle.

À l'abri des regards, leur discours est bien plus violent.

Pierre Gault, journaliste, réalisateur et auteur

b) Des espaces fermés où se banalisent domination, contrainte et apologie des violences faites aux femmes

Ces communautés privées ne se contentent pas de diffuser des discours misogynes et masculinistes. Elles constituent parfois de véritables espaces de socialisation et d'apprentissage de la domination masculine.

Pierre Gault résume ainsi ce qu'il y a observé : « on apprend aux hommes à être dominants dans toutes les situations : en séduction, dans leurs relations amicales, au travail, dans leur vie de couple et même, et peut-être surtout, dans leur sexualité ».

Dans certaines communautés de séduction infiltrées par le journaliste, des stratégies étaient explicitement enseignées pour contourner le consentement des femmes : « Cela va très loin, puisque dans des communautés de drague que j'ai infiltrées, le « chef de meute » allait jusqu'à donner une technique pour tordre le consentement d'une femme lorsqu'elle refusait un rapport sexuel à la dernière minute - ce qu'ils appellent la « last minute resistance » - pour parvenir à un rapport sexuel avec elle. »

Dans d'autres cas, le consentement lui-même est relativisé au nom d'une prétendue connaissance supérieure de la sexualité féminine. Pierre Gault rapporte ainsi qu'un influenceur conseillait à ses abonnés de « déglinguer bien bien fort sa partenaire », présenté comme le meilleur moyen de procurer du plaisir à une femme, supposément incapable d'assumer publiquement ce qu'elle désirerait réellement. « D'après lui, il s'agissait de la méthode la plus efficace pour qu'une femme prenne du plaisir, une vérité inavouable que les femmes ne pourraient assumer en société, mais que lui avait décelée. Celui dont je vous parle n'avait alors que 25 ans. »

Ces témoignages illustrent une banalisation particulièrement préoccupante de la violence sexuelle. Comme l'a souligné Christine Bard, « le droit au viol, la décrédibilisation de la parole des victimes font partie du discours masculiniste ».

Le journaliste Julien Chavanes, qui a infiltré plusieurs forums incels, décrit lui aussi, devant la délégation88(*), des communautés où « toutes les violences s'y expriment », notamment « des apologies des violences conjugales, du féminicide, des massacres de masse, du viol, du cyberharcèlement ou du harcèlement de rue ».

Cette surenchère répond aussi à une logique communautaire. Comme l'a relevé Julien Mésangeau89(*), la violence y devient un marqueur d'appartenance car plus le propos est « brutal, méprisant et extrême, plus l'on fait partie du groupe ».

La violence promue par ces discours dépasse la seule sphère sexuelle. Elle s'étend aux relations affectives et conjugales, à travers la normalisation de comportements d'emprise. Cécile Simmons a ainsi alerté sur la normalisation du contrôle coercitif : « Le contrôle coercitif, par exemple, est complètement normalisé par ces influenceurs qui expliquent aux jeunes hommes qu'il est normal que leurs petites amies ne puissent pas aller à la salle de sport ou qu'il faille contrôler leur téléphone ».

Les discours masculinistes ne valorisent donc pas seulement une masculinité autoritaire ou viriliste. Ils légitiment des comportements caractéristiques des violences conjugales.

D'une manière générale, ils contribuent à banaliser toutes les formes de domination, de contrainte et de violence à l'égard des femmes.

c) Des discours qui peuvent aussi se traduire en actes

Tous ces courants masculinistes, non seulement participent à légitimer et banaliser la violence à l'égard des femmes mais sont aussi susceptibles d'avoir recours au passage à l'acte violent.

Comme l'explique90(*) Stéphanie Lamy, chaque courant traduit le passage à l'action violente de manière différente :

- les milieux issus du gaming organisent des raids ou des campagnes de cyberharcèlement ;

- les milieux de pères en colère convertissent cette logique en harcèlement des ex-conjointes, en violences post-séparation, voire en attaques contre les forces de l'ordre ou l'institution judiciaire ;

- les MGTOW mettent en oeuvre des violences reposant sur l'exploitation sexuelle et économique des femmes ;

- tandis que les PUA (« coachs en séduction ») ou « brigades du contournement du consentement des femmes » organisent collectivement des séquences de harcèlement de rue et comparent leurs « performances » en matière de manipulation de leurs cibles.

