Présidence de M. Gérard Larcher
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Questions d'actualité au Gouvernement
M. le président. L'ordre du jour appelle les réponses à des questions d'actualité au Gouvernement.
Je vous rappelle que la séance est retransmise en direct sur Public Sénat et sur notre site internet. Chacun sera attentif au respect des uns et des autres, ainsi qu'au respect du temps de parole.
orientation de la politique gouvernementale
M. le président. La parole est à Mme Laurence Rossignol, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Mme Laurence Rossignol. Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, si vous êtes aujourd'hui au banc du Gouvernement, c'est parce que les Français, par deux fois, en 2022 et en 2024, ont voté pour que notre pays ne tombe pas entre les mains de l'extrême droite ; c'est aussi parce que les parlementaires socialistes ont refusé le chaos. Nous n'avons pas agi par soutien à votre politique, loin de là ; si nous avons fait ce choix, c'est parce que nous savons que le chaos ne profite jamais à la République.
Et voilà qu'une de vos ministres se rend chez le patron de certain groupe de presse totalement dévoué à l'extrême droite, au point d'œuvrer à son arrivée au pouvoir ; qu'elle y déjeune avec une propagandiste de Poutine ; qu'il ne lui vient même pas à l'idée de se demander si elle est bien à sa place et s'il ne vaut pas mieux quitter la table…
Monsieur le Premier ministre, vous avez traité cet épisode comme une anecdote. Or ce n'est pas une affaire anecdotique. C'est une affaire symptomatique : symptomatique de la collusion entre le groupe Bolloré et la Russie ; symptomatique, aussi, d'une forme de porosité entre une partie de la droite et l'extrême droite, phénomène qui, à présent, semble même à l'œuvre au sein de votre gouvernement. C'est de cela que nous voulons parler aujourd'hui.
J'ai trois questions à vous poser. Tout d'abord, comment comptez-vous être fidèle à l'équation qui vous a donné votre légitimité ? Ensuite, quelles valeurs morales entendez-vous suivre au cours des dix mois à venir ? Enfin, quelles politiques économiques, sociales et environnementales allez-vous présenter aux Français pour préparer le pays, qui va être soumis à une confrontation inédite et majeure au cours de laquelle la République sera menacée par une extrême droite désormais convertie au trumpisme et inféodée à la Russie ? (Vifs applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées des groupes GEST et CRCE-K.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement.
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement, et ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'énergie. Madame la sénatrice, personne ne peut suspecter Annie Genevard de la moindre connivence avec le projet d'union des droites… (Protestations sur des travées du groupe SER.)
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Que faisait-elle là ?
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée. Se livrer, comme vous le faites, à de telles insinuations, revient à manquer de respect pour l'ensemble de son parcours et de son engagement (Nouvelles protestations sur les travées du groupe SER. – Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.), y compris contre son propre parti politique. Ce n'est pas très sérieux de votre part.
Les discussions que nous avons menées depuis la nomination de M. le Premier ministre démontrent précisément le contraire de ce que vous dites.
M. Roger Karoutchi. Eh oui…
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée. Nous n'avons pas de majorité : nous l'avons bien noté… Il nous fallait donc trouver des groupes politiques avec qui négocier. Nous avons fait le choix, qui nous a du reste été reproché, de discuter avec les socialistes et non avec le Rassemblement national (RN). Il faut être extrêmement clair sur ce point.
M. Mickaël Vallet. Il ne faut pas dîner non plus !
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée. D'ailleurs, tout le monde devrait l'être.
Dès l'origine, nous avons refusé toute discussion, toute connivence avec le Rassemblement national. (Mme Marie-Pierre de La Gontrie s'exclame.) Ce choix démontre la sincérité de notre engagement. Aujourd'hui, vous incriminez le Gouvernement par le truchement d'une de ses ministres… (Protestations sur les travées du groupe SER.)
M. Hussein Bourgi. Assumez !
Mme Maud Bregeon, ministre déléguée. Ce n'est pas à la hauteur du travail que nous avons mené. Ce n'est pas digne des principes et des valeurs que nous défendons depuis plusieurs mois.
M. le président. La parole est à Mme Laurence Rossignol, pour la réplique.
Mme Laurence Rossignol. Madame la ministre, vous n'avez pas répondu à ma question : comment allez-vous mobiliser les Français contre l'extrême droite ?
