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21 octobre 1997 : Sauver La Poste : devoir politique, impératif économique ( rapport d'information )

 


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2. La relative faiblesse capitalistique des activités postales n'impose pas de sociétisation

La sociétisation d'une entreprise publique exposée au choc concurrentiel présente plusieurs avantages :

- elle lui confère une autonomie de gestion plus importante que le régime d'établissement public ;

- elle lui fournit des instruments plus efficaces de réactivité commerciale fort utiles dans un environnement économique mouvant ;

- et son capital social constitue le meilleur moyen de nouer des alliances stratégiques avec d'autres partenaires car il permet l'échange d'actions.

Pour La Poste, les deux premiers avantages ne pourraient que lui permettre de conforter et de dynamiser l'ensemble de ses activités, dans une logique d'entreprise.

Quand on sait que l'opérateur est appelé à exercer une part croissante de ses activités dans le secteur marchand, on ne peut sous-estimer l'intérêt qu'il aurait à se libérer du relatif carcan administratif dans lequel il évolue aujourd'hui. Cependant, dans ce cas, ne serait-il pas tenté de succomber un peu trop aux " sirènes " du marché et ne se trouverait-il pas incité à privilégier l'objectif de compétitivité au détriment de ses devoirs de service public ?

La question mérite d'être formulée : les bénéfices dégagés sur ses activités concurrentielles plus librement exercées n'offriraient-ils pas, en définitive, à La Poste le moyen le plus sûr d'assurer les missions de service public que l'Etat lui impose sans lui en donner véritablement, ou suffisamment, les ressources ? Le problème ne se poserait d'ailleurs pas en ces termes, si l'Etat assurait pleinement les conséquences des responsabilités qu'il confie à l'opérateur public et s'il ne lui faisait pas encourir le risque, face à la montée de la concurrence, de creuser les déficits.

Mais si, dans ces conditions, La Poste gagnerait vraisemblablement à être moins soumise à la tutelle de l'Etat, ce dernier -et surtout Bercy- n'y gagnerait sans doute pas. Aussi, eu égard aux tentations évoquées précédemment, apparaîtrait-il aujourd'hui imprudent de ne pas maintenir La Poste dans l'étroite orbite de l'Etat.

Le troisième avantage de la sociétisation (les alliances, notamment internationales, confortées par des échanges en capital) n'a pas, eu égard à la situation postale française, le caractère décisif qu'il présentait pour France Télécom.

Pour France Télécom, il s'agissait d'un impératif vital si la France voulait conserver son opérateur national dans le peloton de tête des " grands mondiaux ".

En effet, l'importance des investissements à consentir dans le secteur des télécommunications, au cours des dix ans à venir, excluait que des accords d'importance puissent se nouer ailleurs qu'au centre des groupes en présence. Quand les projets à développer ensemble se chiffrent en dizaines de milliards de francs, on ne traite pas par filiales interposées !

Tel n'est pas le cas dans le secteur postal. Les activités n'y ont pas cette intensité capitalistique ; elles obéissent d'abord à une logique d'industrie de main d'oeuvre. C'est pourquoi, en l'état actuel de la situation, la négociation et la conclusion d'alliances au travers de filiales n'apparaît pas une mauvaise solution.

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