M. le président. La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.
Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice Jourda, je tiens d’abord, puisque c’est votre dernière question d’actualité au Gouvernement, à saluer votre engagement parlementaire.
Vous demandez que nous dressions un bilan de la situation après cette semaine de forte chaleur. Je le répète, pour ce qui concerne les soignants, la période de tension n’est pas tout à fait terminée ; nous craignons tous de nouveaux épisodes climatiques. Aussi, je le dis avec précaution, les bilans – du moins en ce qui concerne le système hospitalier – devront être établis ultérieurement de façon plus raisonnable.
Toujours est-il que le Gouvernement et l’État se sont mobilisés, dès le mois de mai, dès l’apparition des premières vagues de chaleur, avec le déclenchement du plan Orsan (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles) de niveau 1, qui permet d’assurer une vigilance, notamment météorologique, et de prendre des mesures d’adaptation.
Dès l’alerte météorologique, nous sommes passés du niveau 1 au niveau 2, avant de passer au niveau 3, afin d’anticiper la très forte tension.
Cela a permis aux hôpitaux et aux soignants, que je tiens une nouvelle fois à remercier, mais aussi à tous les professionnels de sécurité de notre pays, de se mobiliser, notamment pour préparer l’hôpital à accueillir la vague de patients que nous avons vue arriver dans les établissements les jours suivants.
J’étais moi-même quotidiennement sur le terrain pour adapter notre réponse au jour le jour, comme nous le faisons lors d’une crise, et pour prendre les mesures urgentes nécessaires. Nous devrons également ajuster notre dispositif si des chaleurs extrêmes reviennent à court terme.
Nous avons débloqué des enveloppes financières pour permettre aux établissements hospitaliers d’acheter des climatiseurs d’appoint, qui devraient être livrés dans les jours qui viennent.
Le Premier ministre a réuni à plusieurs reprises des cellules interministérielles de crise, pour agir à court terme, mais aussi à plus long terme. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à Mme Gisèle Jourda, pour la réplique.
Mme Gisèle Jourda. Aujourd’hui, plus que jamais, la situation est d’une extrême gravité. Nous attendons une seconde vague de chaleur dans les jours qui viennent. Nous devons être prêts. Pour cela, il faut agir de manière transversale et non en silo, comme c’est le cas actuellement. Je souhaite qu’un débat soit organisé sur ce sujet gravissime, en application de l’article 50-1 de la Constitution. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K. – M. Jacques Fernique applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. Ian Brossat, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky.
M. Ian Brossat. Monsieur le ministre du logement, la France vient de subir un deuxième épisode de canicule en l’espace d’un mois, et certains en prédisent un troisième dans les jours à venir. Cet épisode a été un puissant révélateur de la crise du logement et des inégalités qui existent en la matière.
Assurément non, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne face à ces grandes chaleurs. À bien des égards, la canicule est une violence de classe. (Protestations sur les travées des groupes UC et Les Républicains.)
En témoigne le fait que 60 % des habitants des quartiers populaires, c’est-à-dire une proportion supérieure de 20 points à la moyenne nationale, disent souffrir de la chaleur dans leur logement. De telles conditions d’habitation ne les exposent pas seulement à l’inconfort ; elles leur font aussi courir un risque mortel. Ainsi, lors de la canicule de 2003, la mortalité dans les quartiers populaires a été trois fois plus élevée que dans l’ensemble du pays.
Nul ne devrait accepter qu’en France des hommes et des femmes meurent de chaud dans leur appartement, faute des protections nécessaires pour y vivre dignement.
Monsieur le ministre du logement, comment pouvez-vous justifier, après un pareil épisode de canicule, que les crédits consacrés à MaPrimeRénov’ diminuent de 300 millions d’euros en 2026 ? Comment pouvez-vous justifier que, dans le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement, qui sera débattu la semaine prochaine dans cet hémicycle, rien ne soit prévu pour lutter contre les bouilloires thermiques ? Pis, 700 000 logements, qui sont des passoires énergétiques, seront remis en location, alors qu’ils devraient sortir du marché.
Monsieur le ministre, ma question est simple : qu’allez-vous modifier dans votre projet de loi sur le logement pour faire en sorte que ces problématiques soient véritablement prises en compte ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K, ainsi que sur des travées des groupes SER et GEST.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de la ville et du logement.
