II. UN BILAN D'ÉTAPE DÉCEVANT DE LA MISE EN oeUVRE DU CENTRE EUROPÉEN POUR LA RÉSILIENCE DÉMOCRATIQUE
Afin de pouvoir questionner la pertinence du Centre européen pour la résilience démocratique, les rapporteurs ont souhaité le replacer dans son contexte géostratégique, en cartographiant les initiatives européennes existant sur le territoire européen, soit qu'elles luttent déjà, au niveau national ou international, contre les ingérences étrangères numériques, les risques cyber, soit qu'elles visent à renforcer la résilience de la société civile ou des médias.
A. CARTOGRAPHIE DES INITIATIVES EUROPÉENNES DÉJÀ EXISTANTES
Plusieurs structures existent déjà sur le territoire européen, relevant soit d'initiatives nationales (VIGINUM en France, Agence de défense psychologique en Suède), soit d'initiative de coopération internationale (Centre d'excellence pour la cyberdéfense en coopération adossé à l'OTAN, basé à Tallinn ; Centre de développement des capacités cyber dans les Balkans occidentaux ou C3BO, basé à Podgorica ; Centre UE/OTAN de lutte contre les menaces hybrides - Hybrid CoE - basé à Helsinki), afin de déterminer comment le Centre européen pour la résilience démocratique, adossé à la Commission européen, s'inscrit dans ce paysage. D'autres initiatives, plus ou moins avancées, existent dans d'autres États membres, notamment en Allemagne, en Pologne ou dans les pays baltes.
Centres européens de résilience et de défense informationnelle et cyber
Source : Infographie générée avec l'aide de l'IA
1. Le modèle français de VIGINUM, un exemple performant à répliquer dans l'Union européenne
a) Le mandat de VIGINUM
En France, la première stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l'information, a été adoptée en février 2026. Élaborée sous l'égide du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), elle s'appuie sur des contributions d'experts, de chercheurs, de parlementaires et d'acteurs de terrain engagés dans la lutte contre les manipulations de l'information. Elle s'articule autour de quatre priorités, dont le renforcement de la résilience nationale et l'encadrement des plateformes en ligne et des intelligences artificielles génératives, soulignant l'impérieuse nécessité d'une action collective, tant au niveau national qu'européen.
Toutefois, la création du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, communément appelé VIGINUM, précède cette stratégie nationale. Rattaché au SGDSN, VIGINUM a en effet été créé il y a cinq ans, le 13 juillet 2021. Il s'agit d'un service technique et opérationnel de l'État dont l'objectif est de lutter contre les manipulations de l'information, dans une approche défensive, puisqu'elle consiste à détecter et caractériser les opérations d'ingérences numériques étrangères qui ciblent la France, afin de protéger le débat public numérique.
Les missions de VIGINUM ont en outre été renforcées par le décret n° 2026-70 du 11 février 2026, lequel précise et renforce le mandat du service comme suit, au titre de son article 3 :
« 1° Détecter, caractériser et documenter, en analysant les données accessibles publiquement sur les plateformes en ligne, sur les moteurs de recherche en ligne ainsi que sur les interfaces en ligne, au sens des i, j et m de l'article 3 du règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques et modifiant la directive 2000/31/CE, les opérations mentionnées au 9° de l' article R.* 1132-3 du code de la défense, notamment lorsque celles-ci sont de nature à altérer l'information des citoyens pendant les périodes électorales mentionnées à l'article 33-1-1 de la loi du 30 septembre 1986 susvisée ;
1° bis Contribuer à la recherche et au développement d'outils, d'algorithmes et de modèles susceptibles d'être mobilisés dans l'exercice de sa mission mentionnée au 1° du présent article ;
2° Assister le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale dans sa mission d'animation et de coordination des travaux interministériels en matière de protection contre les opérations mentionnées au 1° et d'anticipation des menaces qu'elles représentent ;
3° Fournir toute information utile :
a) À l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique dans l'accomplissement des missions qui lui sont confiées par la loi du 30 septembre 1986 susvisée, notamment son article 33-1-1, et la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique, notamment le dernier alinéa de son article 7-3 en vue de participer à la supervision de la mise en oeuvre effective de l'obligation d'atténuer les risques systémiques mentionnés à l'article 34 du règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques et modifiant la directive 2000/31/CE (règlement sur les services numériques) ;
b) À la Commission nationale de contrôle instituée par l'article 13 du décret du 8 mars 2001 susvisé ;
c) À toute autorité, y compris juridictionnelle, saisie à l'occasion d'élections politiques ;
4° Contribuer aux travaux européens et internationaux et assurer la liaison opérationnelle et technique avec ses homologues étrangers, dans le respect des attributions du ministre des affaires étrangères ;
5° Contribuer à l'information du public, ainsi qu'aux actions d'éducation aux médias conformément aux dispositions de l' article L. 111-2 du code de l'éducation. »
Tirant ces missions de ce mandat clair, VIGINUM a depuis 5 ans mis en oeuvre ses services pour relever et contrer les ingérences numériques étrangères (INE). Pour ce faire, le service est composé de 67 équivalents temps plein (ETP) dont les deux tiers relèvent du service opérationnel, chargé de veille et de caractérisation des MOI.
