compte rendu intégral
Présidence de M. Gérard Larcher
M. le président. La séance est ouverte.
Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, nous nous retrouvons après une suspension de trois semaines des travaux en séance publique, à l’occasion des élections municipales. Cette consultation a permis aux Français de s’exprimer dans chacune de nos communes.
Nous reprenons le cours de nos travaux. Leur calendrier pour les prochaines semaines sera établi à l’issue de la conférence des présidents, qui se réunit cet après-midi.
Je souhaite que le débat politique retrouve désormais toute sa place au sein du Parlement.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
1
Hommage à Lionel Jospin
M. le président. C’est avec émotion que nous avons appris, le 23 mars dernier, la disparition de Lionel Jospin.
Cet homme de conviction fut une référence de rigueur.
Artisan, avec d’autres, de la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981, il fut premier secrétaire du parti socialiste jusqu’en 1988. Il fut ensuite ministre de l’éducation nationale dans les gouvernements de Michel Rocard et d’Édith Cresson.
À la suite des résultats des élections législatives de 1997, Jacques Chirac le nomma Premier ministre. Il mit en place la réduction et l’aménagement du temps de travail, l’allocation personnalisée d’autonomie, le pacte civil de solidarité et la couverture maladie universelle.
Il porta les valeurs du parti socialiste lors des élections présidentielles de 1995 et de 2002.
Il fut membre du Conseil constitutionnel de 2015 à 2019.
Lionel Jospin était un homme d’État et un éminent représentant de la gauche républicaine, universaliste et laïque, qui marqua la Ve République.
À son épouse, Sylviane Agacinski, à ses enfants, à sa famille et à tous ceux qui ont partagé ses engagements, je souhaite dire la part que le Sénat prend à leur tristesse et à leur chagrin. Nous serons présents demain à l’hommage national qui lui sera rendu.
Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, je vous propose d’observer un moment de recueillement en sa mémoire. (Mmes et MM. les sénateurs, ainsi que M. le Premier ministre et Mmes et MM. les membres du Gouvernement, observent une minute de silence.)
2
Hommage à deux anciens sénateurs décédés
M. le président. C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris, le 25 février dernier, la disparition de notre ancien collègue Joël Bigot.
Maire des Ponts-de-Cé, vice-président de la communauté urbaine Angers Loire Métropole, Joël Bigot mit toute son énergie et son dévouement au service de sa commune et de son département.
Élu en septembre 2017 sénateur de Maine-et-Loire, il fut membre du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain et rejoignit la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, dont il devint vice-président en 2020.
Durant son mandat, il fut un farouche défenseur de l’environnement : il avait à cœur de protéger les populations en faisant évoluer le droit.
Avec ses collègues sénateurs du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, il fut à l’origine de la constitution d’une commission d’enquête sur les problèmes sanitaires et écologiques liés aux pollutions des sols.
Cet homme de caractère était profondément attaché à l’école publique et à la laïcité.
C’est avec la même émotion que nous avons appris, le 14 mars dernier, la disparition de notre ancien collègue Serge Mathieu.
Maire de Corcelles-en-Beaujolais, ce viticulteur dans l’âme souhaitait défendre au sein du Parlement ce monde viticole auquel il était si attaché.
Élu sénateur du Rhône en 1977, il siégera au sein du groupe de l’Union des Républicains et des Indépendants, puis du groupe Union pour un Mouvement Populaire. Il sera membre des commissions des affaires sociales, des affaires économiques et des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.
Il sera toujours en première ligne pour défendre l’agriculture française au sein de notre assemblée.
Il assumera l’une des hautes responsabilités du Sénat en devenant questeur en 1992, fonction qu’il occupera pendant douze ans.
Celles et ceux qui ont eu le plaisir, comme moi, de le côtoyer témoignent de son travail et de sa convivialité. Il puisait sa force dans cette terre qu’il arpentait entre les rangs de vignes de Quincié-en-Beaujolais, protégées par un excellent médecin qui siège parmi nous.
À leurs épouses, à leurs enfants, à leur famille et à tous ceux qui ont partagé leurs engagements sur ces travées, je souhaite redire la part que le Sénat prend à leur chagrin.
