M. Christian Klinger. Les écolos !

Mme Annie Genevard, ministre. Tout est conflictualisé quand il s'agit de parler d'agriculture. Je ne veux pas, en disant cela, me défausser.

Vous pointez du doigt l'impuissance du Gouvernement et de l'action publique, mais je vous rappellerai, monsieur le sénateur, que vous avez été aux premières loges du combat important que nous avons mené ici.

On ne peut pas dire que le courage ait manqué au Gouvernement lors de l'examen de la proposition de loi déposée par vos collègues Duplomb et Menonville.

Mmes Pascale Gruny et Frédérique Puissat. À la ministre !

Mme Annie Genevard, ministre. Nous avons mené, à certains égards, un combat presque homérique et c'est bien le Gouvernement qui a contribué à faire adopter ce texte.

Je me souviens que vous aviez été un acteur particulièrement présent au cours du débat, monsieur Louault.

Je pars du principe que, lorsqu'il y a un problème, il faut lui apporter des solutions, mais celles-ci sont parfois difficiles à construire et incomplètes.

Quant au projet de loi d'urgence agricole, il est réclamé par les agriculteurs eux-mêmes. Il ne faut pas se méprendre sur l'objet de ce texte. Il reste, avant l'examen du budget pour 2027, environ quatre mois parlementaires utiles pour faire aboutir les textes prévus.

M. le président. Il faut conclure, madame la ministre !

Mme Annie Genevard, ministre. Le projet de loi d'urgence agricole ne résoudra pas l'intégralité des problèmes que l'agriculture connaît depuis vingt ans :…

M. le président. Je vais devoir vous couper la parole, madame la ministre !

Mme Annie Genevard, ministre. … il faudra qu'il soit utile et précis.

M. le président. La parole est à M. Vincent Louault, pour la réplique.

M. Vincent Louault. Je vous l'ai déjà dit, madame la ministre : s'il y a une femme ministre courageuse, ici, c'est bien vous ! (Mmes Annick Jacquemet et Frédérique Puissat applaudissent.) Il faut le dire, vous avez fait le job, de façon honnête et engagée.

Mais regardons en face la complexité administrative qui s'est installée depuis une quinzaine d'années, fondée sur le microcosme de la décroissance qu'on a dissimulé derrière des normes.

Ceux qui vantent la décroissance savent très bien que ce n'est pas très sexy et pas très vendeur politiquement. Il n'empêche qu'ils s'attaquent à la souveraineté de la France et à l'ensemble de notre industrie, ce dans tous les domaines, car ils savent que, par la norme, ils dévitalisent le pays.

Il faut bien admettre qu'ils ont réussi et le premier secteur affecté par cette politique n'est autre que l'agriculture.

Madame la ministre, vous avez raison de nous appeler à réarmer la France. C'est vous qui portez la carabine, mais les cartouches, elles, se trouvent au ministère chargée de l'environnement.

Mme Pascale Gruny. Il a raison !

M. Vincent Louault. Ces cartouches permettraient de régler tous les sujets, dont la gestion de l'eau et celle du loup. C'est pourquoi j'aimerais bien voir dans cet hémicycle une personne qui ne s'y rend jamais : la ministre chargée de l'environnement. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre. Monsieur le sénateur Louault, il y a des logiques qui peuvent parfois s'affronter, je ne le nie pas. L'un des problèmes auxquels nous faisons face est de considérer que les questions environnementales seront toujours orthogonalement opposées aux enjeux agricoles. Rien de véritablement fructueux ne sort de ce débat.

Néanmoins, sur la question des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), le ministère de la transition écologique, qui est compétent en ce domaine, a été en accord avec les positions que j'ai défendues au nom du ministère de l'agriculture : les décrets sont conformes à vos souhaits.

Le projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne (Ddadue) que vous avez voté la semaine dernière et l'ordonnance prévue sont, pareillement, absolument conformes à ce que vous souhaitez. Sur ce sujet majeur, les points de vue se sont accordés. (Mme Dominique Estrosi Sassone acquiesce.)