b) Des réalisation concrètes et opérationnelles
Alors que le service aura bientôt cinq ans d'existence, VIGINUM se démarque par des réalisations concrètes dans les trois domaines suivants :
· la caractérisation des menaces, l'identification et la lutte contre des MOI ;
· la formation et la sensibilisation de la société civile et des médias ;
· la coopération interministérielle et internationale.
Présentée aux rapporteurs lors de leur visite sur site à VIGINUM le 1er juillet 2026, l'activité opérationnelle de VIGINUM constitue 80 % des activités du service et consiste à suivre la cinquantaine de MOI majeurs identifiés par le service depuis 2022 et qui sont reliés à douze nationalités différentes. Le reste de l'activité de VIGINUM consiste en des opérations de veille destinées à repérer et caractériser de nouveaux MOI.
L'exemple d'un travail d'analyse mené par VIGINUM
L'analyse du mode opératoire informationnel appelé par VIGINUM « Fawn Mianju », attribuable à des acteurs chinois, illustre l'usage croissant de l'IA pour réécrire et diffuser à grande échelle des contenus propagandistes, ciblant notamment les francophones.
Mettant en oeuvre une méthodologie mêlant analyse des métadonnées numériques, analyse du discours et méthodes d'investigation, VIGINUM a démontré comment des sites web comme ActuMéridien.fr, liés au média d'État chinois CGTN, utilisaient des outils d'automatisation (N8N, ChatGPT) pour publier des articles réécrits en un temps record, avec une standardisation stylométrique révélatrice d'une génération par IA. Bien que 'l'effet de ces campagnes reste limité en termes d'engagement de la société civile en réaction, leur coordination multilingue et leur ciblage géopolitique -- notamment envers l'Afrique francophone -- révèlent une stratégie systématique de manipulation de l'opinion publique, adaptée aux priorités diplomatiques du régime chinois.
Entendus le 1er juillet 2026, les représentants de VIGINUM rappellent cependant que son mandat consiste à produire de l'investigation pour informer les services de l'État en capacité d'opérer une riposte informationnelle, notamment le ministère des affaires étrangères, qui peut riposter en mettant en oeuvre une communication d'influence ad hoc voire le ministère des armées' s'agissant des réponses non assumables. Pour ce faire et adapter la réponse, un comité technique opérationnel se réunit tous les quinze jours en présence de l'ensemble des acteurs étatiques et militaires partenaires. Les représentants de VIGINUM précisent qu'existent en outre des structures spécifiques s'agissant de la prévention des ingérences électorales, notamment à l'aune de l'élection présidentielle de 2027 avec un réseau de coordination et de protection des élections (RCPE). Ce dernier a été mis en place tout récemment, le 7 janvier dernier, en prévision des ingérences et des déstabilisations susceptibles d'affecter la campagne des élections municipales. Il permet de rassembler régulièrement plusieurs institutions, dont l'Arcom, VIGINUM, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), afin de suivre l'évolution des menaces au cours de la campagne et d'y apporter une réponse commune.
Par ailleurs, VIGINUM rappelle qu'une collaboration avec les plateformes numériques est indispensable afin de pouvoir contrer les MOI identifiés, de même qu'avec l'Association française pour le nommage Internet en coopération (Afnic) qui est l'office d'enregistrement des noms de domaine en « .fr ».
