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Séance du 25 novembre 2014 (compte rendu intégral des débats)

M. le président. Quel est l’avis de la commission ?

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. Je veux tout d’abord rappeler la position de principe, déjà exprimée hier soir, qui est celle du plafonnement de l’ensemble des taxes affectées, en cohérence avec ce que nous avons adopté dans la loi de programmation des finances publiques. Nous nous sommes suffisamment exprimés sur ce sujet, et je n’y reviendrai donc pas.

Très honnêtement, nous avons des difficultés avec le Fonds d’assurance formation des chefs d’entreprise exerçant une activité artisanale, le FAFCEA. Le plafond proposé s’élève à 54 millions d’euros, et les auteurs de ces amendements identiques nous disent que cela correspond à une baisse de 3 millions d’euros par rapport à 2014.

Nous n’allons pas contester a priori une telle affirmation, mais nous avons du mal à apprécier ces chiffres qui ne sont pas mentionnés dans le fascicule Voies et moyens.

Aussi, je demande à M. le secrétaire d’État ce qu’il en est du plafond proposé et quelles seraient les conséquences de ces amendements s’ils étaient votés. En d’autres termes, la baisse du plafond sera-t-elle trop importante au regard des missions de ce fonds d’assurance, dont l’utilité nous a été rappelée par les différents auteurs de ces amendements identiques ?

Nous ne contestons pas l’utilité de ce dispositif ni ne remettons en cause le principe visant au plafonnement des taxes affectées. En revanche, nous interrogeons le Gouvernement sur les conséquences de l’adoption de ces amendements, la documentation budgétaire, en l’occurrence le bleu, ne nous permettant pas de les apprécier correctement.

Sur l’ensemble de ces amendements identiques, l’avis de la commission est donc plutôt défavorable, en attendant les explications de M. le secrétaire d’État.

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. Christian Eckert, secrétaire d'État. Il a été fait état, et je n’y reviens pas, de la nécessité de prévoir un plafonnement des taxes affectées, lesquelles sont source de recettes souvent très dynamiques, ce qui, clairement, n’incite pas à l’économie… Nous avons tous des exemples en tête.

Mesdames, messieurs les sénateurs, je vous crois bien volontiers lorsque vous me dites que le bleu budgétaire n’est pas renseigné. Toutefois, selon nos prévisions, la recette doit s’élever à 54 millions d’euros, soit le montant exact du plafond, ce qui permet sécurisation et prévisibilité des recettes, et donc forcément des dépenses.

Selon nous, ce plafond n’est pas « mordant », selon l’expression consacrée, ce qui devrait être de nature à rassurer les auteurs de ces amendements identiques, qui n’ont pas lieu d’être. Le Gouvernement y est donc défavorable.

M. le président. La parole est à M. René-Paul Savary, pour explication de vote.

M. René-Paul Savary. Pour ma part, je pense que ces amendements identiques ont tout leur intérêt. En effet, que ferait donc cet article dans la loi s’il ne modifiait rien ? Si les fédérations nous interpellent pour exprimer leur préoccupation face à cette disposition, c’est bien parce qu’elles ont des raisons de le faire.

L’une des conséquences de cette disposition serait d’opérer une ponction sur le montant des ressources collectées, à savoir les contributions des artisans, et non sur un éventuel excédent de trésorerie du fonds, ce qu’un mécanisme existant permet déjà de faire.

En conséquence, il s’agit bien d’une ponction supplémentaire, ce qui justifie le vote de ces amendements identiques.

M. le président. Je mets aux voix les amendements identiques nos I-256, I-138 rectifié et I-298 rectifié.

(Les amendements ne sont pas adoptés.)

M. le président. L'amendement n° I-35, présenté par M. de Montgolfier, au nom de la commission des finances, est ainsi libellé :

Alinéas 55, 59, 60 et 61

Remplacer les mots :

de ces

par le mot :

des

La parole est à M. le rapporteur général.

