MM. Jacques Grosperrin et Laurent Burgoa. Parfait !

Recherche et enseignement supérieur (suite)

M. le président. Dans la suite de notre discussion, je vous rappelle que le temps de parole attribué à chaque groupe pour chaque discussion comprend le temps d’intervention générale et celui de l’explication de vote.

Par ailleurs, le Gouvernement dispose au total de quinze minutes pour intervenir.

Dans la suite de la discussion, la parole est à M. Bernard Buis. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. Bernard Buis. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je veux saluer dès à présent le fait que notre pays cherche à réaliser des économies sans les faire peser sur le dos de la recherche : dans le contexte budgétaire contraint que nous connaissons aujourd’hui, les crédits alloués à l’enseignement supérieur sont préservés et les opérateurs stabilisés.

Avec une hausse de 260 millions d’euros en 2026, ce budget parvient en effet à trouver un certain équilibre, qui est tout aussi nécessaire que la poursuite de la mise en œuvre de la loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030. Ce qui est en jeu n’est pas anodin, puisqu’il s’agit de moyens supplémentaires consacrés à la rémunération des doctorants et du personnel de recherche, ainsi qu’au financement de la recherche sur appels à projets.

Notre groupe soutiendra l’amendement déposé par notre collègue Jean-Baptiste Blanc sur le régime indemnitaire des personnels enseignants et chercheurs (Ripec), qui ne s’adresse aujourd’hui qu’au personnel relevant des corps des enseignants-chercheurs et des chercheurs. L’année 2026 doit permettre de financer des mesures en faveur de l’attractivité des carrières des chercheurs, des contrats doctoraux et d’une nouvelle vague de création de chaires de professeur junior (CPJ).

D’un point de vue global, nous saluons la volonté de territorialiser le pilotage de l’enseignement supérieur, ambition qui s’accompagne de l’inscription dans le PLF d’une enveloppe de 44,5 millions d’euros.

Toutefois, la hausse de 4 points du taux de contribution des employeurs au compte d’affectation spéciale « Pensions », qui ne devrait être compensée qu’à moitié, soit à hauteur de 81 millions d’euros, devrait avoir un impact sur les programmes 150 « Formations supérieures et recherche universitaire » et 172 « Recherches scientifiques et technologiques pluridisciplinaires ».

Le risque pèse en particulier sur les universités déjà en difficulté, nombre d’entre elles étant confrontées à une hausse de leurs coûts de fonctionnements, mais aussi sur les organismes nationaux de recherche. Nous reviendrons sur ce sujet au cours du débat.

Je souhaite également saluer la hausse des crédits alloués à la recherche spatiale. Le programme budgétaire y afférent couvre la subvention versée au Centre national d’études spatiales (Cnes) pour ses activités nationales et bilatérales, ainsi que les contributions françaises à l’ESA et à l’Organisation européenne pour l’exploitation de satellites météorologiques (Eumetsat), essentielles à la souveraineté de notre pays en matière spatiale.

La France a formé et envoyé dans l’espace de nombreux scientifiques, comme Jean-Loup Chrétien, en 1981, ou encore à Claudie Haigneré, en 1996, qui fut ensuite votre prédécesseure, monsieur le ministre, sans oublier Thomas Pasquet, le spationaute européen le plus expérimenté à ce jour, avec 400 jours passés dans l’espace à son actif.

Notre pays n’a pas dit son dernier mot puisque, dans deux mois, la spationaute nivernaise Sophie Adenot décollera pour la Station spatiale internationale (ISS) : peut-on trouver meilleur symbole pour faire rêver les Françaises et les Français et surtout démontrer à toutes ces femmes et ces filles que les filières scientifiques leur sont grandement ouvertes ?