Ainsi, VIGINUM partage des éléments techniques relatifs à l'activité inauthentique des modes opératoires informationnels étrangers avec de nombreuses plateformes numériques dont X, Google, YouTube, Facebook, Instagram, TikTok et Bluesky. Dans certains cas, VIGINUM est appelé à solliciter de la part de ces plateformes des actions de modération, pour supprimer les comptes, chaînes ou pages impliqués dans des manoeuvres informationnelles étrangères malveillantes ou faire cesser les contenus caractérisant des campagnes d'ingérence numérique étrangère.
En juillet 2024, VIGINUM a signé une convention avec l'Arcom -- coordinateur national pour les services numériques au titre du règlement européen sur les services numériques (DSA) -- afin de faciliter les échanges entre les deux entités, mettre en commun les expertises et lutter plus efficacement contre les ingérences numériques étrangères.
c) L'ambition du renforcement de la résilience de la société civile : l'Académie de la lutte contre les manipulations de l'information (LMI)
Dans son mandat révisé en février 2026, VIGINUM s'est vu doter d'une mission de sensibilisation de la société civile. À cette fin a été créée fin 2025 une Académie de la lutte des manipulations de l'information avec trois objectifs :
· développer et massifier les efforts d'information vis-à-vis du public pour renforcer la vigilance des citoyens ;
· assurer la formation en matière de lutte contre les manipulations de l'information par le partage des savoir-faire auprès des partenaires internationaux et des médias (notamment sur techniques d'investigation numérique) ;
· développer des partenariats académiques avec le monde de la recherche, dans l'objectif de contribuer à l'émergence d'une filière de recherche sur les manipulations de l'information, en vue de bénéficier à termes aux missions institutionnelles de VIGINUM.
En cours de préfiguration, cette Académie compte déjà des résultats concrets, tels un jeu de plateau et une application en ligne « le bouclier contre les ingérences numériques étrangères », sur le modèle de la « fresque du climat », destiné à engager le dialogue, notamment auprès des publics d'élèves en âge secondaire. Concernant le public des élèves et des enseignants, des guides d'information sont également d'ores et déjà disponibles sur le site internet de VIGINUM.
L'Académie a en outre développé des podcasts et une chaîne Youtube pour informer sur les INE.
Des formations spécifiques aux journalistes sont également promues dans les écoles de journalismes et avec un programme de partenariat avec l'organisme Cyber for good, aux fins de formations des journalistes déjà en activités, notamment au sein de la presse quotidienne régionale, dans un objectif de renforcement de la résilience du secteur des médias.
Les rapporteurs saluent la variété des actions concrètes menées par VIGINUM pour sensibiliser la société civile et ainsi renforcer sa résilience.
Ils soulignent que VIGINUM peut être un modèle pour les États membres qui n'ont pas encore finalisé leur organisation nationale pour la lutte contre les ingérences numériques étrangères.
Le Forum annuel 2026 de VIGINUM sur le
thème
« Déstabilisation du paysage
médiatique. Ensemble protégeons l'espace informationnel contre
les ingérences étrangères »
Le forum annuel de VIGINUM, qui s'est tenu le jeudi 4 juin 2026, a mis en exergue une composante clé pour la lutte contre les ingérences étrangères en ligne : la protection et le renforcement de la résilience des médias.
Ce forum a été l'occasion de mettre en lumière les défis croissants pesant sur l'intégrité de l'espace médiatique français et européen, face à la multiplication et à la sophistication des opérations d'ingérence numérique étrangère. Depuis l'été 2025, VIGINUM indique que plus de quinze médias traditionnels français auraient vu leurs comptes usurpés, devenant malgré eux des vecteurs de désinformation, tandis que l'essor des médias en ligne, faciles à créer et potentiellement contrôlés par des puissances étrangères ou leurs avatars, aggrave la vulnérabilité du débat public.
Comme l'a souligné Marc-Antoine Brillant, chef de service de VIGINUM, l'enjeu réside désormais dans la capacité à distinguer « l'authentique » de « l'inauthentique », tout en comprenant les logiques algorithmiques qui sous-tendent la diffusion de contenus manipulés voire créés par l'IA et traduits potentiellement sans délai dans toutes les langues de l'Union européenne.
Des échanges lors d'une la table ronde consacrée à la reconfiguration du paysage médiatique ont révélé une menace double : d'une part, l'exploitation de la crédibilité des médias traditionnels par des acteurs malveillants, comme en témoignent des tentatives de détournement de l'identité visuelle des journaux Le Monde ou Ouest-France, et, d'autre part, l'émergence de médias inauthentiques, souvent générés par IA, qui tentent de diffuser des informations fallacieuses sous couvert d'une apparente légitimité.