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. Il s’agit d’un amendement rédactionnel.

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. Christian Eckert, secrétaire d'État. Favorable.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° I-35.

(L'amendement est adopté.)

M. le président. Je suis saisi de quatre amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° I-324, présenté par Mmes Primas et Lamure et M. César, est ainsi libellé :

I. – Alinéa 65

Supprimer cet alinéa.

II. – Alinéa 66

Remplacer la date :

1er janvier 2016

par la date :

1er juillet 2015

III. – Pour compenser la perte de recettes résultant du I , compléter cet article par un VIII ainsi rédigé :

VIII – La perte de recettes éventuelle résultant pour l’État du maintien de la taxe affectée au Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes, à taux plein et sa suppression à compter du 1er juillet 2015 est compensée, à due concurrence, par la création d’une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

La parole est à Mme Sophie Primas.

Mme Sophie Primas. Cet amendement vise le financement du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes, le CTIFL, qui a été créé en 1952 pour aider à développer la recherche appliquée et l’expérimentation dans le domaine des fruits et légumes, un domaine qui, par ailleurs, connaît en ce moment des turpitudes regrettables.

Les actions du CTIFL étaient financées jusqu’à présent par une taxe fiscale affectée prélevée auprès des opérateurs de la filière sur la base de leur chiffre d’affaires.

Or l’article 35 du projet de loi de finances prévoit de diminuer de moitié le taux applicable et le plafond de la TFA en 2015, avant sa suppression totale programmée au 1er janvier 2016. Elle sera alors remplacée par une cotisation interprofessionnelle étendue, qui doit être au préalable discutée avec l’interprofession des fruits et légumes frais, l’INTERFEL.

Il se trouve que les discussions entre l’INTERFEL et le CTIFL sur cette cotisation ont déjà commencé, mais n’ont pas encore abouti.

Mes chers collègues, pour tenir compte de la difficulté que représente le passage d’un système plafonné en 2015 à une cotisation en 2016, nous vous proposons, par cet amendement, de maintenir la taxe affectée pendant les six premiers mois de l’année, en attendant la fin des discussions en cours entre le CTIFL et l’INTERFEL, puis de passer directement, sur la seconde partie de l’année, à cette cotisation interprofessionnelle étendue.

Pour en avoir discuté avec les représentants de l’INTERFEL en particulier, je puis vous dire que ces délais leur paraissent compatibles avec l’état de leurs discussions aujourd’hui. L’adoption de cet amendement n’aurait pas d’impact sur le budget et elle permettrait de rassurer tous les acteurs sur la sécurité juridique de leur nouveau montage.

Il s’agit donc tout simplement d’un aménagement du passage de la taxe affectée à la cotisation qui est un peu différent de ce que mes collègues présenteront avec les amendements suivants. Je le répète, ma proposition n’aurait aucun effet sur le budget et elle s’inscrirait dans le cadre souhaité à la fois par la commission des finances et le Gouvernement, s’agissant des taxes affectées.

M. le président. L'amendement n° I-333 rectifié, présenté par M. Cadic, est ainsi libellé :

Alinéa 65

Supprimer cet alinéa.

La parole est à M. Olivier Cadic.

M. Olivier Cadic. Cet amendement est très proche de ceux qui ont été précédemment défendus.

Le CTIFL était financé jusqu’à présent par une taxe fiscale affectée assise sur le montant hors taxes des dernières transactions en gros entre deux personnes physiques ou morales établies en France de la vente directe par un producteur à un consommateur, lorsque le montant des ventes directes réalisées par ce producteur est supérieur à 30 000 euros au cours de l’année d’imposition, ou des exportations et des livraisons communautaires, ainsi que des importations des pays tiers, lorsqu’elles constituent la dernière transaction en gros.

Ainsi, la taxe, acquittée essentiellement par les commerçants et les distributeurs, permettait jusqu’à ce jour de financer ce centre de recherche à hauteur de 17 millions d’euros.