M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement. Monsieur le sénateur Ian Brossat, je vous remercie d’évoquer le fait que, dès la semaine prochaine, le Sénat examinera le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement, qui constitue un texte important, puisqu’il comporte tout un volet sur la rénovation énergétique des logements, et notamment celle des fameux logements classés F et G, que nous souhaitons en effet remettre sur le marché pour faire en sorte qu’ils soient rénovés. C’est le pacte gagnant-gagnant que nous voulons conclure avec les propriétaires, mais aussi avec les locataires, avec tous nos artisans et, au fond, avec la planète et le climat, puisque l’idée est bien de rénover ces logements.
Toutefois, monsieur le sénateur, permettez-moi de vous rappeler quelques éléments fondamentaux. Le Gouvernement a maintenu ses efforts en matière de transition du logement et des bâtiments. Le budget de MaPrimeRénov’ a ainsi été conforté en 2026. L’ambition du dispositif a même été renforcée : alors que 103 000 logements ont fait l’objet d’une rénovation dans ce cadre en 2025, ils seront 130 000 en 2026. Notre ambition est intacte. (M. Fabien Gay s’exclame.) Je le dis devant l’ensemble des membres du Gouvernement, qui soutiennent cette politique importante.
Les sénateurs pourront amender le projet de loi sur le logement pour veiller à ce que le confort d’été soit pleinement pris en compte. Cette dimension n’est pas oubliée par MaPrimeRénov’, puisque ce dispositif permet déjà, depuis plusieurs années, de financer l’installation de volets ou de ventilateurs, par exemple. Nous pouvons cependant aller plus loin ensemble, notamment lors de l’examen de ce texte au Sénat.
Enfin, monsieur le sénateur, charité bien ordonnée commence par soi-même : la Ville de Paris, où vous avez été adjoint à la maire, chargé du logement, n’est pas vraiment exemplaire en la matière. Vous aviez promis 5 000 logements sociaux rénovés. Où sont-ils ? Les habitants des quartiers populaires de Paris les attendent toujours. (Bravo ! et applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC, ainsi que sur des travées du groupe INDEP. – Protestations sur les travées des groupes CRCE-K et SER.)
Mme Cécile Cukierman. Ce n’est pas au niveau, monsieur le ministre !
Mme Audrey Linkenheld. Votre réponse n’est pas à la hauteur !
M. le président. La parole est à M. Ian Brossat, pour la réplique.
M. Ian Brossat. Monsieur le ministre, s’il est bien un sujet sur lequel vous ne devriez pas dire un seul mot, c’est celui de la rénovation du parc social, car les aides de l’État en la matière sont de zéro euro !
Les 5 000 logements sociaux qui sont rénovés chaque année à Paris le sont sans une seule aide de l’État. Si j’étais vous, monsieur le ministre, j’aurais honte ! Pour ce qui nous concerne, nous sommes très fiers de notre bilan et nous allons continuer à agir sans votre aide ni votre concours ! (Huées sur les travées des groupes Les Républicains et UC. – Vifs applaudissements sur les travées des groupes SER, CRCE–K et GEST.)
situation de la presse locale
M. le président. La parole est à M. Jean-Michel Arnaud, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
M. Jean-Michel Arnaud. Ma question s’adresse à madame la ministre de la culture.
Voilà quelques jours, le groupe de presse Ebra, premier groupe de presse français, qui diffuse 800 000 exemplaires de ses journaux chaque jour, dans vingt-trois départements, a annoncé un plan de départ volontaire de 400 personnes, soit 10 % de ses effectifs.
La direction explique qu’elle est confrontée à la baisse des ventes papier, à l’évolution des usages de l’information et à la pression des plateformes numériques sur les revenus publicitaires. Elle assume aussi d’avoir recours de manière croissante à l’automatisation de certaines tâches, via notamment l’intelligence artificielle.