Monsieur le ministre, dans le pays de Marie Curie, il n’est pas acceptable de constater à l’école une autocensure féminine persistante à l’égard de ces filières. Selon un récent rapport d’information de la délégation sénatoriale aux droits des femmes, publié en octobre dernier par Marie-Do Aeschlimann, Jocelyne Antoine, Laure Darcos, Didier Marie et ma collègue drômoise Marie-Pierre Monier, moins d’un tiers des chercheurs scientifiques et à peine un quart des ingénieurs en France sont des femmes. Cette situation est d’autant plus navrante que de multiples signaux indiquent une détérioration de cette situation depuis la dernière décennie.

Dans ces conditions, je compte sur vous, monsieur le ministre, pour agir et renverser la tendance. L’égalité des chances au féminin ne doit pas être un slogan, elle doit devenir une réalité.

Puisqu’on parle de la jeunesse, le Gouvernement poursuit son soutien aux étudiants modestes, ainsi que la lutte contre la précarité étudiante : en témoignent la prolongation du ticket de restauration universitaire à 1 euro pour les étudiants boursiers ou encore le gel du tarif de restauration à 3,30 euros, qui concernera tous les étudiants pour l’année universitaire en cours.

N’oublions pas que les moyens des Crous sont rehaussés de près de 15 millions d’euros, afin de rénover les logements, et que les crédits engagés permettront de poursuivre le dispositif Santé Psy étudiant. Celui-ci permet d’assurer la prise en charge à 100 % de douze séances avec un psychologue partenaire, dont pas moins de 14 000 étudiants ont déjà pu bénéficier depuis la création du dispositif en 2021. Si l’année 2025 touche à sa fin, avec pour conséquence la désignation d’une autre grande cause nationale, la santé mentale doit rester une priorité.

Enfin, je souligne que 428 millions d’euros sont inscrits pour 2026 au programme 142 « Enseignement supérieur et recherche agricoles ». La formation d’ingénieurs, de vétérinaires et de paysagistes est également un enjeu stratégique pour notre pays, ce qui nous oblige à proposer des formations dans des conditions optimales du point de vue des coûts et de qualité du service, mais encore faut-il susciter davantage de vocations. Je suis convaincu que le bachelor agro, créé par la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, nous y aidera dès la rentrée scolaire 2026.

En ce qui concerne les vétérinaires, que devons-nous penser du fait que 4 000 étudiants français partent chaque année se former en Roumanie ? Environ 90 % d’entre eux suivent des cours en médecine humaine ou vétérinaire à Cluj-Napoca. La mobilité étudiante au sein de l’Union européenne peut être synonyme d’ouverture et je n’y suis absolument pas opposé, mais l’ordre de grandeur et l’évolution des chiffres me troublent.

Compte tenu des priorités du Gouvernement, ainsi que de la répartition et de l’augmentation des enveloppes budgétaires, le groupe RDPI votera pour les crédits de cette mission. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. Yan Chantrel. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. Yan Chantrel. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, cette année, le budget du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche affiche une hausse en trompe-l’œil de 176 millions d’euros. Parmi les moyens nouveaux, 87 millions d’euros sont prévus au titre de la loi de programmation de la recherche, en deçà de la trajectoire fixée, et 45 millions d’euros financeront le déploiement des nouveaux Comp.

Cette hausse d’à peine 0,64 %, sur un budget de près de 27 milliards d’euros, paraît plus que minime. Elle se transforme même en baisse lorsqu’on la considère en euros constants, puisqu’elle est inférieure au taux d’inflation attendue en 2026, estimée à 1,3 %. Cette affirmation est d’autant plus vraie que la mission, cette année, pérennise les coupes budgétaires adoptées dans le cadre du PLF pour 2025 via un amendement du Gouvernement.

La réalité, c’est que nos universités continuent d’être en grande détresse. Cette année, 58 établissements sur 70 ont présenté un budget initial en déficit. En 2026, leurs finances restent encore largement grevées par des surcoûts liés à la hausse des prix de l’énergie et surtout par des dépenses que l’État impose aux universités et persiste à ne pas compenser.