M. Roger Karoutchi. Contre La France insoumise (LFI) aussi !
Mme Laurence Rossignol. Vous avez justifié l'attitude du Gouvernement – très mal. Vous avez défendu une de vos collègues ministres, qui ne mérite pourtant pas d'être défendue. Je n'aurai pas la cruauté de répondre à l'indigence de votre réponse. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains. – Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)
M. Olivier Paccaud. Et la francisque ?
organisation des élections provinciales en nouvelle-calédonie
M. le président. La parole est à M. Robert Wienie Xowie, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky.
M. Robert Wienie Xowie. Madame la ministre, à vingt-quatre jours des élections provinciales du 28 juin 2026, l'État maintient à Nouméa le regroupement de cinquante-sept bureaux de vote en neuf sites centralisés, loin des domiciles des électeurs kanaks et populaires.
Ce dispositif a été élaboré en 2024, à la suite des émeutes ; or l'urgence est passée. La situation sécuritaire est apaisée, les écoles sont réhabilitées, mais le dispositif d'exception est resté.
Certes, deux nouveaux sites ont été créés, l'un à Rivière-Salée, l'autre à Kaméré, en remplacement du site de Ko We Kara. Mais cette mesure ne résout pas le problème central.
Selon une étude indépendante fondée sur le réseau routier réel de Nouméa, la part des habitants résidant à plus de trente minutes à pied d'un bureau de vote reste de 17 %, contre 5 % avec le maillage habituel. Certains électeurs doivent parcourir de longues distances, pouvant atteindre 5,8 kilomètres aller-retour à pied, ce qui représente quatre-vingt-sept minutes de marche.
Ces analyses trouvent une traduction concrète dans les urnes. Le 15 mars dernier, au premier tour des élections municipales, Nouméa, seule commune concernée par ce regroupement, a enregistré un taux d'abstention de 51,25 %, de près de dix points supérieur à la moyenne nationale. L'écart des taux d'abstention entre quartiers kanaks du nord et quartiers européens du sud a atteint quatorze points. En 2020, sans regroupement, il n'était que de deux points.
Alors que de nombreux ménages sont sans véhicule personnel et que les transports publics ne fonctionnent pas le dimanche, beaucoup s'interrogent sur le respect du principe d'égalité devant le suffrage.
Afin qu'aucun citoyen ne soit empêché pour des raisons purement matérielles d'exercer son droit de vote, droit d'autant plus fondamental qu'il s'agira d'un scrutin décisif pour l'avenir de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, l'État est-il prêt à garantir le principe d'égalité devant le suffrage ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K.)
Mme Cathy Apourceau-Poly. Très bien !
M. le président. La parole est à Mme la ministre des outre-mer.
Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer. Monsieur le sénateur Xowie, l'attention que vous portez à l'organisation de ce scrutin important est bien sûr légitime. D'ailleurs, nous-mêmes nous montrons vigilants.
Ces élections devront se dérouler dans des conditions irréprochables, qu'il s'agisse de leur organisation, notamment de l'accessibilité des bureaux de vote, ou de la transparence du dépouillement.
À ce titre, je suis en liens constants avec les services de l'État, à commencer par ceux du ministère de l'intérieur. Je travaille non seulement avec le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, mais aussi avec les élus locaux, notamment les maires, qui ont procédé au regroupement des bureaux de vote.
Vous l'avez rappelé, l'organisation en vigueur à Nouméa date de 2024. J'ajoute qu'elle n'a pas posé de difficulté particulière.
Pour ces élections provinciales, cinquante-sept bureaux de vote seront ouverts, répartis en neuf sites. Ils étaient au nombre de huit lors des dernières élections municipales : on dénombrera donc un site de plus, précisément pour tenir compte de l'expérience passée. Il s'agit de rapprocher certains électeurs de leur bureau de vote, notamment ceux du quartier de Rivière-Salée et de l'île Ducos.
Évidemment, les électeurs bénéficieront d'une information très large et approfondie. Nous l'assurerons, en lien avec les communes.
Vous le savez, de précédents scrutins ont donné lieu à des recours, pointant une atteinte à l'égalité. Or le juge des référés a estimé que les choix opérés étaient tout à fait conformes au droit électoral.