Concernant le loup, le ministère de la transition écologique, qui est responsable de la gestion des espèces sauvages, a été très à l'écoute des propositions que le ministère de l'agriculture lui avait soumises.

Bref, il faut nuancer les points de vue et nous espérons continuer à faire prospérer cette convergence de vues sur la question de l'eau.

M. le président. La parole est à M. Vincent Louault.

M. Vincent Louault. Concernant les ICPE, Agnès Pannier-Runacher avait pris un engagement qu'elle a heureusement respecté jusqu'au bout. Cet engagement, elle l'avait pris devant les agriculteurs, lorsqu'elle était encore ministre chargée de l'environnement.

Il me semblait important de rappeler cette temporalité.

Lors de l'examen du projet de loi d'orientation agricole, j'avais proposé de changer un certain nombre de choses concernant les zones humides, mais vous aviez pris le soin de déposer un amendement chapeau qui a eu pour effet de dévitaliser l'ensemble des amendements que j'avais élaborés sur ce sujet. (Mme la ministre sourit.)

Qu'il s'agisse des zones humides, des zones Natura 2000 ou du stockage de l'eau, les lois sur l'eau tueront dans l'œuf toute évolution, car les autorisations délivrées pourront être attaquées des dizaines de fois. La guerre de tranchées va recommencer.

Figurez-vous que la mégabassine de Sainte-Soline ne peut toujours pas être remplie, alors qu'il y a des inondations tout autour !

Encore une fois, je ne compte pas, madame la ministre, vous laisser toute seule face à des arbitrages interministériels que vous perdez en permanence. (Mme Pascale Gruny applaudit.)

M. le président. La parole est à Mme Martine Berthet.

Mme Martine Berthet. Madame la ministre, la crise de la dermatose nodulaire contagieuse a touché notre pays dès le 29 juin 2025. La maladie s'est propagée depuis l'Italie via mon département, la Savoie, sans que l'on ait pu déterminer de quelle façon.

Dans le cadre de la commission des affaires économiques, nous avons souhaité conduire une mission flash afin de tirer les enseignements de la gestion de cette crise et de mieux préparer notre pays à tout nouvel épisode contagieux.

À l'issue de cette mission transpartisane, que j'ai eu l'honneur d'animer en tant que présidente, aux côtés de trois corapporteurs, nous avons présenté un rapport contenant quatorze recommandations.

Si le protocole mis en œuvre pour combattre la DNC ne peut être contesté, il nous est apparu que la diffusion de la maladie était due, en majeure partie, à des mouvements illicites de bovins. Tous les acteurs entendus lors de nos nombreuses auditions s'accordent à dire qu'il y a urgence à améliorer notre système d'identification, d'enregistrement et de traçabilité de ces animaux.

Le chantier de la dématérialisation du dispositif d'identification, lancé il y a plusieurs années, doit enfin aboutir. Il est temps d'en finir avec des logiciels inefficaces et incapables de communiquer entre eux. Les bases de données doivent être modernisées et un accord sur les modalités de financement de la généralisation de l'usage de la boucle électronique doit être trouvé.

Il est bien prévu que la base de données nationale d'identification (BDNI), obsolète depuis 2020, soit remplacée par le système informatique national d'enregistrement des mouvements d'animaux (Sinema). Mais la mise en œuvre de ce dernier n'est pas prévue avant 2028.

On déplore le même retard pour le remplacement du système d'information général de l'alimentation (Sigal), essentiel au suivi des vaccinations.

La généralisation du bouclage électronique constitue également un enjeu majeur. Il est obligatoire pour les ovins et les caprins depuis 2010, mais il demeure facultatif pour les bovins. À ce jour, seuls 7 % des 144 000 exploitations bovines y ont recours.

M. le président. Il faut conclure !

Mme Martine Berthet. Madame la ministre, la crise de la DNC nous a montré l'urgence de réaliser ces chantiers. Dans ces conditions, quelles mesures concrètes entendez-vous prendre – et selon quel calendrier – afin d'assurer une identification et un suivi efficace des bovins, en vue de garantir une gestion sanitaire, fiable et sécurisée ?