Elle ajoute que « les milieux masculinistes savent également innover et importer des tactiques depuis l'étranger. Ainsi, par exemple, des pratiques de bousculades intentionnelles de femmes dans les transports en commun, inspirées de la tactique japonaise dite butsukari otoko, ont été relayées et encouragées via des forums issus du gaming, illustrant la circulation transnationale des répertoires d'action violente. »

Les espaces incels étudiés par Julien Chavanes témoignent également de cette banalisation du passage à l'acte violent. Il relève que l'adoration d'Elliot Rodger, auteur de l'attaque de Santa Barbara en 2014, est « si présente sur ce forum que ses initiales apparaissent partout, dans les pseudonymes des membres ou dans certaines expressions : « passer ER » signifie ainsi passer à l'acte ».

Il ajoute que la « violence incel n'est pas seulement une violence terroriste, c'est aussi une violence du quotidien. Certains incels se vantent d'appartenir à un ensemble qui suscite la peur et qui accroît les dangers qui pèsent sur les femmes. »

Les masculinistes les plus radicaux ne se limitent donc pas à l'expression d'une hostilité envers les femmes. Ils construisent progressivement des cadres de légitimation de la violence et participent à banaliser des comportements qui portent directement atteinte aux droits, à la sécurité et à l'intégrité des femmes.

Cette dynamique s'exprime particulièrement dans l'espace numérique lui-même à travers les cyberviolences.

d) Des cyberviolences débridées et massives à l'égard des femmes, encouragées par les discours masculinistes

Ces violences prennent des formes multiples (cyberharcèlement, raids numériques, deepfakes pornographiques, doxing ...) mais ont comme point commun de chercher à intimider, contrôler, humilier et visent l'exclusion des femmes de l'espace public, avec dans certains cas un passage à des violences hors ligne

(1) La cyberviolence comme prolongement du continuum de domination masculine

Comme l'a relevé Cécile Simmons, « les violences numériques se sont particulièrement accrues. Tout un éventail de violences s'est développé en parallèle de l'essor du masculinisme, qu'il s'agisse des deepfakes pornographiques, de nouvelles formes de harcèlement des femmes - notamment dans la sphère publique -, mais aussi de nouveaux horizons de violence numérique. (...) Toutes ces violences numériques sont devenues un outil d'invisibilisation et d'intimidation des femmes. »

Cette analyse rejoint celle de Shanley Clemot McLaren, qui insiste91(*) sur l'existence d'un véritable continuum entre masculinisme numérique et violences misogynes en ligne : « Le mouvement Stop Fisha est lié au masculinisme. Il ne faut pas décorréler les problématiques de violence en ligne des questions de masculinisme en ligne. Il s'agit en réalité de tout un écosystème : lorsque l'on parle de masculinisme en ligne, il faut parler des violences et de la haine en ligne à caractère misogyne. »

Elle rappelle également le caractère structurel du phénomène : « Aujourd'hui, plus de 60 % des femmes dans le monde déclarent avoir été victimes de violences en ligne et elles sont 27 fois plus susceptibles de subir du harcèlement en ligne que les hommes.». Un phénomène qu'on observe aussi en France puisque comme le rappelle92(*) Laure Salmona « 84 % des victimes de violences en ligne sont des femmes ».

Les auditions montrent également que ces violences ne relèvent pas uniquement d'expressions spontanées de haine, mais s'inscrivent souvent dans une logique de contrôle visant à discipliner les comportements féminins. L'idée selon laquelle il serait légitime de surveiller, restreindre ou contrôler les comportements des femmes est explicitement relayée par certains influenceurs masculinistes, comme le relevait Cécile Simmons.

Le cyberharcèlement apparaît alors non seulement comme une violence, mais comme un outil de maintien de rapports de domination.