Ce qui nous intéresse, tout comme vous, monsieur le sénateur, c'est la participation à ce scrutin. Il ne s'agit pas de l'entraver, bien au contraire : nous devons faire tout notre possible pour que le plus grand nombre d'électeurs aillent voter.
En regardant les chiffres, on constate qu'aux dernières élections municipales le taux de participation était en hausse par rapport aux élections de 2020, y compris dans les quartiers où des difficultés s'étaient fait jour et où le dispositif était contesté.
Compte tenu des précisions que je viens d'apporter quant au déroulement de ces élections, il n'y a pas matière à s'inquiéter. Il n'y a pas d'atteinte à la sincérité du scrutin ou à l'égalité d'accès aux bureaux de vote. Au contraire, ce que nous souhaitons, en procédant au regroupement de certains bureaux de vote, c'est faciliter les choses matériellement pour les électeurs.
violences en marge de matchs de football et coupe du monde 2026
M. le président. La parole est à Mme Anne-Sophie Patru, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
Mme Anne-Sophie Patru. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.
Samedi dernier, de nombreux Français ont vibré au rythme de la victoire du Paris-Saint-Germain (PSG). De tels moments de cohésion et de liesse collective rappellent que notre Nation sait encore faire corps. Cette union devrait tous nous inspirer.
Toutefois, le tableau de cette soirée est également bien sombre. Dans de nombreuses villes de France, comme à Rennes, dans le département dont je suis l'élue, des scènes d'une rare violence ont une fois encore émaillé la liesse sportive. On a vu des commerces vandalisés. On a assisté à des affrontements violents, dans un climat de tension mettant en péril la sécurité des supporters comme celle des forces de l'ordre. Je tiens d'ailleurs à saluer le sang-froid et le professionnalisme de nos policiers et gendarmes, qui sont parvenus à contenir ces troubles partout en France.
Il faut le marteler avec force : non, la République ne peut tolérer que le sport, vecteur de cohésion et d'unité, devienne prétexte à des exactions qui menacent notre vivre-ensemble, et dont certains se servent pour alimenter une rhétorique anti-police. Non, tout n'a pas été sous contrôle. La critique est aisée, mais l'art est difficile, me répondra-t-on sans doute. Reste que ces violences ne sont pas des incidents isolés.
Nos concitoyens sont exaspérés par la répétition de ces événements. La violence et le vandalisme après un match, en France, tendent à devenir la norme.
Mme Cathy Apourceau-Poly. Eh bien non !
Mme Anne-Sophie Patru. Pour notre part, nous refusons cette banalisation de l'inacceptable. Très clairement, notre système judiciaire n'est pas assez dissuasif.
Monsieur le ministre, ma question est double. Premièrement, où en est la stratégie de l'État pour garantir la sécurité de tous durant l'été très sportif qui s'annonce et quelles adaptations comptez-vous mettre en place à la suite de ces événements ? Deuxièmement, quelles mesures de soutien envisagez-vous pour les élus locaux, qui, sur ces sujets comme sur tant d'autres, se trouvent en première ligne, pour organiser et sécuriser des espaces adaptés à ces événements sportifs ?
Dans quelques jours s'ouvrira la Coupe du monde de football. Nous n'avons que peu de temps pour agir. Or les Français nous attendent ; les Français vous attendent. (Bravo ! et applaudissements sur des travées des groupes UC et Les Républicains. – M. Marc Laménie applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, je fais évidemment miens l'indignation que vous exprimez et le constat que vous dressez. Parallèlement aux manifestations de joie et aux moments festifs auxquels la victoire du Paris-Saint-Germain a donné lieu, nous avons déploré des débordements que j'ai qualifiés, dès l'origine, de violences et d'émeutes urbaines. J'avais d'ailleurs fait de même l'année dernière, à l'issue de la précédente finale de la Ligue des champions, et je pèse mes mots.
Un débordement peut avoir des conséquences très graves. En l'occurrence, il s'agissait d'émeutes et de violences urbaines, fomentées par un certain nombre d'individus qui n'ont rien à voir avec le football. (Mme Anne-Sophie Patru le concède.) Nous parlons non pas de supporters du Paris-Saint-Germain, mais de jeunes qui viennent pour casser, pour piller. Le seul lien qui les rattache à ce club est le maillot du Paris-Saint-Germain qu'ils arborent parfois.