M. le président. Mes chers collègues, madame la ministre, je vous demande de bien vouloir respecter les temps de parole qui vous sont impartis, sans quoi nous achèverons la séance de ce soir à deux heures du matin.

La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Madame la sénatrice Martine Berthet, je veux tout d'abord saluer le travail qui a été mené, sous votre présidence, au sujet de la dermatose nodulaire contagieuse.

Vous posez une question absolument déterminante, celle de la traçabilité des bovins, qui repose sur un dispositif structuré via la BDNI.

Cette base de données, déployée à la fin des années 1990, centralise les informations issues des bases locales et s'appuie sur un réseau présent sur l'ensemble du territoire, qui accompagne les opérateurs dans le respect de leurs obligations de déclaration.

Cet outil est aujourd'hui obsolète. Il nous faut donc le réformer, car il constitue le pilier de la traçabilité animale et du calcul des aides versées au titre de la PAC.

L'État a lancé un programme de refonte du dispositif, qui sera bientôt remplacé par le Sinema, dont l'objectif est de renforcer la fiabilité, la sécurisation et la qualité des données stratégiques.

Ce système, conçu avec les professionnels, devrait être opérationnel au début de l'année 2027. Il s'agira d'un portail unique de déclarations pour les ruminants, en remplacement des bases locales, qui concernera l'ensemble des opérateurs. Il sera également utilisé pour vérifier que les obligations spécifiques applicables aux ruminants et aux porcs sont bien respectées.

En parallèle, la loi d'orientation agricole a prévu la dématérialisation des passeports bovins et de la carte verte, afin de simplifier les démarches. Cette réforme aboutira à la fin de l'année 2027.

Enfin, l'identification électronique disponible pour les bovins depuis 2011 demeure facultative. Aujourd'hui, elle est adoptée par 7 % des éleveurs bovins et 21 % des éleveurs laitiers. Son surcoût étant exclusivement à la charge des éleveurs, l'État n'envisage pas de la rendre obligatoire.

M. le président. La parole est à M. Bernard Buis.

M. Bernard Buis. Madame la ministre, dans une lettre ouverte adressée à tous les agriculteurs de France, le 4 janvier dernier, le Premier ministre a indiqué ceci : « L'accès à l'eau et sa bonne gestion sont les conditions de la survie de l'agriculture. Ils ont trop souvent été bloqués par des décisions abstraites, voire même des positions idéologiques. »

Un recensement des projets ralentis ou bloqués a donc été annoncé, de même qu'un triplement du fonds hydraulique agricole.

Dans un contexte où les tensions locales sont particulièrement intenses, notamment lorsqu'il est question de retenues de substitution, comment comptez-vous accélérer ces projets, tout en garantissant la protection des nappes phréatiques et de la biodiversité, dans le respect des articles L. 110-1 et L. 214-1 et suivants du code de l'environnement ?

Dans les territoires, les inquiétudes portent autant sur le volume prélevé en période hivernale que sur l'impact cumulé dans les milieux aquatiques et la recherche naturelle des nappes.

Comment l'État entend-il s'assurer que l'accélération administrative ne conduira pas à un affaiblissement des exigences environnementales, notamment dans l'instruction des dossiers soumis à autorisation ?

Enfin, j'appelle votre attention sur un point plus précis qui interroge de nombreux élus ruraux, celui des retenues d'eau situées en zones humides. L'article R. 214-1 du code de l'environnement prévoit un seuil de 1 hectare pour distinguer le régime de déclaration de celui d'autorisation.

Certains élus comprennent – ou du moins l'espèrent-ils – que, lorsqu'une zone humide affectée est inférieure à 1 hectare, il n'y aurait pas d'obligation de compensation écologique. Le confirmez-vous, ou doit-on considérer que la compensation peut être exigée, quelle que soit la surface, en fonction de l'atteinte aux fonctionnalités écologiques du site ?