(2) Faire taire pour exclure les femmes de l'espace public et démocratique

Les témoignages recueillis par la délégation lors de la table ronde sur la protection des victimes de cyberharcèlement et la lutte contre la haine en ligne du 30 avril 2026 ont mis en évidence la dimension politique de ces violences.

En effet, le cyberharcèlement vise fréquemment moins à exprimer une hostilité ponctuelle qu'à provoquer le retrait des femmes de l'espace public.

Typhaine D, autrice, comédienne, formatrice et féministe, l'exprime93(*) avec force : « La féminine universelle, c'est un prétexte. Ce qu'ils veulent, c'est faire des exemples. »

Ils font publiquement subir des violences terribles à une femme qui parle pour dire à toutes les autres : « Taisez-vous ! » Voyez ce qui vous arrivera si, vous aussi, vous prenez la parole dans notre espace public démocratique.

Typhaine D, autrice, comédienne, formatrice et féministe

Elle indique d'ailleurs que « la phrase préférée des cyberharceleurs masculinistes, c'est « Retourne en cuisine ! ». Il y a aussi « Tais-toi ! » ou « Ta gueule ! » D'une manière générale, il faut la fermer. « Va nous servir un café ! » « Va faire la lessive ! » « Va élever des enfants ! » C'est cela, leur projet. Les choses sont très claires. »

Rachel-Flore Pardo, avocate, formule, au cours de cette même table ronde, une analyse convergente : « L'objectif des cyberharceleurs est l'effacement de l'autre : provoquer par la peur une autocensure qui conduise la victime à se retirer du débat public. »

Ces mêmes mécanismes sont confirmés par Shani Benoualid, conseillère pour le numérique et contre la haine en ligne, la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) : « Les violences masculinistes en ligne se caractérisent par des mécanismes similaires à ceux que nous observons dans d'autres formes de haine numérique : la désignation d'une cible, l'effet de meute, la répétition, l'humiliation, la viralité et souvent, malheureusement, le retrait de la victime de l'espace public numérique. Il s'agit d'un point essentiel : le cyberharcèlement ne vise pas seulement à blesser ; il vise souvent à faire taire. »

Cette violence produit donc des effets très concrets tels que le retrait des réseaux, l'autocensure ou l'abandon de prises de parole publiques.

(3) Une violence numérique réelle qui s'exprime aussi dans le monde physique

Les tables rondes organisées par la délégation ont montré l'impossibilité de maintenir une frontière étanche entre violences numériques et violences « réelles ». Les cyberviolences sont déjà des violences réelles, mais elles se prolongent aussi fréquemment dans l'espace physique.

De nombreux témoignages recueillis par la délégation ont montré que ces violences débordent fréquemment du cadre numérique pour affecter directement la vie quotidienne, les déplacements, les prises de parole publiques ou encore le sentiment de sécurité des victimes.

Celui de Typhaine D illustre particulièrement cette continuité entre espace numérique et espace physique. L'autrice et militante féministe explique avoir reçu « des menaces de violences physiques, de violences sexuelles (...) et, évidemment, des menaces de féminicide ».

Avec comme conséquence l'épuisement méthodique des victimes, confrontées à des vagues de harcèlement massives, répétées et parfois interminables.

Mais au-delà même des menaces, elle décrit l'installation progressive d'un état d'hypervigilance permanent : « il a fallu développer une hypervigilance, car cela a évidemment débordé dans la vie réelle. J'ai été reconnue dans la rue par des hommes qui m'ont insultée. »

Les cyberviolences ne visent pas uniquement une victime individuelle, elles produisent un climat général de peur susceptible de dissuader d'autres femmes de participer à l'espace public.

Laure Salmona, autrice, cofondatrice et directrice de Féministes contre le cyberharcèlement, confirme ce continuum en rappelant que « 72 % des victimes témoignent d'une poursuite des violences en présentiel, dont une sur cinq par des violences physiques et/ou sexuelles. »

Les conséquences psychotraumatiques apparaissent considérables puisqu'« une victime de cyberviolence sur sept dit avoir tenté de se suicider » et « un tiers des victimes de cyberharcèlement présentent tous les symptômes du stress post-traumatique. »

Les cyberviolences comme instrument d'intimidation
et d'exclusion des femmes de l'espace public

Les cyberviolences constituent aujourd'hui l'un des principaux modes d'action des sphères masculinistes en ligne.