Je pense aux mesures Guerini, que l’on estime supérieures à 150 millions d’euros pour 2026, aux nouvelles obligations réglementaires concernant la protection sociale complémentaire, évaluées à 62 millions d’euros, et au nouveau relèvement de 4 points du taux de compte d’affectation spéciale « Pensions », qui n’est compensé qu’à hauteur de 81 millions d’euros, malgré des besoins estimés à 200 millions d’euros.

C’est la raison pour laquelle notre groupe défendra des amendements visant à compenser ces coûts, pour lesquels l’État décideur refuse d’être payeur, car ils font peser sur nos universités un poids démesuré. L’Assemblée nationale elle-même avait d’ailleurs adopté un amendement visant à assurer une compensation totale du compte d’affectation spéciale « Pensions ». Il convient de le réintroduire dans le PLF.

Les conséquences sont lourdes sur la capacité d’accueil des universités – près de 30 000 places ont été supprimées en master et en licence à la rentrée 2025 – et sur le recrutement. Nos universités doivent se reposer sur des vacataires abondamment exploités, qui continuent d’être sous-payés. Ils sont 160 000 à assurer plus de 5 millions d’heures de travaux dirigés, soit l’équivalent du service de près de 30 000 enseignants-chercheurs titulaires à temps plein. Dans ces conditions, nous défendrons un amendement visant à rétablir un niveau de rémunération conforme à leurs qualifications et à leurs missions.

Enfin, les conséquences sont lourdes pour les étudiants. Les crédits consacrés à la vie étudiante sont en baisse de 1 % par rapport au budget pour 2025. Cette tendance est toutefois mitigée par la légère progression des aides indirectes : je pense notamment à l’enveloppe de 375 millions d’euros destinée à financer les dépenses de fonctionnement des Crous en matière de logement et de restauration, qui permettra la pérennisation du repas à 1 euro.

La baisse la plus significative concerne les bourses accordées sur critères sociaux, leur enveloppe étant réduite de 1,5 %. Le Gouvernement explique cette coupe par une baisse du nombre de boursiers, en lien avec l’apprentissage. Cet argument est inaudible, monsieur le ministre, à l’heure où la précarité augmente chez les étudiants. Les besoins en aide alimentaire se multiplient pour répondre à l’urgence sociale – notamment chez ceux qui ne sont pas éligibles aux bourses –, d’une part, à cause des effets de seuil du système actuel et, d’autre part, en raison de la non-indexation des bourses sur l’inflation.

Il est urgent de mettre en place la réforme structurelle des bourses, qui est repoussée depuis deux ans. En attendant, nous défendrons un amendement pour revenir sur la coupe de 35 millions d’euros opérée dans le budget des bourses.

Dans l’ensemble, la dépense par étudiant continue de s’établir à environ 13 000 euros par an, soit près de 1 000 euros de moins qu’il y a dix ans. C’est le signe que l’État n’a pas accompagné l’augmentation massive des effectifs et qu’il a mis sous pression les universités.

Tout cela continue de profiter à l’enseignement privé lucratif, dont on connaît la capacité à exploiter le désespoir des jeunes à coups de frais de scolarité exorbitants. C’est pourquoi le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain défendra, lors de sa niche, le 12 février prochain, des mesures visant à réguler ce secteur d’enseignement.

Pour l’ensemble de ces raisons, si nos amendements ne sont pas adoptés, nous voterons contre le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche qui nous est proposé cette année. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. le président. La parole est à Mme Mathilde Ollivier. (Mme Monique de Marco applaudit.)

Mme Mathilde Ollivier. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous examinons aujourd’hui les crédits consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche. Les choix budgétaires qu’ils traduisent sont le signal du décrochage de la France face aux grandes puissances scientifiques du monde.