Autrement dit, comment concilier votre volonté d'accélérer des projets hydrauliques avec une doctrine claire, juridiquement sécurisée et écologiquement exigeante concernant la protection des zones humides ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Monsieur le sénateur Bernard Buis, comme vous, nous faisons le constat que trop de dossiers sont bloqués pour des raisons administratives et financières ou par manque d'ingénierie.

C'est la raison pour laquelle le Premier ministre a demandé que tous les dossiers bloqués lui soient remontés. Sur les 35 dossiers bloqués pour raisons purement administratives, 13 seront débloqués dans les jours prochains. Concernant les dossiers restants, nous agissons fermement et veillerons à tripler le montant du fonds hydraulique agricole.

Cette année, 97 lauréats ont été retenus dans le cadre de l'appel à projets. Nous avons attribué des financements, sur la base du fonds, à 87 d'entre eux, pour un montant de 20 millions d'euros. Les dossiers retoqués finiront par être éligibles grâce à un engagement financier supplémentaire.

Le fonds hydraulique agricole assure également le financement de certaines études amont.

Nous associons à notre démarche les chambres d'agriculture, afin qu'elles accompagnent les porteurs de projet. Sachez, du reste, que je mène un combat auprès de la Commission européenne pour qu'elle assouplisse les règles de financement de l'hydraulique agricole, notamment pour les ouvrages multi-usages.

En revanche, nous ne changeons pas les règles et critères en vertu desquels les projets sont instruits et nous ne remettons pas en cause les exigences environnementales. Nous débloquons des projets qui manquent de financements ou d'ingénierie, mais l'instruction veillera toujours à ce que les conditions soient respectées.

Nous le savons tous, dans les années à venir, nous devrons irriguer davantage. Le pourcentage de surfaces irriguées en France s'élève à 7 %, contre près de 50 % en Espagne. Cela montre qu'on irrigue très peu dans notre pays, alors que nous avons besoin d'eau pour produire de l'alimentation.

L'accélération que nous défendons implique une hausse de moyens, mais elle ne suppose pas d'abaisser les normes.

Je vous confirme que lorsque la zone humide est devenue non fonctionnelle et qu'elle ne remplit plus ses fonctions écologiques, du fait d'une exploitation depuis plusieurs années, nous envisageons d'autoriser les installations et ouvrages sans compensation.

Nous travaillons sur ce sujet, conformément aux aspirations de M. Louault, en lien avec le ministère de la transition énergétique (MTE).

M. le président. La parole est à M. Sebastien Pla.

M. Sebastien Pla. Madame la ministre, les conclusions du rapport que j'ai rédigé avec Henri Cabanel et Daniel Laurent sur l'avenir de la viticulture sont aujourd'hui confirmées par les nombreux entretiens que j'ai eus au salon de l'agriculture

La filière dévisse et fait face à une crise sans précédent du fait des aléas climatiques, de l'inflation des coûts de production, de normes écrasantes et d'attaques en règle menées par les lobbies anti-vin. Ajoutons à cela la déconsommation sur le marché intérieur et une contraction des ventes à l'export.

En réponse, vous avez annoncé un plan d'aide, mais il a été retardé par l'obstruction des députés à l'Assemblée nationale lors des débats budgétaires, nos collègues étant visiblement plus enclins à créer des problèmes qu'à les résoudre.

Les caves coopératives, outils essentiels dans nos territoires ruraux, sont au bord du précipice. Le rapport publié à leur sujet par le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) souligne la force du modèle coopératif et ses perspectives de rebond.

Pour survivre, les caves coopératives doivent développer de nouvelles stratégies économiques, rationaliser leurs coûts et accélérer les processus de restructuration.

Vous proposez de renforcer les dispositifs d'audit et de prêts structurels, mais c'est bien d'un fonds d'accompagnement à la restructuration que ces coopératives ont besoin.

Nous avions voté, ici même, 10 millions d'euros de crédits en faveur des caves coopératives lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2025. Or elles n'en ont jamais vu la couleur. Aujourd'hui, c'est non pas de 10 millions d'euros, mais de 35 millions d'euros qu'elles ont besoin !