Plusieurs travaux du Conseil de l'Europe et du Parlement européen ont ainsi souligné que ces violences contribuent à une forme de « violence politique de genre en ligne », susceptible d'affecter le fonctionnement même des institutions démocratiques.

Ces pratiques prennent des formes variées :

- Campagnes de harcèlement massif (pile-ons) : mobilisation coordonnée contre des femmes journalistes, élues, militantes ou personnalités publiques. La campagne GamerGate (2014-2015) en est un des archétypes fondateurs.

Doxing : publication de données personnelles (adresse, lieu de travail, photos) pour exposer des cibles à des menaces physiques.

Non-consensual intimate image sharing (NCII) : diffusion de contenus intimes sans consentement, arme de contrôle et de destruction sociale.

Swatting : déclenchement d'interventions policières armées sur la base de fausses alertes, visant à terroriser des cibles.

- Création et diffusion de deep fakes sexuels : contre des personnalités publiques, en croissance exponentielle depuis 2022.

Si ces pratiques diffèrent dans leurs modalités, elles poursuivent souvent un objectif commun : réduire au silence, intimider ou discréditer les femmes qui occupent une position visible dans l'espace public numérique.

Source : réponses au questionnaire de la déléguée au plan national « Femmes, paix et sécurité »

3. Des portes d'entrée vers les discours masculinistes de plus en plus nombreuses : une diffusion par capillarité
a) De communautés aisément identifiables à un écosystème numérique éclaté et difficile à cartographier
(1) Des espaces explicitement masculinistes toujours actifs et structurés

Il faut rappeler au préalable que les espaces masculinistes structurés existent toujours. Qu'ils s'agissent d'associations de défense des droits des pères, de groupe de PUA, ou de forum Incels, ces espaces explicitement structurés autour de ces idéologies n'ont pas disparu.

Les communautés historiquement associées à la « manosphère » continuent d'exister et de jouer un rôle actif dans la diffusion, la radicalisation et la coordination de ces discours.

Christine Bard a rappelé, lors du colloque organisé par la délégation le 27 novembre 2025, que « le masculinisme associatif rassemble aujourd'hui quelques milliers d'adhérents. Aurélie Fillod-Chabaud a compté 141 associations enregistrées au Journal officiel entre 1996 et 2013. De quoi former des militants », tandis que Laura Verquere94(*) évoquait l'existence d'« une centaine d'influenceurs en ligne identifiés comme masculinistes ».

Cette persistance d'espaces explicitement masculinistes explique que certaines formes de cartographie demeurent possibles. Mais cette approche, utile pour identifier certains acteurs visibles, ne suffit plus à saisir l'ampleur réelle du phénomène.

(2) Une diffusion qui déborde largement des cercles identifiés entraînant une difficulté croissante à mesurer et quantifier le phénomène
(i) Une diffusion qui déborde les cercles identifiés

Les premières formes de la « manosphère » reposaient sur des communautés relativement structurées, identifiables à travers des forums, sites ou groupes revendiquant explicitement certaines références idéologiques. Cette configuration permettait encore d'en esquisser les contours. Comme l'a expliqué Cécile Simmons95(*), « il y a encore une quinzaine d'années, au début des années 2010, quand les communautés de la manosphère contemporaine ont commencé à se structurer, nous pouvions cartographier le masculinisme en ligne. Nous pouvions nommer et compter les sites, les groupes, les forums sur lesquels ces idées se diffusaient ».