Je vous demande de nouveau d’observer un moment de recueillement. (Mmes et MM. les sénateurs, ainsi que M. le Premier ministre et Mmes et MM. les membres du Gouvernement, observent une minute de silence.)
3
Questions d’actualité au Gouvernement
M. le président. L’ordre du jour appelle les réponses à des questions d’actualité au Gouvernement.
Je vous rappelle que la séance est retransmise en direct sur Public Sénat et sur notre site internet.
Chacun sera attentif, au cours des échanges, au respect des uns et des autres, ainsi qu’au respect du temps de parole.
conséquences économiques de la guerre au moyen-orient
M. le président. La parole est à Mme Maryse Carrère, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. – M. Rachid Temal applaudit également.)
Mme Maryse Carrère. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre.
Depuis bientôt un mois, les frappes américano-israéliennes en Iran et au Liban engendrent une situation pour le moment incontrôlable dans la région. À cet instant, le début de la fin de ce conflit demeure incertain. Au-delà du drame humain qui se joue là-bas pour toutes les populations civiles et qui nous préoccupe, ce sont aussi les dommages collatéraux, économiques et sociaux, qui inquiètent tous nos concitoyens.
Le blocage du détroit d’Ormuz et les dégâts sur les sites énergétiques de pays producteurs de pétrole et de gaz ont provoqué une flambée des cours. Nous constatons tous amèrement que la hausse est de 60 % pour le pétrole et de 70 % pour le gaz.
Qu’observent les Français ? Des prix à la pompe qui montent et une nouvelle menace sur leur pouvoir d’achat. Comme un air de déjà-vu, dans le sillage de la guerre en Ukraine, des pans de notre économie en subissent les conséquences immédiates : artisans, agriculteurs, pêcheurs, industriels, transporteurs et, sur nos territoires, en particulier ruraux, des professions comme celle des infirmières et des infirmiers. Ces acteurs nous alertent sur la charge que représente la hausse des prix des carburants pour leurs déplacements.
Une fois de plus, la mondialisation prétendument heureuse montre ses limites. Clairement, monsieur le Premier ministre, la France et l’Union européenne doivent poursuivre la diversification de nos approvisionnements énergétiques, mais aussi réfléchir à leur parcours et à leur mode de transport. Le RDSE vous y encourage.
À court terme, quelles pistes le Gouvernement envisage-t-il pour nos concitoyens les plus modestes et nos entreprises les plus fragiles ? Hier, devant les députés, le ministre de l’économie a parlé de « choc pétrolier ». Le mot est fort ; il appelle donc une réponse forte et ciblée en direction des publics les moins en capacité d’amortir ce choc. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. – M. Thomas Dossus applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je m’associe, au nom du Gouvernement, aux hommages rendus en ce début de séance.
Madame la présidente Carrère, je vais prendre le temps de répondre à votre question même si nous nous retrouverons nuitamment pour un débat sur ce sujet en application de l’article 50-1 de la Constitution, demandé par un certain nombre de présidents de groupes ici présents et que le Gouvernement a, bien entendu, accepté.
Ce débat nous permettra de détailler les impacts énergétiques – je répondrai donc de manière succincte pour y revenir de façon plus documentée ce soir –, mais aussi militaires et, de manière plus globale, géopolitiques, intérieurs comme extérieurs, qui pourraient se produire.
Vous avez utilisé l’expression, intéressante, de « comme un air de déjà-vu ». Je partirai de ces mots. Si certains événements ont déjà été vus, ce n’est pas le cas pour d’autres.
Première différence, la crise liée à l’Ukraine constituait une crise d’accès à l’énergie, alors que nous faisons face aujourd’hui à une crise de la volatilité des prix. En effet, comme vous le savez, nos approvisionnements ne proviennent pas particulièrement du Golfe.
Second point – et je me montrerai encore plus prudent que si j’avais répondu hier à la même question –, nous faisons face à une crise militaire qui se rapporte au registre de la circulation maritime. Nous constatons un début d’escalade horizontale et verticale qui peut mener à des frappes répétées sur des installations de production. C’est là que se situe la différence avec l’air de déjà-vu, car cela changerait complètement la dynamique de crise.