En réponse, nous avons bâti un dispositif d'une ampleur considérable. Au total, 22 000 policiers et 22 000 gendarmes ont été mobilisés sur l'ensemble du territoire national ; ils ont reçu des instructions extrêmement fermes et extrêmement claires, contrairement à ce que l'on peut entendre ici où là.
Certains prétendent que le Gouvernement laisserait faire par peur des violences : tout cela est faux. Pour la circonstance, un télex a été adressé aux préfets, qui connaissent très bien leur travail, comme les directeurs départementaux de la police nationale (DDPN), comme les commandants de groupement de gendarmerie. Les instructions étaient d'aller systématiquement au contact.
Voilà la première réponse : la fermeté, qui implique la riposte systématique. En tout, les forces de l'ordre ont procédé à 891 interpellations et l'on a comptabilisé 720 gardes à vue. Nous nous doterons bien évidemment de dispositifs comparables à l'avenir.
Ensuite, nous devons réfléchir aux mesures susceptibles d'être engagées pour renforcer encore notre arsenal.
Le projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (Ripost), que le Sénat a adopté et que l'Assemblée nationale examinera bientôt, durcit les sanctions en vigueur pour l'usage de mortiers. Il s'agit là d'une mesure essentielle.
Ce soir-là – je l'ai dit devant l'Assemblée nationale –, la moitié des actes de violence ont été dirigés contre nos forces de sécurité intérieure, qui ont bel et bien fait un travail formidable.
Les auteurs de ces faits avaient la volonté manifeste d'attenter à l'intégrité physique de nos policiers et gendarmes. Le projet de loi Ripost va durcir les sanctions pénales et administratives auxquelles de telles personnes s'exposent. En outre, nous ne nous interdirons aucune réflexion à l'Assemblée nationale lors de l'examen du projet de loi Ripost. Je pense notamment aux interdictions de paraître. Les mesures prises à ce titre en 2019 avaient été retoquées par le Conseil constitutionnel. À la demande de M. le Premier ministre, nous allons retravailler cette question…
M. le président. Il faut conclure, monsieur le ministre.
M. Laurent Nunez, ministre. Le but est de présenter des mesures administratives empêchant les casseurs de commettre des exactions. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – M. Bernard Fialaire applaudit également.)
conclusions de la commission d'enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution
M. le président. La parole est à Mme Antoinette Guhl, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
Mme Antoinette Guhl. Monsieur le ministre, depuis la publication du rapport du Sénat sur les marges des industriels et des distributeurs, à la suite du travail que j'ai mené avec ma collègue Anne-Catherine Loisier, le lobbying de la grande distribution bat son plein.
Le patron de Carrefour nous sort des chiffres d'il y a dix ans et égrène des affirmations mensongères ; le patron de Leclerc continue de faire son show sur les plateaux télé tout en envoyant ses directeurs d'hypermarchés contre les élus locaux et les sénateurs ; et vous-même, monsieur le ministre, déclarez à des chefs d'entreprise que nous, sénatrices de la République, n'avons « pas joué le jeu ».
De quel jeu parlez-vous ? S'agit-il des intérêts de la grande distribution ou de l'intérêt général ? Devrions-nous jouer le jeu d'un système qui abandonne les agriculteurs ? Le jeu d'un modèle qui favorise les importations ? Le jeu d'une société où les consommateurs paient les produits sains toujours plus cher ?
Non, monsieur le ministre, nous n'avons pas joué : nous avons travaillé, afin de produire un rapport d'alerte.
Nous alertons sur un système qui fragilise nos agriculteurs et nos entreprises ; sur les pratiques abusives et violentes des négociations commerciales ; sur des centrales d'achat européennes qui contournent la loi française.
Le patron de la centrale d'achat de Leclerc nous a dit publiquement qu'il ne respectait pas la loi française. Trouvez-vous cela normal ?
Monsieur le ministre, ma question est simple : quand allez-vous nous proposer un projet de loi pour mettre fin à ces pratiques scandaleuses ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST, ainsi que sur des travées des groupes SER et UC.)
M. le président. La parole est à M. le ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat.
M. Serge Papin, ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat. Madame la sénatrice Antoinette Guhl, je n'ai jamais dit que les sénateurs et sénatrices n'avaient pas joué le jeu. J'ignore quelles sont vos sources ; je suis d'autant moins susceptible de tenir de tels propos que j'ai moi-même été rapporteur de la loi Égalim.
