· Intervention de Mme Danielle BIDARD-REYDET, sénateur
Intervenant en fin de colloque, je me contenterai de faire quelques observations et de donner quelques exemples.
Je crois qu'il faut vraiment insister sur la position des parlementaires, qui se trouvent à la croisée des chemins entre les institutions et la société civile et au carrefour entre le choix de leur gouvernement et leur espace de liberté, de créativité et d'autonomie. En France, mais ailleurs également, on évoque une crise politique et la difficulté des citoyens de percevoir les enjeux.
Longtemps - et je ne suis pas sûre que cette époque soit terminée -, les relations internationales ont été dominées par ce que j'appellerai le droit des plus forts. Les plus forts, plus ou moins intelligemment, procèdent par faits accomplis et élaborent, qui plus est dans un certain secret et sans la participation des citoyens, des propositions qui correspondent à leurs intérêts économiques, voire à leurs intérêts stratégiques. Il est impératif de réinvestir le secteur des grandes puissances, ce secteur économique et financier. Notre discussion d'aujourd'hui montre qu'il existe un champ intéressant et dans lequel nous pouvons intervenir.
M. Ivan LEVAÏ
Vous tenez compte, Madame, des deux faits nouveaux : le monde n'est plus bipolaire et la construction européenne a considérablement avancé.
Mme Danielle BIDARD-REYDET
Bien sûr. Je suis persuadée que les parlementaires ont un rôle différent à jouer dans ce nouvel ordre mondial, à construire sur une base inédite faite de valeurs démocratiques. Nous devons vraiment nous atteler à développer cette sphère, sinon les relations internationales continueront d'être régies par les intérêts économiques et la voix des peuples ne sera jamais entendue.
Tout à l'heure, nous avons parlé du Proche-Orient. Pour ma part, j'ai créé une association qui s'appelle « Pour Jérusalem ». Au Sénat, nous avons organisé beaucoup de réunions sur ce sujet, qui ont été perçues de manière positive par les personnes qui y assistaient. J'ai également conduit des délégations au Proche-Orient en tant que parlementaire mais également en tant que membre de l'association, et organisé des rencontres-débats dans les villes françaises qui le souhaitaient, avec une réelle volonté d'informer, de débattre et de trouver des solutions qui s'inscrivent dans une optique de recherche de la justice et ne soient pas imposées par le dominant ou le plus fort.
En conclusion, je dirai qu'il y a un travail en continu à fournir par les parlementaires, pour contribuer à construire des réponses qui ne sont certes pas évidentes mais en tous les cas indispensables. Pour répondre à la question posée par l'intitulé de la table ronde, je dirai que les nouvelles frontières dans les relations internationales et les missions des parlementaires, ce sont celles que les parlementaires se donneront eux-mêmes, d'une part en tenant compte de leur liberté d'action et, d'autre part, de la responsabilité qu'ils pensent absolument indispensable.
M. Ivan LEVAÏ
A propos de l'article du Monde évoquant la recherche par Matignon d'un conseiller anti-mondialisation, je préciserai que ce serait M. Schrameck qui aurait annoncé cela à M. Aguitton, représentant d'ATTAC et auteur d'un livre intitulé Le monde nous appartient. M. Legendre, le monde appartient-il aussi aux parlements ?