Le Gouvernement vient de décider de transformer cette taxe pour 2015 et de la supprimer en 2016 pour la remplacer par une cotisation volontaire obligatoire, une CVO, collectée par l’interprofession des fruits et légumes et instaurée par un accord interprofessionnel étendu.

Cette décision unilatérale prise dans l’urgence et sans concertation par le Gouvernement met les acteurs de la filière au pied du mur, en les obligeant à signer dans la précipitation un accord interprofessionnel pour remplacer la taxe fiscale affectée.

Or les acteurs de la filière ont besoin de temps pour construire une nouvelle synergie entre INTERFEL et le CTIFL, et revoir les modalités de fonctionnement, donc l’assiette même de la taxe.

C’est pourquoi il est proposé de reporter la date d’application de la transformation à 2016 et la date de suppression à 2017, pour permettre aux acteurs de la filière de mettre en place, de manière sereine, un dialogue et de construire un schéma de rapprochement entre les deux structures, ce qui permettra, ensuite, d’établir la base de cette nouvelle CVO.

M. le président. Les deux amendements suivants sont identiques.

L'amendement n° I-272 est présenté par M. Doligé.

L'amendement n° I-373 est présenté par MM. Savary, G. Bailly, Bizet et Bouchet, Mme Cayeux, MM. César, Chasseing et del Picchia, Mmes Deroche, Deromedi et Duchêne, MM. B. Fournier et Grand, Mmes Gruny et Hummel, MM. Kennel, Laufoaulu, Lefèvre et Legendre, Mme Lopez et MM. Magras, Morisset, Mouiller, Pellevat, Perrin, Raison, D. Robert et Trillard.

Ces deux amendements sont ainsi libellés :

I. - Alinéa 66

Remplacer la date :

2016

par la date :

2017

II. – Pour compenser la perte de recettes résultant du I ci-dessus, compléter cet article par un paragraphe ainsi rédigé :

... – La perte de recettes résultant pour l’État du présent article est compensée, à due concurrence, par la création d’une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

La parole est à M. Éric Doligé, pour présenter l’amendement n° I-272.

M. Éric Doligé. Dans le même esprit que les propositions précédentes, mon amendement a pour objet de prévoir un report de la transformation de la taxe affectée en CVO.

Je me permets simplement d’insister sur la nécessaire concertation avec la profession pour trouver une solution fonctionnelle.

Je remarque également que l’on passe d’une taxe affectée à une cotisation volontaire obligatoire : chacun appréciera la terminologie ! Selon moi, d’ailleurs, tous les impôts que nous payons devraient s’appeler « impôts volontaires obligatoires » : cela nous inciterait peut-être à les acquitter avec plus d’allant… (Sourires sur les travées de l'UMP.)

Cela dit, il me paraît important de faire droit à la demande de l’interprofession, qui ne souhaite rien d’extraordinaire, si ce n’est le report d’une année de l’application de cette règle pour pouvoir la mettre en place dans les meilleures conditions possible.

M. le président. La parole est à M. René-Paul Savary, pour présenter l’amendement n° I-373.

M. René-Paul Savary. Il est défendu, monsieur le président.

M. le président. Quel est l’avis de la commission ?

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. Nous sommes dans un cas un peu particulier, puisque le projet de loi de finances vise à changer le mode de financement du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes. Actuellement, il s’agit d’une taxe assise sur la vente de fruits et légumes. C’est donc une taxe sur une assiette de fruits et légumes… (Sourires.) L’article 15 a pour objet de la transformer en une cotisation volontaire obligatoire, comme vient de le rappeler Éric Doligé.

Concrètement, les amendements en discussion tendent soit à faire perdurer le système une année de plus, soit à permettre l’adaptation du CTIFL à ses nouvelles recettes.