Or, cette photographie des masculinismes apparaît aujourd'hui largement dépassée. Selon la chercheuse, « ces groupes existent toujours, mais ils ont été dépassés par un écosystème masculiniste beaucoup plus large », au point d'ajouter :

Il n'est plus vraiment possible de cartographier le masculinisme ou de le délimiter, parce que ses idées sont partout en ligne

Cécile Simmons, chercheuse spécialiste des questions de malveillances numériques et de genre

Ce changement suggère que le masculinisme contemporain ne saurait plus être appréhendé uniquement à travers ses communautés les plus visibles ou ses expressions les plus explicitement revendiquées. Les idées masculinistes circulent désormais dans des espaces numériques beaucoup plus divers, parfois sans référence directe à une appartenance identifiable. Elles se diffusent au travers de contenus relevant du coaching, du développement personnel, des conseils en séduction, ou encore du fitness.

(ii) Une difficulté croissante à quantifier le phénomène

La quantification du phénomène masculiniste se heurte à une difficulté méthodologique importante, relevée par plusieurs intervenants entendus par la délégation. Si certaines manifestations visibles du phénomène peuvent être identifiées et, dans une certaine mesure, comptabilisées, cette approche apparaît aujourd'hui insuffisante pour saisir une réalité devenue beaucoup plus diffuse.

Plusieurs auditionnés ont d'ailleurs mis en garde contre le risque d'une lecture excessivement restrictive fondée sur les seuls indicateurs quantifiables qui conduirait à minimiser le phénomène.

La chercheuse Laura Verquere a ainsi souligné96(*) que « si nous chiffrons, nous allons, à mon sens, nécessairement minimiser le phénomène », précisément parce que l'essentiel réside moins dans le nombre d'acteurs identifiés que dans la circulation beaucoup plus large de leurs idées.

Elle insiste en ce sens sur le fait que « ce qui compte, c'est la visibilité de ces idées, leur diffusion et leur circulation », ajoutant qu'« il est plus difficile de saisir la façon dont ces idées touchent un public beaucoup plus élargi ».

Son analyse attire également l'attention sur le rôle structurant des plateformes numériques puisque « ce n'est pas tant le nombre d'influenceurs masculinistes qui importe, que la portée et la configuration des algorithmes qui leur donnent une sur-visibilité ».

Les constats formulés par Sidaction convergent avec cette analyse. Hélène Roger, directrice du pôle Analyse et Plaidoyer, a indiqué97(*) que son association avait observé, à l'instar d'autres acteurs présents sur les réseaux sociaux, « une progression exponentielle de ces contenus masculinistes et du nombre d'influenceurs », tout en soulignant le manque d'outils de mesure disponibles en France.

Elle relevait ainsi que « nous disposions de peu de données sur l'ampleur du phénomène en France, contrairement au Royaume-Uni ».

b) Une diffusion par capillarité dans des espaces numériques ordinaires : des portes d'entrée de plus en plus nombreuses
(1) Des univers non explicitement masculinistes devenus des espaces de porosité idéologique

L'une des évolutions les plus marquantes du phénomène masculiniste réside dans sa capacité à se diffuser bien au-delà des espaces explicitement revendiqués comme tels.

Le masculinisme contemporain ne se présente plus toujours sous la forme de communautés identifiables, il emprunte aussi des formes plus diffuses, au sein d'univers numériques qui apparaissent, à première vue, étrangers à toute logique idéologique tels que le sport, la musculation, la nutrition, le développement personnel, les jeux vidéo ou encore certains podcasts sur l'actualité et la politique.

Dans sa réponse au questionnaire adressé par les rapporteures, le Conseil scientifique sur les processus de radicalisation (COSPRAD) souligne que « les recherches académiques montrent que les idéologies masculinistes trouvent un écho particulier dans plusieurs sphères connexes, souvent structurées autour du développement personnel, du corps et de la performance. Ces espaces ne sont pas intrinsèquement idéologiques, mais peuvent servir de portes d'entrée vers des discours masculinistes. »

Cette approche est également développée par Stéphanie Lamy, qui estime98(*) que les idéologies masculinistes « ne se développent pas dans des secteurs spécifiques par nature, mais dans des espaces de socialisation qui présentent une vulnérabilité sociologique à la dérive idéologique, en particulier lorsqu'ils sont majoritairement composés d'hommes et ne sont pas politisés comme tels ». Selon la spécialiste du masculinisme, l'enjeu ne réside donc pas dans l'existence de sphères intrinsèquement masculinistes, mais dans certaines configurations sociales et culturelles propices à la circulation de ces représentations.