Premièrement, nous constatons encore et toujours un abandon profond de notre jeunesse. Les 18-29 ans sont, avec les mineurs, la classe d’âge la plus pauvre de notre pays. Pourtant, vous faites le choix, monsieur le ministre, de réduire le seul programme qui leur est spécifiquement consacré.

Pis, vous refusez d’indexer les bourses sur l’inflation. Résultat : des milliers de jeunes sont purement et simplement exclus du système. Nous comptons 17 000 boursiers de moins cette année, alors même que le coût de la vie étudiante explose. Un tiers d’entre eux ne touchent que 150 euros par mois : qui peut vivre, étudier, se loger avec une telle somme ?

Pendant ce temps, les enquêtes se succèdent, toutes plus alarmantes les unes que les autres. Aujourd’hui, 34 % des étudiants sautent des repas, tandis que 53 % réduisent leurs portions. Or rien, absolument rien, dans ce budget ne s’attaque à cette réalité.

Autre constat qui illustre clairement la situation alarmante de l’enseignement supérieur en France : l’état de nos universités. Depuis des mois, les universités nous alertent, car elles sont asphyxiées et laissées seules face à des choix impossibles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, 80 % des universités ont voté un budget en déficit et les surcoûts non compensés atteignent entre 400 millions et 500 millions d’euros par an. En conséquence, les universités devront encore puiser dans leur fonds de roulement, fermer des antennes, réduire l’accueil et dégrader leurs formations.

Chers collègues, nous faisons face à un véritable cas de conscience. Avec ce budget, certains sites universitaires de vos départements fermeront : qui, ici, peut s’y résoudre ? Certains sénateurs veulent profiter des rabots sur les budgets des universités pour relancer le débat sur une hausse des frais d’inscription. La ficelle est grosse ! On fragilise la vocation universelle de l’université, on met ses finances au pied du mur pour relancer la ritournelle sur les frais d’inscription et la sélectivité. Nous nous y opposerons frontalement.

L’université n’est pas un marché où l’on ajuste les prix, c’est un bien commun qui prône et continuera de prôner l’égalité des chances et d’accès au savoir. Nous devrions plutôt être en train de discuter de la manière d’adapter l’université aux enjeux d’aujourd’hui et de demain.

Le manque d’ambition du Gouvernement et de la majorité sénatoriale sur le volet des recettes nous oblige aujourd’hui à discuter d’ajustements budgétaires pour la survie même de notre modèle.

Je terminerai mon propos en disant quelques mots du volet recherche. Monsieur le ministre, vous multipliez les discours sur la souveraineté, l’innovation, l’excellence. Pourtant, ce budget acte, pour la deuxième année consécutive, un décrochage massif par rapport aux engagements qui ont été pris dans la loi de programmation de la recherche.

L’objectif consistant à porter l’effort national de R&D à 3 % du PIB est aujourd’hui devenu une illusion. La France continuera de stagner autour de 2,2 %, loin derrière l’Allemagne, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud.

Les chercheurs eux-mêmes décrivent un système à bout de souffle : appels à projets incessants, perspectives d’évolution limitées, épuisement des équipes. Comment voulons-nous attirer des talents quand un doctorant gagne à peine plus que le Smic et que le doctorat est aujourd’hui si peu valorisé dans les parcours professionnels hors du cadre de la recherche ?

Le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires défend une vision radicalement différente, celle qui impose d’abord de respecter la parole donnée au travers de la loi de programmation de la recherche. Il n’y a pas d’adaptation et de transition écologique possible sans connaissance, sans science, sans investissement fort pour la recherche publique. Il n’y aura pas non plus d’autonomie stratégique de la France sans des investissements importants en ce domaine. Il n’y a pas que la recherche appliquée qui doit être financée, il faut aussi soutenir la recherche en sciences humaines et sociales, ainsi qu’en sciences fondamentales ; on ne le répétera jamais assez.