Aujourd’hui, d’après nos informations, le centre bénéficie de la taxe à hauteur de 17 millions d’euros ; d’après le texte issu de l’Assemblée nationale, le produit serait ramené à 8,5 millions d’euros, avec une diminution de moitié du taux en 2015, et la taxe serait supprimée au 1er janvier 2016, date à laquelle serait mis intégralement en place le nouveau système de financement.

À mon sens, ces propositions sont bienvenues pour accompagner cette période de transition. C’est la raison pour laquelle la commission s’est montrée bienveillante à l’égard de l’amendement n° I-324, en considérant que son adoption permettrait d’accompagner au mieux le changement du mode de financement. En effet, l’avancement de la date de suppression favoriserait un travail rapide de la filière sur les modes alternatifs de financement.

La commission émet donc un avis favorable sur l'amendement n° I-324. En conséquence, elle invite les auteurs de l’amendement n° I-333 rectifié et des amendements identiques nos I-272 et I-373 à se rallier à cette solution de compromis et à bien vouloir retirer leurs propositions ; à défaut, elle y serait défavorable.

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. Christian Eckert, secrétaire d'État. Monsieur Doligé, on peut toujours faire des jeux de mots sur les « contributions volontaires obligatoires », mais cette catégorie existe bel et bien !

Quelle est la différence entre une taxe et une contribution volontaire obligatoire ? Dans les deux cas, la loi fixe le caractère obligatoire du prélèvement. En revanche, elle laisse les acteurs en fixer le niveau dans le second cas, tandis qu’elle s’y emploie elle-même dans le premier.

Il s’agit d’un principe vertueux qui permet aux acteurs de se responsabiliser pour définir les niveaux de ressources qui pèsent sur leurs adhérents. Un tel mécanisme, qui a plutôt fait ses preuves, existe dans d’autres secteurs.

En l’espèce, la transformation de la taxe semble faire l’objet d’un relatif accord de la profession. Des échanges ont eu lieu à cet égard, notamment avec le ministère concerné.

Les auteurs des amendements s’interrogent sur les raisons qui nous ont conduits à prévoir la moitié de la taxe pour l’année 2015 et à laisser la profession décider des modalités de la CVO destinée à financer l’autre moitié, dans un premier temps, puis à prendre complètement le relais de la taxe en 2016. Nous assumons complètement cette solution, car il nous a semblé utile de mettre en place un système progressif. Le Gouvernement est donc défavorable à l'amendement n° I-333 rectifié, ainsi qu’aux amendements identiques nos I-272 et I-373, dans la mesure où cette progressivité lui semble intéressante pour le CTIFL.

En ce qui concerne l’amendement n° I-324 qui semble avoir la faveur de M. le rapporteur général, son adoption ne me semble pas non plus opportune.

En effet, en raison de la saisonnalité de la taxe affectée, s’agissant de la production de fruits et de légumes, il nous semble que la moitié de son produit annuel n’aura pas été perçue en milieu d’année. Je ne vois donc pas ce que l’adoption de cet amendement changerait par rapport au principe de l’année de transition retenu par le Gouvernement pour 2015, avant que la seule CVO ne finance les activités du secteur en 2016.

Il paraît plus simple de prévoir que le CTIFL soit financé par la moitié du produit annuel de la taxe affectée plutôt que par le produit de cette taxe sur le seul premier semestre. Même si ce choix peut paraître surprenant, compte tenu du caractère saisonnier de l’activité de cette profession, il lui permet de disposer d’une recette plus clairement prévisible, avant de passer à un financement total par la cotisation volontaire obligatoire.

Le Gouvernement émet donc un avis défavorable sur l’ensemble de ces amendements.

M. le président. La parole est à Mme Sophie Primas, pour explication de vote sur l’amendement n° I-324.

Mme Sophie Primas. Monsieur le secrétaire d’État, contrairement à ce que vous affirmez, l’adoption de mon amendement changerait tout, car elle permettrait au CTIFL de continuer à percevoir la totalité de la taxe affectée pendant le premier semestre de l’année 2015. En effet, pendant cette période, le niveau de ses ressources ne changera pas ; il pourra donc se permettre de préparer le terrain pour modifier son organisation. Pendant le second semestre, le financement sera assuré par la cotisation volontaire obligatoire dont la profession fixera le niveau.