Ce que je retiens de votre rapport, c'est que le modèle des négociations commerciales est aujourd'hui à bout de souffle. Sur ce point, vous avez raison.
Vous pointez un certain nombre de pratiques que vous qualifiez de prédatrices. Sur ce sujet, ma position est simple : soit le droit est respecté, soit il ne l'est pas et, dès lors, il y aura des sanctions. Comme je l'ai annoncé le 2 mars dernier, en 2026, les négociations commerciales donneront lieu à des contrôles.
Votre rapport a également été transmis à la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). L'ensemble des points que vous avez relevés donneront lieu à vérifications. La direction générale du trésor, ainsi que l'observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) travailleront en parallèle pour recouper l'ensemble des chiffres.
Vous m'interrogez au sujet des solutions à apporter. Dès maintenant, j'en ai une à vous proposer : plutôt que d'opposer, cherchons à réconcilier.
Mme Sophie Primas. Très bien !
M. Serge Papin, ministre. Je pense surtout aux petites et moyennes entreprises (PME), qui, plus encore que d'autres, ont besoin d'inscrire leur action dans le temps long.
Les négociations commerciales actuelles, fondées sur les rapports de force – vous avez raison d'insister sur ce point –, nous condamnent au temps court. Chaque année, les accords conclus sont remis en cause, si bien qu'il faut sans cesse remettre l'ouvrage sur le métier. De ce fait, les entreprises manquent de visibilité.
Si nous voulons moderniser notre secteur agroalimentaire, si nous voulons lui donner les moyens d'être compétitif, nous devons opter pour des accords pluriannuels, couvrant des périodes de cinq ou sept ans. Nous devons passer à une autre forme de dialogue.
Voilà un travail que je suis prêt à accompagner en réunissant les différentes parties prenantes. Nous devons sortir de cette forme de négociations et entrer dans un nouveau système, non seulement pour réconcilier les uns et les autres, mais aussi pour garantir notre souveraineté alimentaire.
Je vous le rappelle, les négociations sont actuellement régies par la loi de modernisation de l'économie (LME). Ce texte, dont la vocation est de favoriser le pouvoir d'achat,…
M. le président. Il faut conclure, monsieur le ministre.
M. Serge Papin, ministre. … s'est substitué à la loi Galland, qui, elle, favorisait plutôt les prix des industriels. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI. – Mme Sophie Primas applaudit également.)
M. le président. La parole est à Mme Antoinette Guhl, pour la réplique.
Mme Antoinette Guhl. Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse.
Nous devons protéger les agriculteurs et les consommateurs : je l'entends. Mais nous devons aussi nous attaquer au cœur du problème, à savoir le rôle des centrales d'achat – vous ne les avez pas citées – et les alliances entre distributeurs.
Mme Antoinette Guhl. À vous entendre, nous devons travailler dans le temps long, mais il y a urgence : plus de 30 % de nos PME agro-industrielles sont d'ores et déjà déficitaires. Si nous tardons encore,…
M. le président. Il faut conclure, ma chère collègue.
Mme Antoinette Guhl. … nous assisterons à la destruction pure et simple de notre industrie agroalimentaire et de notre agriculture.
M. le président. Il faut vraiment conclure !
Mme Antoinette Guhl. C'est tout de suite qu'il faut agir. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
violences en marge de la finale de la ligue des champions
M. le président. La parole est à Mme Jacqueline Eustache-Brinio, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)
Mme Jacqueline Eustache-Brinio. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.
Monsieur le ministre, la soirée de samedi dernier devait être festive, le but étant de célébrer une belle victoire sportive. Or, très vite, nous avons assisté à un soir de violence et même d'émeute. Nous avons vu de véritables scènes de guérilla urbaine.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 71 villes concernées, 178 policiers et gendarmes blessés, plus de 900 interpellations. L'image de la France à l'international s'en trouve encore dégradée à la veille du salon Choose France – cela ne s'invente pas !
Selon vos propres mots, notre pays a connu des « débordements », mais la situation est restée « globalement sous contrôle ». Or, j'y insiste, nous avons assisté à de graves violences, à des destructions, à des pillages. Nous avons constaté la volonté de « casser du flic » partout en France.
Ce sont non pas des supporters que les Français ont vu agir ainsi, mais des hordes de barbares, venus commettre l'inadmissible.