Mme Maud Lévrier, membre du directoire du groupe Ouest-France, a par exemple évoqué le cas du site « Var Actu », agréé en 2025 par la commission des publications de presse. Ce statut lui a permis de bénéficier du régime économique et juridique de la presse pendant plusieurs mois malgré son origine a priori artificielle et la génération de ses articles par l'IA.
Face à ces risques et aux diverses tentatives d'ingérence ou d'usurpation dont ils sont victimes, lesquelles s'accompagnent parfois de campagne d'intimidation ou de harcèlement ciblant les journalistes, les médias traditionnels adoptent des réponses graduées, allant de la mise en demeure à la demande de désindexation adressée aux plateformes et réseaux sociaux. Ils appellent toutefois à une coopération renforcée entre acteurs de la presse pour partager les bonnes pratiques et les outils de détection.
2. Une diversité d'acteurs aux approches hétérogènes implantés sur le territoire européen
a) Le modèle suédois : l'Agence de défense psychologique
Outre la France, la Suède est l'autre pays européen communément mis en avant pour son avance relative en matière de capacité nationale d'identification et des réponses aux tentatives de désinformation ou d'ingérence numérique étrangères. Créée un an après VIGINUM, son Agence de défense psychologique, est d'ailleurs, avec VIGINUM, la seule autre structure nationale citée comme exemple par la Commission européenne pour contribuer à l'édification du Centre européen pour la résilience démocratique dans sa communication conjointe du 12 novembre 2025 précitée.
Selon son mandat, l'Agence de défense psychologique « a pour mission d'identifier, d'analyser et d'apporter son soutien dans la lutte contre l'influence d'information malveillante et toute autre information trompeuse visant la Suède ou les intérêts suédois de la part de puissances étrangères hostiles. Il peut s'agir de désinformation visant à affaiblir la résilience de la Suède et la volonté de la population de se défendre, ou à influencer indûment les perceptions, le comportement et la prise de décision des citoyens ».
Selon l'Agence, « la défense psychologique désigne les capacités communes de la société à détecter et à contrer l'influence néfaste de l'information exercée à l'encontre de la Suède par des puissances étrangères hostiles ».
Composée de trois départements dont un service de communication, l'Agence de défense psychologique est un organisme relevant du gouvernement. Son siège se trouve à Karlstad et elle dispose d'un bureau supplémentaire à Solna.
Un département du développement des capacités a pour mission de développer et de renforcer les capacités collectives de défense psychologique de la société en apporter un soutien à la population, aux agences, aux municipalités, aux médias, aux organisations bénévoles de défense et à la société civile, ainsi qu'en favorisant une meilleure coordination entre ces acteurs. Parmi ses missions clés figurent également la responsabilité de la formation, des exercices et du renforcement des connaissances, par exemple en commanditant, en supervisant et en diffusant les travaux de recherche dans le domaine de la défense psychologique.
En outre, un département des opérations identifie, analyse et contre l'influence néfaste de l'information étrangère et d'autres informations trompeuses visant la Suède ou les intérêts suédois. Il est chargé d'établir des rapports de situation, d'analyses et des rapports sur les acteurs et les activités susceptibles de constituer des menaces en exploitant les vulnérabilités de la société suédoise, ainsi que de proposer des contre-mesures pertinentes. Le département développe des méthodes et des techniques permettant d'identifier et de répondre à l'influence d'information malveillante.
b) L'exemple du Centre de développement des capacités cyber dans les Balkans occidentaux (C3BO)
À la suite des cyberattaques majeures ayant touché le Monténégro et l'Albanie en 2022, et dans la perspective d'adhésion à l'UE, la France a lancé, avec la Slovénie et le Monténégro, le projet de création d'un Centre de développement des capacités cyber dans les Balkans occidentaux (C3BO). Ce projet s'inscrit dans le Processus de Berlin et dans les priorités de sécurité européenne. La France assure le pilotage stratégique et technique de ce projet, ainsi que le financement principal.