Par ailleurs, je ne pense pas que la perception de la taxe affectée varie en fonction de la saisonnalité, malheureusement…

M. Christian Eckert, secrétaire d’État. Mais si ! Elle est perçue par trimestre !

M. le président. Monsieur Savary, l’amendement n° I-373 est-il maintenu ?

M. René-Paul Savary. Les dispositions de l’amendement défendu par Mme Primas constituent un juste milieu et nous sommes tentés de nous y rallier.

Je voudrais cependant profiter de ce débat pour rappeler les difficultés rencontrées par la filière des fruits et légumes. Celle-ci doit faire face à une concurrence internationale très âpre, satisfaire aux exigences d’une traçabilité tout à fait nécessaire, appliquer des normes toujours plus nombreuses et respecter les règles de l’agriculture raisonnée.

En raison du caractère saisonnier de l’activité, la main-d’œuvre doit être employée selon les besoins, ce qui complique la gestion des contrats de travail dans la filière, complication aggravée par l’obligation de prévoir des contrats de vingt-quatre heures hebdomadaires. En outre, si nous n’y prenons pas garde, ce secteur d’activité aura tendance à faire davantage appel à la main-d’œuvre détachée, au détriment de la population au chômage dans des bassins de vie ruraux, qui rencontrent, par ailleurs, de graves difficultés.

Il me paraît donc important de faire en geste en faveur de cette filière, afin de lui manifester notre intérêt et de témoigner de notre souci de la voir rester performante, dans l’intérêt non seulement de l’alimentation de notre pays, mais aussi du maintien d’un modèle social.

Pour l’ensemble de ces raisons, je retire mon amendement, monsieur le président, au bénéfice de l'amendement n° I-324.

M. le président. L’amendement n° I-373 est retiré.

Monsieur Doligé, l’amendement n° I-272 est-il maintenu ?

M. Éric Doligé. Étant élu de la région Centre, qui s’appellera désormais Centre-Val de Loire, je tiens à rappeler que la filière des fruits et légumes, très importante pour l’économie du Val de Loire, se trouve dans une situation assez catastrophique.

Cela dit, je retire moi aussi mon amendement au profit de l'amendement n° I-324, monsieur le président.

M. le président. L’amendement n° I-272 est retiré.

Monsieur Cadic, l’amendement n° I-333 rectifié est-il maintenu ?

M. Olivier Cadic. Je vais suivre la suggestion de M. le rapporteur général et me rallier à l’amendement n° I-324.

Je retire donc mon amendement, monsieur le président.

M. le président. L’amendement n° I-333 rectifié est retiré.

Je mets aux voix l’amendement n° I-324.

(L’amendement est adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l’article 15, modifié.

(L’article 15 est adopté.)

Article 15
Dossier législatif : projet de loi de finances pour 2015
Articles additionnels après l'article 16 (début)

Article 16

I. – Il est opéré un prélèvement annuel de 175 millions d’euros sur le fonds de roulement des agences de l’eau mentionnées à l’article L. 213-8-1 du code de l’environnement, pour les années 2015 à 2017.

II. – Chaque année, un arrêté conjoint des ministres chargés de l’environnement et du budget répartit entre les agences de l’eau le montant de ce prélèvement, au prorata de leur part respective dans le produit total prévisionnel pour l’année concernée des redevances mentionnées à l’article L. 213-10 du même code et sans remettre en cause les programmes de préservation et de reconquête de la biodiversité et l’objectif d’atteinte du bon état des masses d’eau.

III. – Le versement de ce prélèvement est opéré pour 30 % avant le 30 juin et pour 70 % avant le 30 novembre de chaque année. Le recouvrement, le contentieux, les garanties et les sanctions relatifs à ce prélèvement sont régis par les règles applicables en matière de taxe sur les salaires.