Laura Verquere relève à cet égard la présence d'« idées de culte hygiéniste et de virilité du corps » qui, sans relever nécessairement d'un discours explicitement masculiniste, peuvent en reprendre certains codes ou certaines représentations.

Le risque tient précisément à cette banalisation. Il ne s'agit plus seulement de communautés revendiquant explicitement une identité masculiniste, mais d'une circulation beaucoup plus diffuse de représentations, de codes et de discours dans des espaces fréquentés massivement, notamment par les jeunes hommes.

(2) Certaines sphères apparaissent ainsi comme des vecteurs privilégiés de diffusion
(a) L'obsession de la performance corporelle : sport, musculation et optimisation de soi

Le champ de la musculation et du culte de la performance corporelle est fréquemment mentionné.

Les travaux cités par le COSPRAD dans ses réponses au questionnaire adressé par les rapporteures, notamment ceux de Debbie Ging, mettent en évidence les liens récurrents entre la « manosphère » et les cultures du self-improvement, de la musculation ou de l'optimisation physique, où s'articulent valorisation de la réussite individuelle, maîtrise du corps, injonction à la performance et réaffirmation de normes virilistes.

Cette analyse rejoint celle développée par Stéphanie Lamy, qui considère, dans sa contribution écrite adressée à la délégation, que certaines sphères liées au fitness, au bien-être ou au développement personnel peuvent constituer des « viviers de candidats au processus de radicalisation masculiniste », non parce qu'elles seraient intrinsèquement masculinistes, mais parce qu'elles reposent souvent sur des logiques de performance, d'entre-soi masculin et de valorisation de normes viriles hégémoniques.

Pauline Ferrari souligne, quant à elle, dans son ouvrage Formés à la haine des femmes que « les masculinistes ont une fascination pour la musculation ». Si la promotion de l'activité physique ou du bien-être ne pose évidemment aucune difficulté en elle-même, la journaliste met en garde contre certains détournements de ces discours : « il n'y a rien de mal à inviter les plus jeunes à pratiquer une activité physique pour se sentir bien ; mais quand aller à la salle prend une tournure de revanche, de volonté de domination physique et sociale, il y a comme un malaise ».

(b) Les univers vidéoludiques : entre sociabilités masculines et héritage de représentations misogynes au sein de la communauté des « Gamers »

Le jeu vidéo est également régulièrement cité comme un espace ayant pu servir de caisse de résonance à certains imaginaires masculinistes, sans qu'il soit pour autant possible d'assimiler cet univers dans son ensemble à ce phénomène.

Là encore, comme pour la musculation, toute généralisation abusive doit être écartée. Les travaux conduits parallèlement par la délégation sur la place des femmes dans l'univers du jeu vidéo rappellent la diversité des pratiques vidéoludiques, la féminisation massive du secteur et la pluralité des communautés de joueurs. Il ne saurait être question d'assimiler cet univers dans son ensemble au phénomène masculiniste.

Pour autant, certaines communautés particulièrement visibles et audibles ont pu constituer des espaces de circulation de discours hostiles aux femmes. Dès 2013, l'article de Max Lard, « Sexisme chez les geeks : pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier ? », dressait le portrait d'une misogynie ordinaire au sein de certains segments de la culture dite « geek ». Plus récemment, l'enquête IFOP #MeToo... Is it in the Game ? a confirmé la persistance de comportements sexistes dans l'univers vidéoludique.

Cécile Simmons rappelle également le rôle structurant du Gamergate, qu'elle décrit comme la « première campagne d'influence masculiniste qui a réussi sur un grand réseau social ». Ces constats doivent toutefois être maniés avec prudence : ils renvoient moins à l'ensemble des communautés de joueurs qu'à des segments particulièrement visibles et bruyants de cet écosystème, et l'on ne peut donc considérer ces espaces comme intrinsèquement masculinistes.