Parallèlement, le groupe CMA Média, de Rodolphe Saadé, a exprimé son intention de vendre les neuf chaînes de télévision locales de BFM et, à défaut d’acquéreurs, de les fermer d’ici à la fin de 2026. Ma région, Provence-Alpes-Côte d’Azur, compte cinq de ces télévisions locales, dont une dans mon département des Hautes-Alpes. Ce dernier est donc particulièrement concerné par ces annonces, puisque celles-ci concernent les deux principaux médias du département, Le Dauphiné Libéré et BFM Dici.
Tout élu attaché à la démocratie ne peut que déplorer la disparition de médias locaux : sans journalisme, le pluralisme périclite ; sans journalisme, la qualité de l’information s’érode ; sans journalisme, la démocratie s’étiole ; sans journalisme, la rumeur risque de faire son retour, comme au bon vieux temps des sociétés moyenâgeuses, avec le populisme qui va de pair.
Madame la ministre, que souhaite faire précisément le Gouvernement pour préserver la presse locale, essentielle pour la République de proximité ? Que comptez-vous faire pour contrer la migration massive des budgets publicitaires vers les grandes plateformes numériques, qui plombent la presse locale et donc la démocratie locale ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Catherine Pégard, ministre de la culture. Monsieur le sénateur Arnaud, l’importance des médias de proximité n’est plus à démontrer. Qu’il s’agisse de la presse, de la radio ou de la télévision, les médias de proximité sont des acteurs majeurs de notre vie démocratique et, plus globalement, de la vie des territoires.
Je ne reviendrai pas sur la menace de voir se développer des déserts informationnels. Je sais à quel point le Sénat est sensible à cette question, puisqu’une mission d’information sur les zones grises de l’information y est en cours, menée par les rapporteurs Laurent Lafon, Agnès Evren et Sylvie Robert.
Nul ne peut nier que le modèle économique des médias de proximité est en difficulté. La captation de valeur par les plateformes s’accentue. Les plans de transformation annoncés ces dernières semaines dans les groupes Centre France ou Ebra, ou la mise en vente par le groupe CMA Média de chaînes qui concernent notamment votre département, monsieur le sénateur, témoignent de ces difficultés.
En ce qui concerne la presse, des travaux ont été engagés pour conforter son modèle économique. Je songe en particulier à la proposition de loi visant à renforcer l’effectivité des droits voisins des éditeurs et des agences de presse, qui a été adoptée récemment à l’unanimité par le Sénat, après engagement de la procédure accélérée par le Premier ministre. Cette proposition de loi a été notifiée à la Commission européenne en vue de son adoption définitive à l’automne.
Il nous faut bien évidemment aller plus loin. Nous étudions des pistes pour faciliter la transformation du secteur et pour accélérer sa numérisation. Il s’agit notamment de faire en sorte que le marché publicitaire bénéficie davantage au secteur, alors qu’aujourd’hui la valeur est de plus en plus captée par les plateformes.
Pour ce qui est des télévisions locales, je serai particulièrement attentive aux conséquences des annonces du groupe CMA Média, que j’ai rencontré la semaine dernière.
Monsieur le sénateur, la situation est suffisamment complexe pour que nous soyons à l’affût, ensemble, de toutes les initiatives permettant de préserver les médias de proximité et les journalistes. (MM. François Patriat et Thani Mohamed Soilihi applaudissent.)
M. le président. La parole est à M. Jean-Michel Arnaud, pour la réplique.
M. Jean-Michel Arnaud. Madame la ministre, j’entends votre réponse. Comme vous le savez, défendre et renforcer la presse locale, c’est protéger la République dans tous ses territoires.
Je me permets également d’insister lourdement sur le fait qu’il faut agir vite. Une mission d’information est en cours au Sénat, sous l’impulsion notamment du président Lafon. Cependant, nous devons immédiatement trouver des solutions, en particulier pour les télévisions locales. Il faut alléger les charges d’accès au marché publicitaire des télévisions et de la presse quotidienne régionale classique, qui se font vampiriser par les nouveaux supports numériques.
Il faut agir vite si l’on ne veut pas se retrouver demain dans une situation comparable à celle des États-Unis. (Applaudissements sur les travées du groupe UC. – M. Louis Vogel et Mme Annick Girardin applaudissent également.)
gestion de la canicule par le gouvernement et inaction climatique
M. le président. La parole est à M. Guillaume Gontard, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Guillaume Gontard. Monsieur le Premier ministre, je ne souhaite pas qu’il y ait de mauvaise polémique entre nous. (Exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains.) La canicule n’a pas fait 10 000 morts, mais, comme d’éminents spécialistes, nous redoutons un bilan terrible.