M. le président. Je suis saisi de six amendements identiques.

L’amendement n° I-215 est présenté par M. Foucaud, Mme Beaufils, M. Bocquet et les membres du groupe communiste républicain et citoyen.

L’amendement n° I-231 rectifié est présenté par M. Cadic, Mmes Deromedi, Garriaud-Maylam, Goy-Chavent et Iriti, MM. Duvernois, Kern, Mandelli, Pellevat et B. Fournier et Mme Billon.

L’amendement n° I-245 est présenté par MM. Mézard, Collin, Requier et Bertrand, Mme Laborde, MM. Collombat et Barbier, Mme Malherbe et MM. Castelli, Esnol et Fortassin.

L’amendement n° I-281 rectifié bis est présenté par M. Dassault, Mme Lamure, M. Bouchet, Mme Deroche et M. Bas.

L’amendement n° I-299 rectifié est présenté par M. D. Laurent, Mme Imbert, MM. Pierre, Morisset, Magras, G. Bailly, Lecerf, Revet, Husson, Lefèvre, Raison, Perrin et Houel, Mme Cayeux et M. Reichardt.

L’amendement n° I-362 est présenté par M. Bignon et Mme Primas.

Ces six amendements sont ainsi libellés :

Supprimer cet article.

La parole est à M. Éric Bocquet, pour présenter l'amendement n° I-215.

M. Éric Bocquet. L’article 16 consacre un nouveau prélèvement de 175 millions d’euros sur le fonds de roulement des agences de l’eau. Une telle mesure n’a, hélas, rien d’exceptionnel ni de nouveau, puisqu’elle a déjà été pratiquée ces dernières années.

Éléments patents de « fiscalité écologique », les taxes perçues au profit des agences de l’eau se trouvent donc, une fois encore, partiellement détournées de leur objet. Les ponctions ainsi opérées au profit du budget général vont s’élever sur trois ans à 520 millions d’euros, une somme que l’on peut comparer utilement au montant du fonds de roulement disponible à la fin de 2013, fixé à 577,3 millions d’euros.

Autant dire que le prélèvement au profit du budget général va littéralement assécher les réserves des agences de l’eau, dont le rôle est pourtant essentiel pour le maintien d’une ressource de bonne qualité, singulièrement dans les régions du pays où la géologie et le climat conjuguent leurs effets pour nuire à cette qualité, ainsi qu’à la quantité disponible.

Un autre point ne peut manquer d’attirer l’attention. En effet, attendu que les redevances constituent l’essentiel des recettes des agences et que les trois quarts de ces redevances sont perçus auprès des collectivités locales, cela signifie que les trois quarts des 175 millions prélevés sont comme une recette d’ordre assurée par lesdites collectivités pour l’État.

La ponction sera évidemment variable selon les agences, mais on peut s’attendre à voir l’agence Seine-Normandie apporter 60 millions d’euros au pot commun, tandis qu’un prélèvement d’environ 11 millions d’euros sera exigé de l’agence Artois-Picardie.

Eu égard aux enjeux liés à la qualité de l’eau, à l’entretien des réseaux et à la prévention des pollutions, entre autres, la perspective choisie par le Gouvernement ne nous semble pas la bonne. Là encore, nous ne pouvons que solliciter le Sénat pour qu’il repousse sans la moindre hésitation cet article, car on ne redresse pas un pays en accumulant les prélèvements autoritaires et les recettes d’ordre. On le fait en changeant de politique économique et industrielle et en mobilisant les énergies autour de projets fédérateurs !

M. le président. La parole est à M. Olivier Cadic, pour présenter l’amendement n° I-231 rectifié.

M. Olivier Cadic. Dans le cadre de la loi de finances pour 2014, un premier prélèvement exceptionnel sur le fonds de roulement des agences de l’eau au profit du budget de l’État a été effectué, à hauteur de 210 millions d’euros. Cette année, le prélèvement est de 175 millions d’euros et il sera perpétué les années suivantes. Or, il faut le souligner, ces prélèvements ont des répercussions économiques et écologiques importantes.