Au moment où nous échangeons, nous avons donc, à la fois, une crise de la volatilité des prix et une crise de la circulation maritime. C’est un point clé, qui nous amène à nous adapter aux maux pour trouver des solutions, à la différence de la période 2022-2023, où il fallait sortir de la dépendance au gaz russe et de l’inflation qui l’accompagnait. Ici, nous subissons une inflation importée. Nous y reviendrons ce soir, mais si nous ne nous accordons pas sur le constat, nous aurons évidemment du mal à nous mettre d’accord sur les solutions.
J’ajoute que nous sortons de l’hiver et, surtout, que notre parc nucléaire français produit autrement plus d’énergie aujourd’hui qu’en 2022, ce qui nous permet d’obtenir une décorrélation des prix de l’énergie – les ministres concernés reviendront sur ce point.
Voilà pour les différences avec l’air de déjà-vu que vous avez relevé.
Une fois que tout cela a été dit, il faut se mettre à la place de nos concitoyennes et concitoyens, qui subissent les conséquences de cette situation dans leur activité privée et leur activité économique – vous en avez cité un certain nombre. Il va sans dire qu’il faut amortir le choc sans faire n’importe quoi avec l’argent du contribuable. C’est, pour résumer, l’équation qui est la nôtre et sur laquelle nous sommes, je le crois, globalement d’accord.
La première chose à faire était de jouer sur les stocks stratégiques ; nous y reviendrons ce soir. Cette décision a produit un premier effet systémique, qui fonctionne.
La deuxième est d’agir sur les capacités. Nous avons annoncé au début de la semaine l’augmentation des capacités de transformation et de raffinage du site de Gravenchon. Un certain nombre de décisions entreront en application dès la semaine prochaine, ce qui nous permettra de peser sur les prix à la pompe.
La troisième concerne la distribution. Objectivement, deux voies s’offrent à nous : la coercition par voie réglementaire – les décrets sont prêts – ou le dialogue de place et la confiance. Serge Papin, le ministre chargé de la consommation, s’est livré, avec Roland Lescure, à un important travail sur le sujet. Nous avons laissé sa chance au dialogue, et cela fonctionne. Pour être très clair et direct, quand les prix augmentent, les distributeurs les répercutent vite ; lorsqu’ils diminuent, la répercussion doit se faire tout aussi vite. Tout l’enjeu qui est devant nous se situe à ce niveau, particulièrement après les différentes déclarations faites depuis hier par la Maison-Blanche, dont il faudra surveiller les effets sur les cours, y compris, dans les heures qui viennent, sur les places asiatiques.
Enfin – je ne veux pas être trop long –, les contrôles doivent être poursuivis. Contrairement aux affirmations de certaines formations politiques, d’extrême droite et d’extrême gauche, ces contrôles ont fonctionné. Il faut désormais prendre des mesures ciblées. Je le dis tout de go : les grandes mesures généralistes à l’aveugle, telles que le chèque en blanc, ne marcheront pas, hormis pour creuser les finances publiques… Elles n’auront aucun effet sur le pouvoir d’achat des Françaises et des Français.
Nous faisons donc face à un enjeu de ciblage important.
Pour les agriculteurs, il faut agir sur les carburants, mais également sur les engrais. Annie Genevard accélère notre plan en faveur des engrais décarbonés. Nous avons pris un peu de retard en la matière ; la ministre est en train de le rattraper.
Concernant les pêcheurs, à propos desquels vous êtes nombreux à nous avoir saisis, les premières mesures que nous avons prises sont importantes, mais elles ne sont pas suffisantes. Les discussions à Bruxelles – au Conseil lundi, et à la Commission dès aujourd’hui – doivent nous permettre d’aller plus loin sur la question de la modernisation de la flotte.
Je souhaite dire à tous les pêcheurs de notre pays que nous avons bien entendu leur message ; les annonces de cette semaine ne valent pas solde de tout compte. Nous adaptons notre conduite. Il faut que les institutions européennes comprennent qu’elles doivent autoriser certaines aides aujourd’hui interdites, un sujet sur lequel je souhaite avancer. La Commission européenne doit maintenant bouger sur cette question. Je sais que ce point compte beaucoup pour vous, madame la présidente.
Pour ce qui concerne les transporteurs, le ministre Tabarot est mobilisé.
Je n’oublie pas de citer les infirmières ou les taxis.