Notre vision consiste aussi à assumer la défense d’une jeunesse précarisée, au moyen de plusieurs dispositifs : repas à 1 euro, droit à un logement digne, refonte totale des bourses vers une garantie d’autonomie, régulation ferme de l’enseignement privé lucratif, fin de Parcoursup et présence universitaire réelle dans tous les territoires.

Vous l’aurez compris, sans grande surprise, le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires ne votera pas les crédits de cette mission. Votre budget tourne le dos à l’avenir, délaisse la jeunesse, fragilise les universités et affaiblit la recherche française. Il est temps de revoir la copie : c’est précisément ce que nous tâcherons de faire au cours de ce débat budgétaire. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

M. le président. La parole est à M. Bernard Fialaire.

M. Bernard Fialaire. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la mission « Recherche et enseignement supérieur » est stratégique, en ce qu’elle conditionne la capacité de la France à rester compétitive. Il y va de notre souveraineté nationale, comme l’a rappelé au Sénat, il y a quelques jours seulement, Philippe Aghion, prix Nobel d’économie.

À la rentrée 2025, les établissements d’enseignement supérieur ont accueilli un peu plus de 3 millions d’étudiants. Après plusieurs années d’augmentation continue du nombre d’inscrits, la dynamique ralentit. Toutefois, des tensions demeurent dans certaines filières stratégiques, telles que la santé ou le numérique, mais aussi dans les classes préparatoires intégrées.

Les crédits de la mission « Recherche et enseignement supérieur » devraient progresser en 2026 d’environ 2 %, pour atteindre près de 32 milliards d’euros, un chiffre qu’il faut toutefois tempérer, car l’inflation et l’augmentation mécanique des dépenses de personnel absorbent une grande partie de cette hausse, ce qui réduit le pouvoir d’action réel des établissements.

Cette mission représente encore le quatrième poste budgétaire de l’État. Elle s’appuie sur un réseau exceptionnel de 217 opérateurs. Cette diversité est une richesse qui rend d’autant plus indispensable la définition d’une trajectoire budgétaire claire et sincère.

Or, comme cela a été rappelé, la loi de programmation de la recherche accuse toujours un retard d’exécution significatif : plusieurs centaines de millions d’euros manquent chaque année pour respecter la trajectoire prévue. Les crédits de la mission, une fois corrigés de l’inflation, ont même reculé d’environ 1,2 milliard d’euros depuis 2019. Dans la mesure où nous n’avons pas été associés aux travaux lors de la « revoyure » prévue par la loi, monsieur le ministre, nous ne pouvons en porter la responsabilité.

Le programme 150 « Formations supérieures et recherche universitaire » continue de supporter l’essentiel de l’effort concernant l’enseignement supérieur. Ses moyens augmentent, mais ils servent d’abord à compenser les revalorisations salariales et la hausse du compte d’affectation spéciale « Pensions ».

Les universités voient donc leurs marges de manœuvre se réduire, alors même que l’on attend d’elles qu’elles innovent, modernisent leurs formations et renforcent leur rayonnement international. Nous appelons à éclaircir l’opacité qui entoure la répartition de la subvention pour charges de service public (SCSP), afin d’effacer les soupçons d’inégalité et d’encourager les efforts partagés.

J’en viens à présent à la vie étudiante, qui fait l’objet du programme « 231 ». Les crédits de ce dernier reculent légèrement, alors que les coûts liés au logement et à la restauration pèsent de plus en plus lourd et que la mission confiée aux Crous en matière d’accompagnement social et de santé étudiante est plus cruciale que jamais.

La suspension de la deuxième phase de la réforme des bourses fait courir le risque de perdre les effets bénéfiques en matière de redistribution obtenus lors de la première étape. Je ne reviens pas sur la suppression des aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants extracommunautaires ; leurs frais d’inscription ont considérablement augmenté, mais ils ne sont pas tous fils de riches Texans !