Sur le plan économique, les agences de l’eau contribuent à préserver les ressources naturelles et suscitent donc une activité économique importante, en particulier pour les entreprises de travaux publics qui assurent l’entretien et la rénovation des réseaux d’adduction d’eau potable et d’assainissement. Une nouvelle baisse des investissements, donc de l’activité, fragiliserait ce secteur déjà très affecté et induirait inévitablement de nouvelles pertes d’emplois.

Par ailleurs, la France, comme tous les États membres de l’Union européenne, s’est engagée à répondre aux exigences de la directive-cadre sur l’eau. La contribution des agences de l’eau doit permettre d’assurer que ces objectifs seront atteints, grâce au financement par leurs soins d’une partie des investissements locaux dédiés. Or le dernier état des lieux des masses d’eau a confirmé les résultats mitigés de la France à ce jour.

En diminuant les budgets des agences de l’eau, l’État, au niveau local, prive les porteurs de projets de moyens qui leur sont normalement dédiés ; au niveau national, il réduit ses chances d’atteindre les objectifs fixés par la directive-cadre sur l’eau et expose la France à de nouvelles critiques de l’Union européenne en matière d’environnement, voire à des pénalités.

De plus, ce prélèvement est un impôt déguisé qui touche les particuliers les plus modestes. En effet, les redevances sont versées, en partie, par les secteurs économiques industriels et agricoles, mais elles le sont, avant tout et à plus de 80 %, par les usagers domestiques. Ce prélèvement devient donc un impôt caché, qui sera payé par l’ensemble de la population, en particulier par les plus défavorisés.

Sur le plan écologique, les agences jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre de la politique de l’eau. Elles organisent la planification et le financement des politiques de l’eau au niveau d’un ou de plusieurs bassins hydrographiques. Elles assurent également le secrétariat des comités de bassin. En lien avec les conseils généraux, elles exercent une mission de solidarité envers les communes rurales, afin de favoriser l’équipement des services d’eau et d’assainissement. Enfin, elles assurent le financement de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, l’ONEMA, pour un montant de 145 millions d’euros par an, auquel s’ajoutent les recettes correspondant à la majoration de la redevance pour pollutions diffuses qui est destinée au plan « Écophyto 2018 » de réduction des usages de pesticides.

La réduction pérenne du fonds de roulement aura inévitablement une incidence sur ces missions. Elle constitue donc une remise en cause de la politique écologique renforcée par le Grenelle de l’environnement.

Enfin, ce nouveau prélèvement dérogerait à la séparation entre les comptes des administrations publiques locales.

Pour l’ensemble de ces raisons, l’article 16 doit être supprimé.

M. le président. La parole est à M. Yvon Collin, pour présenter l’amendement n° I-245.

M. Yvon Collin. L’article 16 opère un prélèvement annuel au profit du budget de l’État de 175 millions d’euros sur le fonds de roulement des agences de l’eau, au titre de l’année 2015 et des deux années suivantes.

Nous ne sommes plus dans le cadre d’un prélèvement exceptionnel, puisque, d’une part, il serait répété sur trois années, et, d’autre part, il fait suite à une précédente ponction de 210 millions d’euros en 2014. Notre amendement vise donc, comme les précédents, à supprimer l’article 16.

Il ne s’agit cependant pas d’exonérer les agences de l’eau de tout effort, alors que nous en demandons parfois beaucoup aux administrations et aux autres opérateurs.

Nous proposons donc que le montant du prélèvement envisagé soit compensé par la prise en charge, par les agences de l’eau, d’une partie des missions du programme 113, « Paysages, eau et biodiversité » du présent projet de loi de finances. Ainsi, les agences de l’eau participeraient à l’effort de redressement des finances publiques, tout en respectant le principe « l’eau paie l’eau ».