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La Bosnie-Herzégovine quinze ans après Dayton : combler les retards d'avenir

 

CONCLUSION

La Bosnie-Herzégovine est à la croisée des chemins. Prisonnière de logiques empruntées au passé, elle se doit de s'en affranchir si elle entend devenir un État moderne et adhérer, à terme, à l'Union européenne. Le défi est de taille tant il doit mettre fin à une guerre larvée entre les mémoires des communautés. Il implique une réconciliation pleine et entière entre les peuples constitutifs de la Bosnie-Herzégovine et l'abandon concomitant des reflexes identitaires.

Un tel travail ne peut se faire sans l'appui de la communauté internationale en général et de l'Union européenne en particulier. Ce soutien ne peut prendre la forme de celui actuellement mis en place, qui répond encore trop à une logique d'immédiat après-guerre. L'assistance respiratoire doit être modulée en vue de mieux responsabiliser les élites politiques et obliger celles-ci à entreprendre les réformes indispensables. La communauté internationale doit également appuyer les initiatives venant de la société civile en vue de faire émerger une véritable citoyenneté bosnienne.

Des priorités doivent, à cet égard, être dressées. L'éducation en est une. La mise en oeuvre d'une véritable politique d'éducation nationale à destination de tous les enfants, mélangés au sein d'écoles publiques, relève de l'urgence, tant le système actuel contribue à diffuser l'idée d'une réconciliation impossible et renvoie les élèves à leur communauté d'origine, sans sens de l'ouverture vers l'autre. La signature de l'accord de stabilisation et d'association entre la Bosnie-Herzégovine et l'Union était conditionnée à un consensus entre les forces politiques bosniennes sur la réforme de la police. La question de l'enseignement doit désormais être considérée comme le préalable à toute nouvelle avancée en matière de coopération.

La France a un rôle important à jouer en la matière, au travers notamment des initiatives du Centre André Malraux. Le soutien financier à cette association apparaît indispensable au regard de son action en faveur de l'émergence d'une véritable citoyenneté bosnienne, ouverte sur le monde. De nouvelles formes de partenariat doivent être trouvées, notamment avec les collectivités territoriales en vue de garantir la pérennité de cette organisation. Par delà le Centre, toutes les initiatives culturelles méritent un soutien concret de notre part. La transformation des habitudes mentales qu'induit la modernisation de la Bosnie-Herzégovine passe par de telles actions, aptes à réveiller les consciences.

Dans son essai Qu'est ce qu'une Nation ?, Ernest Renan écrivait qu'une nation était un plébiscite de tous les jours. Le groupe interparlementaire entend accompagner la mise en oeuvre d'une telle consultation et permettre à la Bosnie-Herzégovine de combler ses retards d'avenir. 200 000 personnes sont mortes au cours du conflit. Les collines entourant Sarajevo sont blanchies par les stèles funéraires qui leurs sont dédiées. Le maintien d'un statu quo contribuerait à renforcer l'absurdité de leur décès. Ces disparus nous obligent.