Samedi soir, nos policiers, gendarmes et pompiers ont accompli un travail remarquable, dans le cadre qui leur était donné. On peut les en remercier. Toutefois, je ne suis pas persuadée que la doctrine de maintien de l'ordre ait été suffisamment ferme et je m'inquiète de la faiblesse des sanctions retenues contre ces délinquants.
Ces émeutes s'apparentent désormais à des rituels, répétés chaque 1er janvier, chaque 14 juillet et lors de tout rassemblement. Leur premier objectif est de casser.
Monsieur le ministre, au-delà des chiffres, avez-vous analysé ce phénomène en termes sociétaux ? Vous êtes-vous penché sur la sociologie de ces jeunes, malheureusement souvent issus de l'immigration ? (Protestations sur des travées des groupes SER, CRCE-K et GEST.) Allez-vous me dire, comme l'un de vos prédécesseurs, après les émeutes de 2023, que, parmi les casseurs de samedi soir, il y avait beaucoup de Kévin et de Mattéo ? On se souvient ici de cette phrase…
Les Français, pris en otages ces soirs-là, en ont marre de l'impunité, du laxisme, du déni, d'une immigration incontrôlée, de l'absence de sanction à l'égard des parents, seuls responsables de leurs enfants mineurs, et de l'échec de l'assimilation.
Il va falloir que les choses changent vite et en profondeur. C'est ce que les Français attendent. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains. – M. Christopher Szczurek applaudit également.)
Mme Valérie Boyer. Bravo !
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre. Madame la sénatrice, vous vous êtes référée à certains de mes propos : je tiens avant tout à vous répondre sur ce point.
J'ai bel et bien parlé de débordements, et j'ai systématiquement défini ces derniers. Je le répète, je l'ai déjà fait l'année dernière, quand, avec M. Retailleau, alors ministre de l'intérieur, nous avons eu à affronter les mêmes types d'incidents.
Devant la commission des lois de l'Assemblée nationale, j'ai alors parlé de débordements, que j'ai qualifiés comme vous venez de le faire. Ce sont des scènes de guérillas et d'émeutes urbaines. Alors, arrêtez de me prêter des mots laissant sous-entendre que je sous-estime telle ou telle situation. Arrêtez ! Cela fait vingt ans que je m'occupe de violences urbaines et je sais de quoi je parle. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées des groupes SER, GEST et RDSE. – Exclamations sur des travées du groupe Les Républicains.)
Samedi soir, il y a eu des moments festifs. Il y a aussi eu des débordements très graves. Je ne le nie évidemment pas. Ces actes sont le fait de jeunes voyous, de jeunes casseurs.
De notre côté, que faisons-nous ? Je vais répondre précisément à votre question, après avoir remercié les forces de sécurité intérieure, qui, suivant les instructions que je leur donne, vont systématiquement au contact. D'ailleurs, le nombre de blessés déplorés parmi les forces de l'ordre n'est malheureusement plus de 178 : il est de 233, dont un certain nombre de personnes blessées très gravement. Dans deux cas, le parquet de Paris a même ouvert une enquête pour tentative d'homicide volontaire.
Vous m'interrogez sur le profil de ces voyous. Sachez qu'une grande partie des personnes placées en garde à vue à Paris samedi soir sont des jeunes originaires des petite et grande couronnes ; qu'il s'agit à plus de 90 % de citoyens français.
Vous avez raison, ces jeunes viennent pour casser. Ils viennent pour piller. C'est bien pourquoi nous ripostons avec fermeté. Croyez-moi, contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, les instructions sont claires et fermes. Il s'agit d'aller au contact, et les policiers y vont. Ils interpellent. Merci, à ce propos, d'avoir rappelé le chiffre de 891 interpellations.
Nous continuerons d'agir avec la même fermeté. Bien sûr, on peut toujours améliorer tel ou tel dispositif. Souvenez-vous, l'an passé, après la finale de la Ligue des champions, nous étions très inquiets pour la Fête de la musique, et pour cause : ces jeunes-là, ces voyous, ces casseurs n'ont rien à voir avec le football. Ils profitent du moindre rassemblement pour tenter de provoquer le chaos.
Pour la Fête de la musique, l'an passé, nous les en avons empêchés. Nous allons faire de même cette année, en déployant les effectifs sur le terrain et en menant des interpellations systématiques. Vous pouvez compter sur notre efficacité. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
sommet choose france