Par ailleurs, vous connaissez mon attachement à la juste rémunération du labeur de mes collègues agriculteurs. Force est de constater que les différentes lois Égalim ne répondent que partiellement aux problèmes posés et que le secteur viticole, lui, reste dans l'angle mort, à l'heure où les interprofessions demandent la mise en place de tunnels de prix.

Madame la ministre, comptez-vous débloquer enfin les fonds consacrés à la restructuration des caves coopératives ? Comment envisagez-vous de rééquilibrer les rapports de force entre la production intermédiaire et la distribution, pour assurer un revenu décent aux agriculteurs ? Quand seront mises en œuvre des démarches de simplification administrative pour leur faciliter la vie ?

Enfin, si nous étions fous et innovants, nous aurions l'audace de financer massivement la protection des cultures pour faire face à l'impact du changement climatique et garantir des rendements et des revenus stables, plutôt que de financer à fonds perdu les pertes de récoltes.

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Monsieur le sénateur Sebastien Pla, je ne vais pas rappeler les contours du plan d'urgence que nous avons envisagé ; vous le connaissez parfaitement puisque vous êtes un excellent spécialiste de ces sujets au sein de cette assemblée.

Je concentrerai donc mon propos sur les caves coopératives.

Savez-vous, mesdames, messieurs les sénateurs, que trois agriculteurs sur quatre sont des coopérateurs ? D'ailleurs, je me suis entretenue ce soir avec des représentants de la Coopération agricole.

C'est un chiffre considérable, qui montre d'abord la force du modèle coopératif, son utilité sociale et économique. Mais aujourd'hui, les coopératives viticoles ne jouent plus leur rôle de tampon, car elles sont trop fragilisées par les crises successives.

C'est ce constat qui a motivé le rapport que j'ai demandé au CGAAER. Il faudra que nous réfléchissions, ensemble, à restructurer le modèle coopératif viticole, avant même de parler de budget.

Vous avez évoqué les 10 millions d'euros inclus dans le budget précédent, mais vous connaissez les péripéties qui ont accompagné son adoption.

Entre-temps, le Gouvernement a débloqué un plan d'urgence avoisinant les 200 millions d'euros. Certes, ces fonds ne concernent pas exclusivement les coopératives, mais je vous rappelle que les prêts structurels, par exemple, ont été élargis aux coopératives et qu'ils représentent eux-mêmes un engagement financier.

Quoi qu'il en soit, avant d'envisager des aides structurelles pour les coopératives – je répète que les prêts structurels existent –, il faut tout de même penser à la restructuration du modèle coopératif, ou, à tout le moins, de l'organisation de la coopération viticole. Voilà ce à quoi nous devons nous attacher !

Concernant le tunnel de prix, il s'agit effectivement de l'un de nos axes de travail, je ne vous le cache pas, mais nous n'avons pas encore suffisamment avancé sur ce point.

M. le président. La parole est à M. Gérard Lahellec.

M. Gérard Lahellec. Madame la ministre, il est exact que la balance commerciale agricole française a connu en 2025 l'une de ses pires chutes des cinquante dernières années.

Parmi les six principales puissances agricoles de l'Union européenne, la France demeure le premier producteur en valeur absolue, avec environ 88 milliards d'euros, mais le dernier en valeur ajoutée. Cette situation l'amène à perdre inexorablement des parts de marché sur son propre continent.

On ne manquera pas de me rétorquer que la cause de cette situation réside dans notre manque de compétitivité, dont on attribue la raison, avec une certaine facilité, à un excès de normes, de réglementations, que sais-je encore.

Néanmoins, ce constat risque d'être l'arbre qui cache la forêt des réalités expliquant cette situation.

Fondamentalement, il nous semble que nous avons besoin d'encourager la création de valeur ajoutée sur nos exploitations agricoles et d'assurer un meilleur retour de cette valeur ajoutée à la ferme.