Nous saluons la mobilisation des agents de l’État et nous nous associons à la peine des familles des victimes. Nous le répétons toutefois : la canicule était prévisible et beaucoup de ces décès étaient évitables.
Aussi, je vous le demande : combien de morts faudra-t-il pour que la France soit prête ?
Le dérèglement climatique tue d’abord les plus fragiles : les personnes âgées isolées, les sans domicile fixe (SDF), les enfants, les travailleurs exposés, les habitants des bouilloires thermiques. Il tue aussi le vivant, la faune, les arbres, et ruine les agriculteurs.
Monsieur le Premier ministre, vous n’êtes pas seul responsable du réchauffement climatique, mais vous avez la responsabilité de l’adaptation de la société à ses effets.
Or réduire MaPrimeRénov’, siphonner le fonds vert, revenir sur le « zéro artificialisation nette » (ZAN), remettre sur le marché des passoires thermiques, acheter des climatiseurs en urgence et prolonger les soldes, ce n’est pas une politique d’adaptation.
Monsieur le Premier ministre, il est temps de vous ressaisir. Allez-vous créer un fonds d’urgence canicule pour financer des protections solaires, des îlots de fraîcheur, une veille sur le sujet et des travaux d’adaptation des bouilloires thermiques ? Allez-vous négocier avec les partenaires sociaux pour adapter le travail aux fortes chaleurs et créer un congé climatique ? (Nous y voilà ! sur des travées des groupes UC et Les Républicains.)
Allez-vous redonner aux élus locaux les moyens d’agir, en rétablissant une véritable capacité d’ingénierie, en renforçant le fonds vert, en créant une facilité d’emprunt et en accordant des financements massifs pour le bâti scolaire ? Allez-vous porter les crédits de MaPrimeRénov’ à plus de 5 milliards d’euros chaque année, pour enfin financer un programme lisible et durable de rénovation thermique ?
Bref, allez-vous faire de l’adaptation au changement climatique une priorité nationale et mettre à contribution les plus gros pollueurs ?
Quand la guerre est à nos portes, nous trouvons des dizaines de milliards pour la défense. À quand la même mobilisation face à la canicule ?
Monsieur le Premier ministre, gouverner, ce n’est pas compter les morts, c’est empêcher qu’ils meurent. Qu’allez-vous faire ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K.)
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président Gontard, je tiens à redire devant la Haute Assemblée l’émotion du Gouvernement devant le nombre de victimes, une émotion qui, j’en suis certain, est partagée sur l’ensemble de ces travées. Nous pensons à leurs familles.
Je vous suis reconnaissant d’avoir salué l’action des services de l’État, ce qui n’a pas été fait hier à l’Assemblée nationale. On peut en effet combattre l’action du Gouvernement, tout en soutenant l’action des services de l’État.
Je tiens à remercier, devant la Haute Assemblée, les soignants, les pompiers, les policiers et les élus locaux. (Applaudissements nourris.) Quelles que soient nos convictions politiques, nous connaissons leur engagement et nous devons les soutenir, quoi qu’il arrive et quoi qu’il en coûte, surtout pendant les crises.
Je vous remercie de la tonalité de votre question. Nous nous connaissons un peu, car nous avons travaillé ensemble, notamment lorsque je siégeais à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. J’ai la conviction qu’il existe une forme d’éthique dans le débat politique. Je crois au débat de fond, au débat d’idées.
Les projets et les idées que vous venez d’avancer montrent que la campagne présidentielle a déjà un peu démarré, ainsi que peut-être aussi la campagne des élections sénatoriale et celle des législatives – c’est bien naturel.
Je ne souhaite pas que le débat politique continue de dériver vers des violences verbales, allant jusqu’à des spéculations sur un bilan humain. Ce qui s’est passé hier à l’Assemblée nationale n’était pas raisonnable pour le débat démocratique. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC, RDPI et INDEP. – M. Michel Masset applaudit également.)
Je tiens à le redire ici avec force : nous sommes opposants, mais en républicains, nous croyons en la démocratie représentative et parlementaire. C’est ainsi que cela doit fonctionner.