Bref, chaque ministre est en action pour dresser un plan de ciblage le plus efficace possible.
Si nous devons mettre de l’argent public – vous l’avez évoqué dans votre question –, cela viendra en complément de ce dont nous avons discuté dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie : comment accélérer l’électrification de nos usages ?
Un quart des boulangers de notre pays utilisent encore des fours à gaz et non des fours électriques. Nous ne saurions, d’un côté, défendre le nucléaire et le renouvelable et, de l’autre, avoir une partie de la profession de la boulangerie, pour prendre un exemple populaire et de proximité territoriale, qui soit encore dépendante du gaz.
Je ne mentionne même pas le logement social, caractérisé par une forte dépendance au gaz, ou le secteur automobile. Nous avons également des enjeux sur certains intrants pour l’industrie.
Au-delà des outils qui existent déjà, je propose donc d’accélérer le plan d’électrification. Il doit aller de pair avec un plan de sobriété. Il ne s’agit pas de faire la morale aux Françaises et aux Français, qui savent très bien faire sans l’intervention des politiques.
Néanmoins, des mesures structurelles de sobriété s’imposent. Un certain nombre de dispositions prises à l’automne dernier avaient fonctionné. Là aussi, le mandat est donné.
Je propose au Sénat d’évaluer ces actions. Nous ne resterons pas immobiles. Nous avons pleinement conscience de la situation dans laquelle se trouvent nos concitoyennes et nos concitoyens. Nous nous devons toutefois de faire les choses de la manière la plus efficace possible.
Toutes celles et tous ceux qui se sont aventurés à baisser la TVA, par exemple, à l’instar de la Pologne, s’en sont mordu les doigts. La classe politique française doit regarder ce qui a fonctionné par le passé, mais également ce qui n’a pas marché, pour retenir les meilleures options. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI et RDSE, ainsi que sur des travées du groupe INDEP.)
crise énergétique
M. le président. La parole est à M. Thierry Cozic, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. Thierry Cozic. Monsieur le président, avant de commencer, je tiens également, au nom du groupe socialiste, à saluer la figure qu’a été Lionel Jospin. L’hommage unanime que nous venons de lui rendre nous rappelle ce que nous devons à son action politique exemplaire, à ses engagements au service de notre pays, à sa personnalité intègre. Pour lui, de la méthode pour convaincre au chemin pour aller au but, tout partait du collectif et visait l’intérêt général.
Toujours au nom de mon groupe, je veux aussi saluer la mémoire de nos deux anciens collègues, Joël Bigot, sénateur de Maine-et-Loire, et Serge Mathieu.
Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie.
Depuis le début du conflit en Iran, notre continent, et plus précisément notre pays, commence à payer l’addition d’une guerre que nous n’avons ni souhaitée ni soutenue. Il est désormais clair que l’aventurisme guerrier de Trump et de Netanyahou va coûter cher à nos concitoyens.
Monsieur le ministre, vous le savez, en dépit des messages rassurants que vous tentez d’envoyer, nous allons vers des prix pétroliers durablement élevés, et ce pour trois raisons.
Tout d’abord, la perte de contrôle du détroit d’Ormuz paraît structurelle.
Ensuite, bien que vous ayez débloqué les stocks stratégiques, les capacités de substitution de l’offre sont substantiellement insuffisantes.
Enfin, la demande est peu sensible aux variations des prix à court terme, à tel point qu’Olivier Blanchard considère que, très prochainement, le prix du baril de Brent devrait osciller entre 150 et 200 dollars, alors qu’il était de 60 dollars en janvier dernier.
Face à un choc pétrolier qui s’annonce dévastateur, il nous faut nous rendre à l’évidence : la France n’a aucune réserve financière pour amortir un tel choc. Pourtant, nous devons protéger nos secteurs stratégiques et nos concitoyens sans aggraver la situation des finances publiques, faute de quoi l’objectif déjà difficile de 5 % de déficit public ne pourra être tenu.
Très concrètement, à l’été 1990, Pierre Bérégovoy et Michel Rocard avaient mis en place un mécanisme qui, chaque jour, calculait un prix maximal en fonction du prix de marché, auquel venait s’ajouter une marge forfaitaire variant selon le département pour refléter les coûts de distribution.