Du reste, je me permets de faire remarquer ici que certaines lois, par exemple, la loi du 4 août 2008 de modernisation de l'économie (LME), mère des lois en matière commerciale, ont visé beaucoup plus l'intérêt de l'aval que celui de l'amont, c'est-à-dire davantage la distribution et le consommateur que la production.

Le retour de la valeur ajoutée à la ferme passe aussi par le développement d'une production de qualité et donc par des certifications ; mais encore par une remise en cause de la toute-puissance et de l'agressivité des centrales d'achat – je ne développe pas davantage – ; et enfin, par la mise en place de dispositifs permettant d'empêcher que la concurrence du commerce en ligne ne produise une tension supplémentaire sur les produits alimentaires.

M. le président. Mon cher collègue, il faut conclure !

M. Gérard Lahellec. À la suite des déclarations de M. le Premier ministre, il nous semblerait intéressant que vous nous indiquiez les mesures que vous envisagez de prendre pour remédier à cette situation.

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Monsieur le sénateur Lahellec, vous évoquez la balance commerciale et je rejoins l'analyse que vous faites à propos de la création de la valeur ajoutée et de sa meilleure répartition, notamment de son retour dans les exploitations.

Vous évoquez l'histoire relativement récente, dont les conséquences pèsent encore aujourd'hui, et particulièrement la loi de modernisation de l'économie, qui a clairement arbitré en faveur du consommateur au détriment du producteur.

Toutefois, les lois Égalim ont permis de rétablir une forme d'équilibre en protégeant la matière première agricole, faisant d'ailleurs, au passage, peser la tension sur la transformation – pour les filières concernées, évidemment.

C'est tout le débat que nous menons avec la distribution aujourd'hui et c'est la raison pour laquelle je vous annonce que je porterai au niveau européen le combat sur les pratiques commerciales déloyales, qui doivent être dénoncées.

Il s'agit non pas, par construction, de montrer du doigt tel ou tel acteur, mais de poser, comme vous le faites, le principe général de la création de valeur, car pour pouvoir partager de la valeur, il faut en créer.

Lorsque des acteurs déséquilibrent le système, ils en détruisent, plutôt que d'en créer et, par conséquent, ne peuvent la partager.

Il faut donc bien créer de la valeur, ce qui implique de répondre à la question de la compétitivité de notre modèle agricole ; ensuite, il faut la partager harmonieusement.

De surcroît, il importe de faire des choix stratégiques : le choix du haut de gamme et de la valorisation par les signes de qualité est utile à ce titre, et nous constatons combien nos produits bénéficiant de ces labels sont forts. Je m'exprime à ce sujet sous le contrôle des bons connaisseurs de la viticulture, notamment de Daniel Laurent.

M. le président. Veuillez conclure, madame la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre. Une part très importante de la production viticole est distribuée sous signes de qualité ; c'est une excellente chose, mais il faut également accorder de l'attention au cœur de gamme ainsi qu'à l'entrée de gamme.

M. le président. La parole est à M. Daniel Salmon.

M. Daniel Salmon. Madame la ministre, la multiplicité des crises agricoles, alimentaires et environnementales finit par ne constituer qu'un seul et même épisode.

Ces crises ont été citées, elles se succèdent depuis de trop nombreuses années ; elles sont profondément structurelles et résultent d'un système agro-industriel fondé sur un productivisme qui met en péril la biodiversité ainsi que la fertilité des sols et accélère inexorablement le dérèglement climatique, faisant alterner sécheresses et inondations.

Y répondre exige une réorientation profonde des politiques publiques afin de soutenir la bifurcation des pratiques vers des modèles plus résilients et plus robustes. Pourtant, à chaque nouvelle urgence, des mesures court-termistes sont proposées pour éteindre le feu, sans jamais répondre en profondeur aux problématiques.

Concernant la souveraineté alimentaire, la mère de toutes les batailles, tant réclamée sur toutes nos travées, nous ne pourrons l'édifier sur des logiques exportatrices non plus que sur une agriculture dépendante des engrais de synthèse provenant de Russie et du soja brésilien.

