B. UNE CONTRIBUTION FRANÇAISE À LA DEFENSE DE L'EUROPE RENFORCÉE

1. Une offre française à des partenaires choisis avec soin

La proposition de « dissuasion avancée » constitue une évolution majeure de la doctrine nucléaire française. Elle permet d'expliciter la dimension européenne de cette dissuasion à laquelle il était fait souvent référence dans les précédents discours sans définition précise. Elle doit permettre de faire émerger, selon une autorité auditionnée, « une solidarité stratégique » entre les partenaires.

En cela, la « dissuasion avancée » prolonge sur le plan conventionnel le dialogue approfondi engagé avec le Royaume-Uni sur le plan nucléaire suite à l'adoption de la déclaration de Northwood (cf. annexe) qui a notamment arrêté le principe de discussions en cas de crise afin de partager l'analyse de la situation, d'évoquer les options envisageables et, le cas échéant, de coordonner les réponses.

La préparation du discours du 2 mars 2026 du président de la République a fait l'objet d'échanges en amont avec les alliés de la France. Comme l'a indiqué aux rapporteurs une autorité auditionnée : « il s'agit d'une offre de la France et non d'une demande ». La France n'a rien demandé en échange pour engager ces partenariats bilatéraux. En particulier, aucune contribution au financement de la dissuasion française n'est prévue afin que chacun conserve sa pleine indépendance.

Le choix des partenaires a été réalisé avec soin compte tenu des enjeux géopolitiques. L'idée était notamment que le débat stratégique ne doit pas concerner que les « grands » pays et qu'il est nécessaire de construire une véritable culture stratégique européenne.

Les neuf pays24(*) (Allemagne, Belgique, Danemark, Finlande, Grèce, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Suède) qui ont répondu favorablement à la proposition de participer à la « dissuasion avancée » française se situent plutôt au nord de l'Europe ce qui est de nature à compliquer les calculs de l'adversaire compte tenu des points de contacts qui existent avec la Russie tant sur le plan terrestre que maritime et aérien.

À travers la proposition de « dissuasion avancée » la France participe à agréger les capacités européennes et à favoriser leur mise en cohérence, chaque partenaire étant invité à renforcer ses moyens pour contribuer sur des segments conventionnels à sa mise en oeuvre.

2. Une « dissuasion avancée » complémentaire avec celle de l'OTAN

L'initiative de la France a été pensée dès le départ en complément de l'OTAN qui conserve toute sa pertinence pour assurer la défense de l'Europe. Le secrétaire général de l'OTAN a été tenu informé en amont du projet et même si la France n'entend pas rejoindre le groupe de programmation nucléaire (NPG) de l'OTAN, la « dissuasion avancée » comme la dissuasion nucléaire britannique doivent permettre de renforcer la sécurité des pays membres de l'OTAN en compliquant les calculs de l'adversaire dans le prolongement de la « déclaration d'Ottawa » du 19 juin 1974 adoptée par le Conseil de l'Atlantique Nord qui évoquait déjà le rôle des dissuasions nucléaires française et britannique comme étant « en mesure de jouer un rôle dissuasif propre contribuant au renforcement global de la dissuasion de l'Alliance ».

Une autorité auditionnée a rappelé que « la France est très respectueuse de la dissuasion nucléaire britannique qui était très complémentaire » et que « les deux pays travaillent beaucoup ensemble sur ces questions ». Les rapporteurs peuvent, à cet égard, rappeler compte tenu d'échanges conduits avec les autorités britanniques que si la dissuasion nucléaire britannique est étroitement dépendante des Etats-Unis concernant la conception de leurs sous-marins de la classe Vanguard et les missiles Trident II D-5 qui les équipent, les têtes nucléaires sont développées par le Royaume-Uni et la décision d'engagement du feu nucléaire n'appartient qu'au Premier ministre britannique.

Les rapporteurs observent que le renforcement de l'épaulement conventionnel contribuera également à accroître le poids des Européens dans la défense du continent et donc à répondre à la demande des Etats-Unis d'un rééquilibrage dans investissements réalisés par les Alliés au sein de l'OTAN.


* 24 La coopération avec le Royaume-Uni, puissance dotée, s'inscrit dans un cadre différent.

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