Par ailleurs, plusieurs personnes auditionnées ont souligné que certains espaces du jeu vidéo pouvaient constituer des terrains particulièrement favorables à la banalisation de représentations masculinistes.

Julien Mésangeau99(*) estime ainsi que cette spécificité tient moins à la présence d'« un discours masculiniste théorisé » qu'à « un environnement particulièrement favorable à sa banalisation ». Selon lui, les thèmes masculinistes y circulent fréquemment sous des formes « euphémisées ou ludiques », à travers le « trolling », « l'humour viriliste », la « mise à l'épreuve des femmes présentes dans l'espace du jeu », la contestation de la légitimité des joueuses ou encore la dénonciation de la diversité dans l'industrie culturelle.

Le chercheur souligne également que « l'univers du jeu vidéo fonctionne comme une sphère de socialisation où la conflictualité, la compétition et certaines normes de virilité facilitent la réception de répertoires antiféministes ou réactionnaires, sans qu'ils soient toujours formulés comme tels ».

Dès lors, l'enjeu réside moins dans une adhésion explicite à une idéologie structurée que dans une familiarisation progressive avec certaines pratiques et certains codes.

Julien Mésangeau relève ainsi que le point important est « moins l'adhésion immédiate à une idéologie stabilisée que la familiarisation progressive avec des manières de parler, de plaisanter, de discréditer ou de désigner des adversaires ».

Cette analyse rejoint les observations formulées par l'autrice Pauline Gonthier100(*), qui a choisi de situer l'intrigue de son roman Parthenia (2025) dans l'univers du jeu vidéo précisément pour illustrer ces mécanismes d'imprégnation progressive. Elle explique avoir voulu raconter le parcours d'un jeune homme « qui n'est pas politisé au départ » et qui, « petit à petit, au contact d'hommes aux idées plus arrêtées, dans un contexte de divertissement et de jeu vidéo, devient poreux à ces discours, puis finit par relayer des messages misogynes et masculinistes ». L'autrice compare ce processus à celui d'« une grenouille dans l'eau du patriarcat », progressivement accoutumée à un environnement idéologique dont elle ne perçoit pas immédiatement les effets.

Pauline Gonthier souligne également avoir été frappée par le caractère très accessible de certains forums liés à la culture vidéoludique ainsi que par l'importance du langage communautaire qui s'y développe. Elle décrit « un langage hermétique », composé de références et de codes partagés, qui « participe à la construction d'un très fort communautarisme » et permet aux membres de « se reconnaître les uns les autres » tout en renforçant leur sentiment d'appartenance.

Désormais, le risque réside autant dans l'existence de communautés explicitement revendiquées que dans la circulation banalisée de ces représentations au sein d'espaces numériques ordinaires, fréquentés massivement par les jeunes publics.

Le Gamergate, matrice des campagnes de harcèlement masculinistes

À l'été 2014, une controverse née dans l'univers du jeu vidéo sous le nom de « Gamergate » marque un tournant dans l'histoire des mobilisations antiféministes sur Internet.

Présentée à l'origine par ses initiateurs comme une campagne en faveur de l'éthique du journalisme vidéoludique, l'affaire se transforme rapidement en une vaste campagne de harcèlement visant plusieurs femmes du secteur du jeu vidéo, parmi lesquelles la développeuse Zoë Quinn, la critique féministe Anita Sarkeesian ou encore la conceptrice Brianna Wu. Celles-ci font l'objet de campagnes coordonnées d'insultes, de menaces et de divulgation de données personnelles (doxxing), les conduisant à quitter temporairement leur domicile pour des raisons de sécurité.

Le Gamergate révèle l'émergence d'une mobilisation structurée contre les revendications féministes dans les espaces numériques. La dénonciation d'une prétendue « invasion » du jeu vidéo par les féministes devient un puissant facteur de rassemblement pour des communautés jusqu'alors dispersées. Il contribue à populariser une rhétorique fondée sur l'idée que les hommes seraient désormais victimes d'une forme de discrimination culturelle et que les avancées en matière d'égalité constitueraient une menace pour leur place dans la société.