Madame la ministre, il n'y a pourtant aucune fatalité : un chemin existe par lequel l'agriculture sait se réinventer pour relever les défis de demain, construit autour des éclairages scientifiques auxquels le Gouvernement sait se référer pour les questions relatives à l'abattage des troupeaux, mais hélas ! pas pour les pesticides.

Pour proposer une trajectoire crédible, nécessitant de l'audace et du courage politique, comment envisagez-vous, madame la ministre, de renforcer la robustesse et la résilience de notre agriculture ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Monsieur le sénateur Salmon, l'argumentation que vous avez souvent déployée dans cet hémicycle pour dénoncer un système agro-industriel productiviste créant la crise climatique ne me paraît pas juste.

Parler d'agriculture intensive et de transformation agro-industrielle revient à faire peu de cas des efforts consentis par les uns et les autres pour adopter des pratiques plus vertueuses ; or rien n'est plus décourageant que des efforts qui ne sont pas reconnus.

Mme Annie Genevard, ministre. Au salon de l'agriculture, j'ai observé, dans la partie la plus technologique, des initiatives magnifiques, conduites avec des agriculteurs et pour des agriculteurs, porteuses d'avenir, pour économiser les intrants, en particulier l'eau, pour élaborer des systèmes prévisionnels, et pour multiplier la variété des productions permettant de conserver l'eau dans le sol, d'enrichir les sols et de se préoccuper de leur santé.

Je suis persuadée que nous nous trouvons, en la matière, à l'aube d'une révolution qui conduira à concilier très efficacement production et préservation de l'environnement. C'est la raison pour laquelle je me montre plus optimiste que vous et reste convaincue que la science, la technologie, la robotique et l'intelligence artificielle (IA) nous apporteront énormément.

M. Vincent Louault. Au moins, il y a de l'intelligence !

Mme Annie Genevard, ministre. J'ai d'ailleurs distingué hier Hervé Pillaud, qui a été le promoteur de l'intelligence artificielle en matière agricole. C'est vers cet avenir qu'il faut nous tourner et, en tout état de cause, c'est celui que j'appelle de mes vœux.

M. le président. La parole est à M. Daniel Salmon, pour la réplique.

M. Daniel Salmon. Madame la ministre, je loue votre optimisme, mais je ne partage pas du tout votre vision, vous vous en doutez.

Comment pouvez-vous imaginer qu'en reculant sur toutes les normes environnementales, le Gouvernement réparera ces crises successives, les épizooties et les problèmes de cours qui fluctuent en permanence ?

Mme Annie Genevard, ministre. C'est faux !

M. Daniel Salmon. Vous estimez qu'avec votre seul totem, la compétitivité, vous parviendrez à remettre cette agriculture en fonctionnement.

Sept limites planétaires sur neuf sont dépassées : ce n'est pas le technosolutionnisme qui nous sauvera ; nous devons nous orienter vers un remodelage, vers un nouveau modèle agricole en adéquation avec notre planète. Les discours que j'entends ce soir me paraissent complètement lunaires !

M. Jean-Marc Boyer. Alors, c'est la décroissance !

M. Daniel Salmon. Mais non !

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre. Les éléments d'analyse que vous avancez ne concernent pas la France : vous évoquez le reste du monde. Gardons à l'esprit la réalité de notre système agricole : une agriculture à taille humaine, qui est loin d'être productiviste, sinon cela se saurait et, sans doute, nous ferions-nous alors tailler moins de croupières par des pays européens tels que la Pologne ou les Pays-Bas, ou par des pays tiers comme l'Ukraine, pourtant en guerre, ou les États d'Amérique du Sud. Il convient donc de garder raison dans nos analyses.

Concernant les pesticides, puisque ce sujet vous préoccupe à juste titre, rappelons le plan Écophyto, la diminution de l'usage des produits phytosanitaires et la disparition de la quasi-totalité des pesticides cancérogènes et reprotoxiques.

Saluons enfin les efforts accomplis par les agriculteurs, qui utilisent infiniment moins d'intrants chimiques que dans un passé encore récent. Reconnaissez-les, monsieur Salmon, sinon vous les découragerez ! (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC.)