Par ailleurs, monsieur le ministre, qui s’occupe vraiment du sport universitaire ? Voilà pourtant un excellent vecteur d’inclusion, de santé physique et psychique, à un moment où tant d’étudiants sont en souffrance.

Les crédits du programme 190 « Recherche dans les domaines de l’énergie, du développement et de la mobilité durables » progressent fortement, ce qui reflète l’ampleur des défis de la transition énergétique. Toutefois, la baisse des moyens consacrés à la recherche nucléaire suscite des interrogations, d’autant que la France tarde à se doter des nouvelles générations de réacteurs.

Les crédits du programme 192 « Recherche et enseignement supérieur en matière économique et industrielle » connaissent une augmentation spectaculaire de 50 %, liée à la réforme du statut des jeunes entreprises innovantes (JEI). Cette évolution est positive, puisqu’elle resserre le dispositif sur les entreprises réellement intensives en recherche et développement.

Je n’aurai pas besoin de vous convaincre, monsieur le ministre, de l’intérêt de la politique spatiale, financée par le biais du programme 193 « Recherche spatiale ». Le montant de ses crédits progresse légèrement : c’est une bonne chose, à un moment où la France et l’Europe doivent préserver leur autonomie d’accès à l’espace, dans un contexte de compétition mondiale accrue.

Les crédits du programme 142 « Enseignement supérieur et recherche agricoles » consacrés à l’enseignement connaissent une nette progression, ce qui traduit les ambitions de la loi du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, dite loi d’orientation agricole. Néanmoins, on déplore la légère contraction des crédits consacrés à la recherche, alors que cette même loi réaffirme sa nécessité, afin de permettre la transition climatique et environnementale de l’agriculture.

Enfin, le programme 191 « Recherche duale (civile et militaire) » voit le montant de ses crédits remonter, après la chute intervenue en 2025. Les financements orientés vers les technologies spatiales, la cybersécurité et les télécommunications visent à renforcer la cohérence entre la recherche civile et la défense, qui constitue un enjeu majeur pour la souveraineté technologique de notre pays en ces temps incertains.

La mission se caractérise donc par une stabilité de ses crédits, mais aussi par des fragilités, qui doivent susciter notre vigilance lors de l’examen de ce budget. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE et sur des travées du groupe UC. - M. Louis Vogel applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. Pierre-Antoine Levi. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains. - M. Louis Vogel applaudit également.)

M. Pierre-Antoine Levi. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, dotée de 31,5 milliards d’euros, la mission « Recherche et enseignement supérieur » devrait incarner les choix d’un pays qui investit dans son avenir, sa jeunesse et la connaissance.

La réalité demeure toutefois contrastée. Si ce budget est un acte politique, force est de constater qu’il reste en deçà des enjeux.

Je tiens néanmoins à saluer, monsieur le ministre, votre engagement personnel. Dans un contexte où beaucoup de ministères subissent des coupes budgétaires sévères, la préservation relative de l’enveloppe de 18,8 milliards d’euros destinée à l’enseignement supérieur témoigne d’un effort réel.

Toutefois, soyons francs : ces moyens demeurent insuffisants pour répondre aux besoins croissants.

Investir dans la recherche et l’enseignement supérieur, ce n’est pas dépenser, c’est jeter les bases de la souveraineté scientifique, de la compétitivité économique et de la capacité d’innovation d’un pays. À l’inverse, sacrifier ces crédits, c’est prendre le risque d’un affaiblissement durable.

Je veux cependant souligner deux avancées importantes.

Je pense tout d’abord aux 35 millions d’euros consacrés à la restauration étudiante à tarifs modérés.

La loi visant à favoriser l’accès de tous les étudiants à une offre de restauration à tarif modéré, dont j’ai été à l’origine et dont Jean Hingray a été le rapporteur, produit aujourd’hui des effets très concrets : 211 conventions ont été signées, 52 000 étudiants en bénéficient, plus de 44 millions de repas ont été servis. Alors qu’une partie de notre jeunesse doute de la République, garantir un repas sain et accessible est un acte politique fort.

