B. LA PARTICIPATION DES ALLIÉS EUROPÉENS AUX EXERCICES DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE FRANÇAISE

1. Différentes possibilités d'associer les alliés européens aux exercices de la dissuasion nucléaire

Les exercices de la dissuasion organisés régulièrement participent de la crédibilité de la dissuasion nucléaire. Le président de la République a indiqué que cette participation pourrait « impliquer également du signalement, y compris au-delà de nos frontières strictes ou la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires ».

La FOST ne procède pas à des exercices généraux30(*) puisque la permanence à la mer constitue une véritable mission opérationnelle, le SNLE concerné appareillant avec l'ensemble de ses armes tant offensives (missiles M 51) que défensives (torpilles, missiles Exocet).

La proposition du chef de l'État concerne donc les exercices menés par les Forces aériennes stratégiques (FAS) à l'image des raids nucléaires dénommés « Poker » qui sont organisés quatre fois par an sur le territoire national. Compte tenu de leur caractère extrêmement réaliste, le commandant des FAS préfère d'ailleurs évoquer des « opérations » que des « exercices » pour les désigner, l'objectif étant de tester des tactiques innovantes de pénétration à basse altitude et à vitesse élevée.

Les exercices Poker mobilisent tout un ensemble de moyens dans le cadre d'une simulation d'attaque / défense. Outre les Rafale qui opèrent le raid nucléaire (sans toutefois porter de véritables têtes nucléaires pour des raisons de sécurité), une escorte est également mobilisée tout comme des moyens terrestres et aériens représentant la défense de l'adversaire virtuel. Des avions ravitailleurs ainsi que des moyens de surveillance et de renseignement contribuent également à ces exercices qui sont annoncés à l'avance conformément au principe du signalement stratégique et pour tenir compte des contraintes propres à la gestion de l'espace aérien.

Les FAS conduisent, par ailleurs, régulièrement des opérations qui permettent de démontrer leur aptitude opérationnelle et de contrôler l'aptitude de leurs équipages comme du personnel au sol, par l'exécution de missions d'exercices se rapprochant le plus possible d'une mission de combat. Banco et Palmier sont, en particulier, des exercices de montée en puissance des FAS (montages d'armes et prise d'alerte au sol), sur une ou plusieurs zones d'alerte.

Il existe, par ailleurs, une troisième catégorie d'exercices qui pourraient être ouverts à des alliés européens : ce sont les missions Pégase de projection conventionnelle qui mettent en jeu la capacité de l'armée de l'Air et de l'Espace à intervenir en tout lieu du globe. Ces missions organisées annuellement depuis 2022 mobilisent des Rafale, des MRTT et des A400M. La mission Pégase 2024 a mobilisé des contingents allemand et espagnol dans le cadre d'exercices de sauvetage. Les missions Pégase qui s'inscrivent dans un cadre conventionnel pourraient tout à fait être transposées dans un cadre nucléaire, selon une autorité militaire auditionnée par les rapporteurs. C'est la raison pour laquelle elles pourraient constituer un cadre pertinent pour associer des moyens aériens des pays ayant accepté de participer à la « dissuasion avancée ».

2. Des groupes de pilotage bilatéraux pour construire des coopérations « sur mesure »

Le général commandant les FAS, interrogé par les rapporteurs, a estimé que l'association des partenaires européens aux exercices devrait nécessairement s'opérer de manière progressive. De tels exercices nécessitent, en effet, de bien se connaître notamment au regard des modes de fonctionnement réciproques. L'intégration des partenaires pourra par ailleurs, pour commencer, prendre la forme d'exercices de guerre électronique et de renseignement avant d'envisager une participation à des exercices en vol. Des « petits Poker » pourront ensuite être envisagés avant, le cas échéant, d'engager la réalisation d'exercices à l'échelle européenne.

Ces exercices à l'échelle nationale ou européenne pourront également prendre plusieurs formes : participation de forces conventionnelles partenaires à des exercices dédiés avec les forces stratégiques (dans l'espace aérien français ou dans l'espace aérien conjoint), déploiements de composantes des forces aériennes stratégiques chez le partenaire, etc.

Des groupes bilatéraux de pilotage (« nuclear steering group ») ont été créés avec chaque partenaire afin de fixer l'ambition commune et la feuille de route tant dans le domaine de la mission nucléaire que de l'épaulement stratégique. Le caractère bilatéral des coopérations impose de créer un groupe par partenaire, soit dix groupes de pilotage au total en tenant compte du fait que la Finlande a accepté le 14 septembre 2026 l'offre de participer à la « dissuasion avancée » et de la coopération menée par ailleurs avec le Royaume-Uni.

A l'issue du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité organisé à Brühl, près de Cologne, le 17 juillet 2026 le chancelier d'Allemagne, Friedrich Merz, a déclaré31(*) que dès cette année l'Allemagne participera à un exercice nucléaire des forces françaises.


* 30 Des exercices plus ciblés concernant la formation des équipages ou des essais des vecteurs sont par contre régulièrement organisés.

* 31 https://x.com/bundeskanzler/status/2078048696361501175?s=20

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