Monsieur le ministre, ma question est simple : seriez-vous prêt à envisager un tel dispositif afin d’encadrer les marges des distributeurs tout en protégeant le pouvoir d’achat de nos concitoyens et notre tissu économique ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’énergie, porte-parole du Gouvernement.
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement, et ministre déléguée auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l’énergie. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, vous l’avez dit, monsieur le sénateur, des impacts évidents affectent la vie économique française. Il manque aujourd’hui 16 millions de barils par jour en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent en temps normal 20 % du pétrole et 20 % du gaz à l’échelle mondiale.
Nous sommes tous conscients des répercussions de cette situation sur les familles françaises et, potentiellement, sur les secteurs économiques. Récemment encore, mes collègues et moi-même avons rencontré les agriculteurs, les pêcheurs et les transporteurs.
Il convient d’aborder l’évolution des prix avec une grande humilité. Vous évoquez le cours du baril : entre les valeurs d’hier et celles d’aujourd’hui, au gré des déclarations du président américain, une volatilité absolument inouïe s’observe et nous conduit, les uns et les autres, à la plus grande prudence dans nos prises de parole.
Nous avons rencontré les distributeurs à plusieurs reprises. Vous mentionnez l’encadrement des marges : nous ne sommes pas dans une économie administrée. Notre responsabilité, en revanche, consiste à nous assurer de l’absence de marge indue ou d’augmentation du niveau des marges par les distributeurs. C’est ce que nous vérifions quotidiennement avec mon collègue Serge Papin.
En l’occurrence, d’après toutes les mesures à notre disposition – et nous avons les remontées des prix sur tout le territoire national, station-service par station-service –, aucune augmentation indue des marges n’a été constatée de la part des distributeurs.
De même, nous veillons à ce que la répercussion des baisses du cours du baril de Brent à la pompe se fasse aussi rapidement que pour les hausses.
Enfin, nous agissons pour accompagner les secteurs économiques. Un certain nombre d’entre eux – le Premier ministre vient de le dire – ne peuvent attendre. Je le répète, ce que nous avons présenté ne vaut pas solde de tout compte. Nous commençons par les accompagner avec des mesures sur la trésorerie, des reports possibles de charges fiscales et sociales et la mobilisation du secteur bancaire. Celui-ci s’engage à suivre, situation par situation, les entreprises, notamment les très petites entreprises (TPE) et les petites et moyennes entreprises (PME) en difficulté, pour leur apporter, là encore, des solutions. Nous resterons bien évidemment mobilisés.
Je conclurai par un mot concernant le déficit public, que nous devons maintenir à 5 %. Cet objectif revêt une grande importance, car c’est ce qui nous permettra d’investir, notamment dans la transition énergétique.
M. le président. Il faut conclure.
M. Thierry Cozic. Ce n’est pas le sujet !
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée. Ce que le consommateur ne paie pas aujourd’hui, le contribuable le paiera demain. Je ne le dis pas spécifiquement à votre attention, monsieur le sénateur, mais il me semble utile de le rappeler. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
situation de l’usine d’arques
M. le président. La parole est à Mme Cathy Apourceau-Poly, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K. – Mme Émilienne Poumirol applaudit également.)
Mme Cathy Apourceau-Poly. Monsieur le ministre, la mise en redressement d’Arc en janvier dernier a jeté dans la stupeur salariés, familles et élus dans le Pas-de-Calais. En vingt-cinq ans, cette usine est passée de 12 000 à 3 000 salariés.
On ne peut afficher une politique de réindustrialisation et accepter des milliers de suppressions d’emplois. Notre territoire subit une désindustrialisation continue, récemment encore avec la fermeture de papeteries.
La disparition de ce fleuron aurait été un drame économique et social. La reprise engagée par Timothée Durand a permis d’éviter le pire et porte un espoir, même si nous restons très vigilants. La venue, hier, du ministre chargé de l’industrie a permis de clarifier certains points. Nous partageons tous ici la volonté de relancer l’activité d’Arc France, qui doit se traduire en actes.