Je pense, ensuite, à la promulgation le 31 juillet 2025 de la loi relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, dont j’ai été le rapporteur avec Bernard Fialaire.

Face à la montée des actes de haine, nous avons assumé une ligne claire, celle de la tolérance zéro. Nous comptons sur vous, monsieur le ministre, pour faire en sorte que sa mise en œuvre soit rapide et rigoureuse, afin que des référents formés soient désignés dans les établissements d’enseignement supérieur et que des dispositifs de signalement efficaces soient instaurés. Ce combat touche au cœur de nos valeurs.

Toutefois, les insuffisances demeurent, surtout en matière de recherche. La sixième marche de la loi de programmation de la recherche n’est financée qu’à hauteur de 87 millions d’euros, soit 20 millions d’euros de moins que prévu. Ces crédits permettent certes de poursuivre certaines revalorisations, mais, par leur montant, ils envoient un signal préoccupant pour l’attractivité de nos carrières scientifiques et pour nos jeunes chercheurs, qui sont de plus en plus tentés par l’étranger.

Je veux saluer, par ailleurs, la progression de 14 millions d’euros des moyens en faveur des œuvres universitaires. Sans les Crous, la précarité étudiante exploserait. Ces crédits constituent des filets de sécurité, non des dépenses superflues.

Ma collègue Laurence Garnier et moi avons publié récemment un rapport d’information sur la stratégie universitaire de l’État, dans lequel nous appelons à une clarification des objectifs, afin qu’ils soient plus lisibles, à des financements stables et à une allocation des moyens cohérente.

Mon collègue Jean Hingray reviendra en détail sur les propositions techniques du groupe Union Centriste.

Plusieurs sujets exigent cependant un débat national dépassant les clivages : le financement durable des universités, la lutte contre l’échec en premier cycle, la régulation de l’apprentissage ou encore la question des frais d’inscription. Sur ce dernier point, très sensible, il est nécessaire de dialoguer et de prendre le temps de la réflexion avant de décider éventuellement de les augmenter.

Dans cet esprit, notre groupe soutiendra l’amendement de Stéphane Piednoir – de l’excellent Stéphane Piednoir (Sourires.) – visant à porter la compensation du glissement vieillesse technicité (GVT) de 81 millions d’euros à 141 millions d’euros. (Marques de satisfaction sur les travées du groupe Les Républicains.) Son adoption permettrait de corriger partiellement une injustice et de traduire concrètement les préconisations de notre rapport. Je suis cependant conscient que le résultat sera encore bien loin du compte en termes de compensation.

J’ai également déposé deux amendements, l’un tendant à renforcer la compensation relative à la hausse des cotisations au compte d’affectation spéciale « Pensions » pour les organismes de recherche, l’autre visant à octroyer à l’ANR les 30 millions d’euros nécessaires pour honorer ses engagements.

Pour ces raisons, notre groupe s’opposera, dans sa grande majorité, à l’amendement du rapporteur spécial Jean-François Rapin, qui vise à réduire de 135 millions d’euros en autorisations d’engagement et de 15 millions d’euros en crédits de paiement les moyens affectés à l’ANR, car son adoption affaiblirait la parole de l’État et porterait un coup à la crédibilité de notre politique de recherche.

À ce stade et sous ces réserves, le groupe Union centriste votera pour les crédits de cette mission. Toutefois, si les coupes adoptées s’avéraient trop importantes lors de l’examen du budget de la mission, nous serions amenés à revoir notre position quant au vote.

Nous serons des partenaires exigeants, soutenant ce qui sert l’intérêt général, mais aussi des vigies attentives, prêtes à nous opposer si l’avenir de notre jeunesse et de notre recherche venait à être compromis. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées du groupe Les Républicains. - M. Louis Vogel applaudit également.)