Le bureau de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat a souhaité lancer une mission d’information sur les drones, la lutte anti-drones et l’usage de l’intelligence artificielle dans ces deux domaines, dont les rapporteurs sont M. Ronan Le Gleut (LR – Français établis hors de France), M. Étienne Blanc (LR – Rhône) et Mme Hélène Conway-Mouret (SER – Français établis hors de France).

Pourquoi ce contrôle ?

Près de cinq années se sont écoulées depuis le dernier rapport de la commission consacré à la « guerre des drones » [1]. À l’époque, celle-ci soulignait déjà que les drones n’étaient plus seulement une capacité à acquérir, mais également une menace contre laquelle les armées devaient se prémunir. Visionnaire, elle mettait en garde, quelques mois avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, contre « le rôle de premier plan que les drones pourraient jouer demain sur le champ de bataille, dans le contexte d’un retour à des guerres de haute intensité ».

La commission recommandait alors de doter nos armées d’une nouvelle capacité de drones « bon marché » et « consommables », de soutenir davantage la filière industrielle nationale, de favoriser l’agilité des modes d’acquisition, de simplifier les procédures et d’assouplir la réglementation afin de gagner en efficacité. Force est de constater que les événements survenus depuis lors lui ont donné raison.

Le conflit en Ukraine se caractérise en effet par un recours massif aux drones. Ceux-ci ne sont plus seulement aériens, mais également navals et, de plus en plus, terrestres. La robotisation du champ de bataille ne relève plus de la fiction : elle constitue désormais une réalité. Dans cette nouvelle dialectique du glaive et du bouclier, les capacités de lutte anti-drones sont devenues un enjeu central.

La commission s’est déjà saisie de cette question dans un rapport consacré aux dispositifs de lutte anti-drones, établi dans la perspective des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Compte tenu de la sensibilité du sujet, ce rapport n’avait toutefois pas été rendu public et avait été transmis uniquement à la Présidence de la République et au ministère des Armées.

Depuis 2021, un nouveau facteur est venu accélérer ces évolutions : le recours croissant à l’intelligence artificielle. Celle-ci permet de réduire considérablement les boucles de décision et favorise une autonomisation toujours plus importante des systèmes. À cet égard, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé, en avril 2026, qu’une bataille avait, pour la première fois, été remportée uniquement grâce à des systèmes robotisés.

Dans ce contexte, la mission d’information lancée par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées poursuit cinq objectifs principaux :

  • établir un état des lieux des différents systèmes de drones et de robots actuellement employés sur les champs de bataille, ainsi que de leurs évolutions récentes ;
  • dresser un bilan des capacités des armées françaises en matière de drones et de lutte anti-drones, et évaluer leur adaptation à cette nouvelle réalité opérationnelle ;
  • déterminer dans quelle mesure les forces armées se sont acculturées à ces technologies qui, sans être entièrement nouvelles, conduisent à repenser les tactiques, l’entraînement et la formation ;
  • analyser l’adaptation de la base industrielle et technologique de défense (BITD) aux nouveaux besoins suscités par la robotisation du combat ;
  • s’interroger sur l’adaptation du cadre normatif applicable à ces domaines, notamment en matière de navigabilité, d’entraînement, d’emploi opérationnel et d’intégration de l’intelligence artificielle.

La mission devrait rendre ses travaux à l’été 2026.

1 Se préparer à la « guerre des drones » : un enjeu stratégique, rapport d'information n° 711 (2020-2021) de MM. Cédric PERRIN , Gilbert ROGER , Bruno SIDO et François BONNEAU , fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, déposé le 23 juin 2021