Le centre C3BO a été inauguré officiellement à Podgorica, capitale du Monténégro, en décembre 2024. Il repose sur trois piliers : la cybersécurité, la lutte contre la cybercriminalité, et la cyberdiplomatie. Son objectif est de renforcer les capacités cyber pour atteindre les standards européens en matière de formation en cybersécurité, les licences logicielles mais aussi les équipements, sur le plan de leur cyberrésilience.
Sur le plan des ressources humaines, la France fournit sur place depuis 2023, trois experts : un directeur des programmes (issu de la Gendarmerie nationale) et deux formateurs (de la Police et de la Gendarmerie). Ces experts sont assistés au sein du centre C3BO par trois collaboratrices monténégrines recrutées localement par la Slovénie.
Ce centre se démarque par des premiers résultats concrets. Outre un partenariat académique avec l'Université de technologie de Troyes (UTT) fondé sur des cursus diplômants en cybersécurité et en forensique numérique et des partenaires privés et publics, 43 formations et dialogues stratégiques ont été organisés en 2025 au profit de 896 participants issus des 6 pays bénéficiaires : l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie44(*).
Selon les chiffres transmis aux rapporteurs, 86 % de l'activité de formation correspond à une démarche de formation technique et pratique, axée sur la montée en compétences opérationnelles des publics formés.
S'agissant d'une région stratégique, exposée aux menaces hybrides, à la désinformation et à la cybercriminalité organisée, les rapporteurs saluent le caractère opérationnel du centre C3BO, utile à la montée en compétence des pays accompagnés, dans la perspective d'une adhésion à l'Union européenne.
c) Le Centre d'excellence pour la cyberdéfense en coopération, adossé à l'OTAN
Le Centre d'excellence pour la cyberdéfense en coopération (CCDCoE) est l'un des centres d'excellence adossé à l'OTAN45(*). Il est situé à Tallinn, en Estonie. Une délégation de la commission des affaires européennes avait échangé avec un membre français de ce centre, à l'occasion d'un déplacement les 24 et 25 mars 2025.
Ce centre organise notamment chaque année depuis 2010 le plus grand exercice de cyberdéfense dans le monde appelé Locked Shields (« boucliers verrouillés ») dans lequel des équipes s'affrontent. Réalisé en conditions réelles, une équipe monte une cyberattaque réaliste et à grande échelle que d'autres équipes doivent contrer. L'exercice intègre également des considérations juridiques et de communication de crise, favorisant, selon les termes du site web de Centre « un état d'esprit de guerre qui oblige les équipes à réfléchir rapidement, à s'adapter à des menaces inattendues et à collaborer efficacement ».
L'édition 2026 rassemble 4 000 participants issus de 41 pays.
Les rapporteurs soulignent le caractère hautement concret et opérationnel de tels exercices, ce qui en renforce l'utilité. Ces exercices mêlent en outre acteurs civils et militaires, dans un objectif de protection des services vitaux et des infrastructures critiques, ce qui participe au renforcement capacitaire des États, dans la droite ligne de l'objectif de résilience démocratique.
d) Le centre d'excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides, une initiative commune de l'UE et de l'OTAN
Le centre européen d'excellence pour la lutte contre les menaces hybrides (Hybrid CoE) est une initiative conjointe de l'Union européenne et de l'OTAN. Il se présente comme « une organisation internationale d'experts, autonome et fonctionnant en réseau, qui se consacre à la lutte contre les menaces hybrides et à la promotion d'une approche impliquant l'ensemble des pouvoirs publics et de la société civile pour y faire face ». Les travaux du centre sont planifiés et coordonnés par un secrétariat, situé à Helsinki, en Finlande.
Il s'agit d'une institution unique en son genre, destinée à permettre à l'UE et à l'OTAN de travailler ensemble pour identifier et contrer les menaces hybrides. Outre le partage de bonnes pratiques, des recommandations et la possibilité de tester de nouvelles approches, le centre européen d'excellence pour la lutte contre les menaces hybrides organise des exercices conjoints, ses activités couvrant un large éventail de domaines, allant du civil au militaire et de l'influence hostile à la guerre hybride.
Une délégation de la commission des affaires européennes avait échangé avec un représentant du centre, lors d'un déplacement en Finlande, le vendredi 29 mai 2026.
* 43 Rapport d'information n° 443 (2011-2012) de Mme Catherine MORIN-DESAILLY au nom de la commission des affaires européennes.
* 44 Sont également ponctuellement accompagnés l'Ukraine et la Moldavie.