Je ne comprends pas l’escalade verbale d’un certain nombre de membres de votre parti au cours de ces derniers jours. (M. Thomas Dossus s’exclame.) Je note aussi que vous ne vous êtes pas livré à un tel mouvement.
D’un point de vue historique, c’est plutôt votre moment : de lanceurs d’alerte, vous pouvez devenir ceux qui proposent une manière de planifier à l’échelle locale, nationale et européenne.
Il faut être capable de reconnaître que tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont fait des choses, singulièrement depuis la présidence de Jacques Chirac, jusqu’à aujourd’hui. Chacun a agi, à sa manière. Nier leur action, c’est abîmer l’esprit de compromis autour de la lutte contre le réchauffement climatique – j’en suis intimement convaincu.
Une voix à gauche. Qu’avez-vous fait en dix ans ?
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Nous devons tirer les conclusions de la canicule récente.
La première concerne l’adaptation, sur laquelle nous reviendrons très longuement. Je sais qu’un débat en application de l’article 50-1 de la Constitution a été demandé par le groupe socialiste. J’en discuterai avec le président du Sénat dans un instant. J’y suis évidemment favorable : ce serait l’occasion de dresser un bilan objectif, sans caricature, et d’en tirer des conclusions, y compris dans la perspective du prochain projet de loi de finances.
Ensuite, il y a urgence pour les hôpitaux. Je n’en dis pas plus pour le moment, mais je ferai des annonces dans les quarante-huit prochaines heures avec la ministre de la santé.
Une autre urgence concerne la sécurité civile, qui doit être renforcée.
Nous sommes tous d’accord pour dire que le débat entre l’atténuation et l’adaptation est derrière nous et que, désormais, nous devons mener les deux de front. (M. Daniel Salmon acquiesce.)
Une réponse diplomatique est aussi indispensable. Nous pouvons tous convenir que la France est plutôt isolée sur ce sujet. Espérons que l’enjeu et le débat européen permettront de tirer la réflexion vers le haut.
Les choses sont assez simples, monsieur le président Gontard. Si votre question était de savoir si le Gouvernement est disposé à travailler de bonne foi, dans la mesure des moyens et des contraintes budgétaires qui sont les nôtres, vous pouvez être rassuré : en tant que démocrates, en tant qu’élus, nous répondrons présent.
Toutefois, si l’objet de votre question est, malheureusement, comme j’ai pu le comprendre hier, plus politicien, si l’enjeu est l’avenir de la relation entre telle ou telle formation politique et La France insoumise, si le but de ces manœuvres est de déposer une motion de censure contre le Gouvernement la semaine prochaine, au risque de créer une crise politique et de priver les services de l’État d’une direction politique alors qu’une reprise de la canicule se profile, alors on fait fausse route ! (M. Guillaume Gontard proteste.)
Nous sommes donc à un moment de vérité, monsieur le président Gontard. Allons-nous, durant les quelques semaines qui nous séparent de l’élection présidentielle, avancer dans le sens de l’intérêt général, sereinement, calmement, dans le respect des opinions de chacun, ou est-ce la politique politicienne qui l’emportera, auquel cas je ne pourrai rien faire ? (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, UC et Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe RDSE. – Mme Laurence Harribey applaudit également.)
chiffres de l’adaptation climatique
M. le président. La parole est à Mme Christine Lavarde, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme Christine Lavarde. Madame la ministre, la semaine dernière, dans cet hémicycle, vous avez évoqué un « mur d’investissements » pour l’adaptation au changement climatique.
Je ne vous demanderai pas le plan de montage de votre action, mais je vous interrogerai sur le plan de financement.
Pouvez-vous nous donner la ventilation des 1,7 milliard d’euros que votre ministère aurait mobilisé l’année dernière ? Pouvez-vous nous dire où nous pouvons trouver la liste des 6 000 écoles dont la renaturation et la climatisation passive auraient été cofinancées par l’État ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature. (Exclamations ironiques sur les travées des groupes Les Républicains et UC.)
Mme Monique Barbut, ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature. Madame la sénatrice, nous n’avons pas attendu pour agir. (Ah ! sur les travées des groupes Les Républicains et UC.)