Les conditions de la relance sont connues. Elles tiennent en trois mots : énergie, décarbonation, innovation. Sans énergie à un prix stable et en quantité suffisante, il n’y aura pas de production. Sans soutien massif à la décarbonation, il n’y aura pas d’avenir industriel. Sans investissement dans l’innovation, il n’y aura pas de montée en gamme. L’objectif est clair : retrouver un niveau de production de l’ordre de 150 000 tonnes.
Dans le même temps, plus de 700 emplois vont être supprimés. Dans quelles conditions cette transition va-t-elle se faire ? Il serait incompréhensible, au vu des savoir-faire des salariés, que les départs soient contraints. Il serait tout aussi inacceptable que celles et ceux qui souhaitent partir ne puissent le faire dignement.
Monsieur le ministre, l’État va-t-il enfin jouer pleinement son rôle et assumer sa responsabilité en soutenant la décarbonation ? Le ministre nous a indiqué hier que les financements existaient. Tous ensemble, nous pouvons redévelopper ce fleuron. Nous y croyons. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K, ainsi que sur des travées du groupe SER.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
M. Roland Lescure, ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, madame la sénatrice Apourceau-Poly, je vous remercie pour votre question, car elle me permet de revenir sur un dossier difficile qui m’est cher.
J’ai en effet suivi la situation d’Arc lorsque j’étais ministre de l’industrie. À l’époque, déjà, nous avions organisé une reprise. Vous l’avez rappelé, l’entreprise comptait 12 000 emplois il y a une vingtaine d’années et quelque 6 000 voilà une dizaine d’années. Les effectifs s’élèvent aujourd’hui à environ 3 500 salariés et, malheureusement, 700 postes vont sans doute être supprimés à l’occasion du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) accompagnant cette reprise.
Toutefois, et vous l’avez souligné, cette reprise porte un véritable espoir, soutenu par un dirigeant historique, Timothée Durand, qui connaît bien l’entreprise et qui souhaite y investir. Il est prévu qu’environ 700 départs s’inscrivent dans le cadre d’un plan de départs volontaires – un peu plus de 500 salariés souhaitent d’ailleurs partir volontairement.
Le problème vient du fait qu’une partie de ces salariés volontaires ne travaillent pas nécessairement au sein des activités qui devront être fermées. Nous avons donc, si je puis dire, un problème d’appariement entre ceux qui veulent partir et ceux que l’entreprise souhaite garder.
Le ministre de l’industrie s’est rendu sur place hier, comme vous l’avez indiqué, et il a rencontré les organisations syndicales. Nous allons essayer de faire au mieux et de relever ce défi. Vous l’avez dit, il faut garder des expertises et des compétences dans l’entreprise, car l’enjeu, une fois la reprise organisée, porte sur l’avenir. Vous avez mentionné l’innovation, la décarbonation, la reconquête de ce qui fut un fleuron – la plus grande verrerie d’Europe – et qui doit le redevenir face à une concurrence chinoise extrêmement exacerbée. Nous devons conserver les compétences qui permettront d’investir.
En tout état de cause, l’État a été au rendez-vous. Je me permets cette petite correction : nous avons abandonné un certain volume de dettes publiques pour appuyer cette reprise. Nous serons prêts à accompagner la décarbonation de l’entreprise, à la suite de la reprise.
M. le président. La parole est à Mme Cathy Apourceau-Poly, pour la réplique.
Mme Cathy Apourceau-Poly. Vous l’avez dit, monsieur le ministre : 700 emplois, ce n’est tout de même pas rien dans un département déjà touché par une série de licenciements en cascade.
J’espère sincèrement que l’État sera au rendez-vous pour la décarbonation. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K, ainsi que sur des travées du groupe SER.)
réponse du gouvernement à l’augmentation des prix de l’essence
M. le président. La parole est à M. Hervé Maurey, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
M. Hervé Maurey. Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, ma question s’adresse au ministre de l’économie.
Monsieur le ministre, en un mois, le prix des carburants à la pompe a augmenté de près de 20 % du fait du conflit au Moyen-Orient.
Ma question est très simple : je souhaiterais savoir ce que compte faire réellement et concrètement le Gouvernement pour soulager la facture de nos concitoyens, en particulier celle des automobilistes, des collectivités locales et des entreprises, mais également de nos agriculteurs, qui prennent de plein fouet cette augmentation avant de subir prochainement celle du prix du gaz. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)