Plusieurs observateurs considèrent aujourd'hui cet épisode comme un moment fondateur de l'écosystème masculiniste contemporain. Les modes d'action qui s'y développent - harcèlement coordonné, campagnes de discrédit, mobilisation virale sur les réseaux sociaux, recours aux mèmes et à l'ironie pour diffuser des messages antiféministes - se retrouveront par la suite dans d'autres espaces de la manosphère.

Le Gamergate apparaît ainsi rétrospectivement comme l'un des premiers épisodes ayant permis de fédérer, autour d'une cause commune, des communautés hostiles au féminisme et de faire émerger des formes de mobilisation numérique qui influenceront durablement les mouvements masculinistes contemporains.

Source : Le Monde, « Derrière le GamerGate, un groupe antiféministe », 15 septembre 2014 et affaires sensibles (France Inter), « GamerGate : naissance d'une guerre culturelle sur Internet », 17 décembre 2024


* 61 Colloque du 27 novembre 2025.

* 62 La terreur masculiniste. Editions du Détour, 2024.

* 63 Formés à la haine des femmes. Éditions JC Lattès, 2023.

* 64 Le péril masculiniste. HarperCollins, 2025.

* 65 D. Ging, “Alpha, betas, and incels. Theorizing the masculinistes of the manosphere”, Men and Masculinities, vol. 22, n° 4, 2019.

* 66 Audition du 28 janvier 2026.

* 67 Audition du 22 janvier 2026.

* 68 Audition du 11 décembre 2025.

* 69 Alpha Mâle : séduire les femmes pour s'apprécier entre hommes (éditions du Seuil - 2017).

* 70 Formés à la haine des femmes. Comment les masculinistes infiltrent les réseaux sociaux (éditions JC Lattès - 2023).

* 71 Réponses au questionnaire adressé par les rapporteures au Cosprad.

* 72 Réponses au questionnaire adressé par les rapporteures.

* 73 Audition du 2 juin 2026.

* 74 Audition du 11 décembre 2025

* 75 Audition du 24 mars 2026.

* 76 Extrait du manifeste d'Elliot Rodger.

* 77 Le 6 décembre 1989, au sein de l'École Polytechnique de Montréal, Marc Lépine avait, par haine des femmes, abattu 14 étudiantes et en avait blessé 11 autres avant de se suicider.

* 78 Chris Harper-Mercer : 9 morts et 8 blessés à Roseburg (Oregon) le 1er octobre 2015 ; Scott Beierve : 10 morts et 6 blessés le 2 novembre 2018 à Tallahassee (Floride) ; Armando Hernandez : 3 blessés à Glendal (Arizona) le 20 mai 2020.

* 79 Alek Minassian : 10 morts et 14 blessés à Toronto le 23 avril 2018 ; Oguzhan sert : 1 mort et 1 blessé à Toronto le 24 février 2020.

* 80 Jale Davidson : 5 morts à Plymouth le 13 août 2021.

* 81 Tobias Rathjen : 10 morts et 6 blessés à Hanau le 19 février 2020.

* 82 Audition du 30 mars 2026 lors du déplacement à Montréal.

* 83 Colloque du 27 novembre 2025

* 84 Audition du 8 janvier 2026.

* 85 Audition du 29 janvier 2026.

* 86 Colloque du 27 novembre 2025.

* 87 Audition du 24 février 2026.

* 88 Audition du 24 mars 2026.

* 89 Audition du 11 décembre 2025.

* 90 Réponses au questionnaire adressé par les rapporteures

* 91 Colloque du 27 novembre 2025

* 92 Audition du 30 avril 2026

* 93 Table ronde du 30 avril 2026.

* 94 Audition du 11 décembre 2025.

* 95 Colloque du 27 novembre 2025.

* 96 Audition du 11 décembre 2025.

* 97 Audition du 22 janvier 2026.

* 98 Réponses au questionnaire adressé par les rapporteures.

* 99 Réponses au questionnaire adressé par les rapporteures.

* 100 Audition du 8 janvier 2026.

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