Une délégation de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées composée de MM. Cédric Perrin (LR – Territoire de Belfort), Olivier Cigolotti (UC – Haute-Loire), Etienne Blanc (LR – Rhône) et André Guiol (RDSE – Var) s'est rendue en Guyane et au Guyana du 30 septembre au 7 octobre 2025.
Pourquoi ce contrôle ?
Dans le prolongement des travaux menés il y a deux ans sur le Plateau des Guyanes, le bureau de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées a décidé de conduire une nouvelle mission dans la région. Celle-ci visait à actualiser les recommandations formulées à l’époque, alors que Stéphane Séjourné, alors ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a annoncé, le 26 mars 2024, l’ouverture d’une ambassade au Guyana en 2025 à Georgetown, capitale du Guyana. Avec l’ouverture de cette représentation le 1er septembre 2025, la France est devenue le premier État membre de l’Union européenne à disposer d’une ambassade dans ce pays. Cette ouverture fait notamment suite à une recommandation du rapport de la commission intitulé : La France en Amérique du Sud, quelles relations avec ses voisins brésilien, surinamais et guyanien ? (Rapport d'information n° 846, 2022-2023).
La mission poursuivait deux objectifs.
En premier lieu, elle visait à identifier les leviers possibles de renforcement des relations bilatérales entre la France et le Guyana. Le dynamisme économique du Guyana, porté par l’exploitation de ses ressources pétrolières et marqué par une croissance exceptionnelle ces dernières années, offre en effet une opportunité majeure pour nos entreprises. Par ailleurs, le renforcement de la coopération avec nos voisins, dont le Guyana, est indispensable pour lutter efficacement contre les activités illicites en Guyane, en grande partie « importées ».
En second lieu, et de manière liée, la mission s’est attachée à dresser un bilan de l’action des forces armées en Guyane, acteur central de la lutte contre les activités illégales (orpaillage, pêche, narcotrafic), lesquelles présentent une forte dimension régionale.
Les recommandations
Axe 1 : Approfondir la coopération régionale
- Faire aboutir le projet de création d’une zone de biodiversité protégée avec la mise en réseau du parc amazonien de Guyane et du parc national des montagnes du Tumucumaque.
- Créer un centre de coopération policière et douanière (CCPD) à Saint‑Laurent-du-Maroni.
Axe 2 : Accentuer l’efficacité des actions menées dans le cadre de la lutte contre la criminalité en Guyane
- Envisager la mise en place de zones de défense et de sécurité sur le territoire de la Guyane qui deviendraient, de facto, des zones d’exclusion pour l’orpaillage.
- Renforcer le contrôle des frontières afin d’empêcher l’entrée et l’installation des garimpeiros sur le territoire national.
- Face à la catastrophe écologique, économique et sanitaire que constitue l’orpaillage illégal et à la menace sécuritaire accrue qu’il représente, en raison de l’implication croissante des factions armées brésiliennes dans cette activité, ne plus se contenter de chercher à « contenir » ce phénomène mais le traiter à la racine en développant rapidement l’extraction légale afin d’exploiter pleinement le potentiel aurifère de la Guyane.
- Porter à 24 heures la durée maximum du report du point de départ de la garde à vue ou de la retenue douanière lorsque le transfert des personnes interpellées dans le délai légal de la garde à vue présente des difficultés matérielles insurmontables.
- Afin de lutter contre la pêche illégale, accélérer et amplifier la mise en œuvre des actions visant à développer la filière pêche.
- Concentrer les factionnaires au sein d’un nombre réduit d’établissements pénitentiaires afin d’éviter une propagation de ce phénomène en Guyane et dans l’hexagone, à l’instar de ce qui s’est passé au Brésil dans les années 1970.
Axe 3 : Poursuivre la montée en puissance des forces armées en Guyane
- Inscrire chaque année, en projet de loi de finances, les crédits nécessaires, à hauteur des coûts réels, afin de permettre la conduite à terme, dans le calendrier initialement prévu, du projet de modernisation de la BA 367.
- Construire au moins 300 places d’hébergement supplémentaires, en tenant compte de la montée en cadence des tirs depuis le centre spatial guyanais, qui nécessitera une adaptation de l’opération Titan.
- Conclure des conventions entre les forces armées et les collectivités territoriales guyanaises pour permettre l’inscription prioritaire des enfants de militaires dans les établissements scolaires de leur commune de résidence.
Axe 4 : Renforcer le partenariat avec le Guyana
- Réaffirmer le soutien de la France au principe d’intégrité territoriale et plaider en faveur d’un règlement du différend dans le respect du droit international.
- Faire de la diplomatie économique une priorité pour la nouvelle ambassade de France au Guyana, en poursuivant et renforçant les efforts déjà engagés afin de soutenir les entreprises françaises dans l’identification et l’exploitation des opportunités offertes par ce pays.
- Compte tenu du fort tropisme caribéen du Guyana, envisager le rattachement du Guyana et du Suriname au service économique du Panama, déjà compétent pour la zone caraïbe, afin de renforcer la coordination et l’efficacité des actions économiques.
- Face aux conditions de financement proposées par la Chine ou l’Inde, encourager les entreprises françaises à mettre en avant des offres globales, intégrant notamment des volets de formation et de maintenance, afin de valoriser l’expertise française et de renforcer la compétitivité sur ce marché.
- Relancer de manière régulière les réunions du groupe de travail conjoint France-Guyana afin d’en renforcer le caractère opérationnel.
- Dans le prolongement de la dernière édition du dialogue stratégique du plateau des Guyanes, étudier les possibilités de partage d’informations avec le Guyana afin de renforcer la coopération opérationnelle avec ce pays.
- Relancer le gouvernement guyanien sur le projet de convention judiciaire, visant notamment à faciliter le retour des détenus guyaniens arrivant en fin de peine dans les établissements pénitentiaires de Guyane.
- L’ouverture de l’ambassade à Georgetown doit constituer une opportunité pour avancer sur les principaux dossiers en suspens : lutte contre la pêche illicite et le transit du mercure, obtention de laissez-passer consulaires pour le rapatriement des détenus guyaniens.
- Doter la nouvelle ambassade d’une section consulaire lui permettant la délivrance de visas pour la France.