Comme l’a dit le Premier ministre, il faut avancer sur deux jambes : d’un côté, réduire inlassablement nos émissions ; de l’autre, nous adapter. C’est le sens du plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc). Nous en sommes déjà à la troisième version, preuve que nous agissons depuis un certain nombre d’années.
Mon prédécesseur Christophe Béchu avait présenté la trajectoire climatique que nous venons d’adopter. Celle-ci nous oblige, à partir de maintenant, à calculer nos investissements publics en nous fondant sur l’hypothèse que nous pourrions connaître un réchauffement de 4 degrés à l’horizon 2100. Cela s’appliquera à tous les équipements publics. (La liste ? sur les travées du groupe Les Républicains.)
Les chiffres que j’ai donnés existent. (Exclamations amusées sur les travées des groupes Les Républicains et UC.)
Le fonds Barnier est doté de 300 millions d’euros. Les agences de bassin consacrent pratiquement 1 milliard d’euros à l’adaptation au changement climatique de la ressource en eau. Au sein du fonds vert, 415 millions d’euros sont fléchés, cette année, sur cette thématique. Si vous faites le calcul, vous arrivez bien à 1,5 milliard d’euros.
Je n’ai pas mentionné d’autres dépenses que nous engageons et qui participent au financement de l’adaptation. Je pense notamment au fonds chaleur de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), doté de 800 millions d’euros, qui finance des systèmes de production de chaud comme de froid dans différentes villes et sur les lieux de travail.
Ainsi, comme vous pouvez le constater, des financements existent. En réalité, nous consacrons près de 3 milliards d’euros en 2026 à l’adaptation. Il ne s’agit là que de nos dépenses directes.
M. le président. Veuillez conclure.
Mme Monique Barbut, ministre. Lorsque j’ai parlé d’un « mur d’investissements », je voulais dire qu’il serait nécessaire de dépenser encore davantage pour adapter notre cadre de vie : les transports, les villes, l’agriculture, etc.
M. le président. La parole est à Mme Christine Lavarde, pour la réplique.
Mme Christine Lavarde. Madame la ministre, vous avez essayé de noyer le poisson, mais les données que je vous demandais existent.
Les données du fonds vert sont accessibles. Elles sont publiées en open data par votre ministère. Je les ai regardées ce week-end et j’y ai trouvé moins de 1 400 écoles aidées en 2024 et en 2025. Vous pourrez faire l’exercice : cela ne demande que quelques clics !
En ce qui concerne la restauration des bâtiments, un peu moins de 300 millions d’euros ont été dépensés en 2024, et encore, bien souvent, il s’agit non pas de travaux d’adaptation, mais de simples changements de mode de chauffage. En 2025, 72 millions d’euros uniquement ont été dépensés.
Aujourd’hui, les citoyens n’ont pas confiance dans les politiques. Ce n’est pas en brandissant des chiffres ici, fût-ce pour faire plaisir au Président de la République, qui, en septembre 2023, avait annoncé 40 000 écoles rénovées en dix ans et 500 millions d’euros de plus sur le fonds vert en 2024, que vous redonnerez confiance aux Français. (Bravo ! et applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP. – M. Alexandre Ouizille, ainsi que Mmes Marie-Claude Varaillas et Cathy Apourceau-Poly, applaudissent également.)
aide publique au développement
M. le président. La parole est à Mme Marie-Arlette Carlotti, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Mme Marie-Arlette Carlotti. Monsieur le ministre, les acteurs du développement dénoncent une mise sous tutelle de l’Agence française de développement (AFD). Pouvez-vous nous dire clairement qui tient aujourd’hui le gouvernail de l’Agence ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité.
M. Nicolas Forissier, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l’attractivité. Qui tient le gouvernail ? Le Gouvernement ! C’est plus précisément le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, qui exerce la tutelle principale sur l’AFD. Je vous prie d’ailleurs d’excuser l’absence de Jean-Noël Barrot, qui est actuellement au Brésil et qui se rendra ensuite dans les Caraïbes, pour traiter justement de l’aide au développement et de la lutte contre le narcotrafic.
Vous m’interrogez sur la réduction des crédits de l’AFD et sur ses difficultés à faire face à l’ensemble de ses missions.