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Projet de loi de finances pour 2021 : Cohésion des territoires (Politique de la ville)

19 novembre 2020 : Budget 2021 - Cohésion des territoires (Politique de la ville) ( avis - première lecture )

B. UN BUDGET 2021 EN TROMPE-L'oeIL

Le Gouvernement va même plus loin, il présente un budget en forte augmentation, mais en trompe-l'oeil, c'est le second temps de l'occultation.

Il annonce en effet une augmentation de 46 millions d'euros soit une hausse de 9,8 %, mais il s'agit d'autorisations d'engagement. Les crédits de paiement n'augmentent, eux, que de 21 millions d'euros. La différence s'explique par le fait que, d'un côté, on a inscrit + 15 millions d'euros en autorisations d'engagement en faveur de l'ANRU, et que, de l'autre côté, on constate une baisse de 10 millions d'euros des crédits de paiement en défaveur de l'ANRU. C'est une sorte de « tour de passe-passe » budgétaire. Ces nouvelles autorisations d'engagement ne sont pas utiles puisque 200 millions d'euros d'autorisations d'engagement ont déjà été inscrits en 2018 et 2019 et n'ont pas été entièrement décaissés !

C. UN RISQUE DE DÉCROCHAGE

Du respect formel des engagements à l'illusion d'une forte augmentation, on passe au troisième temps, celui de l'oubli dans le plan de relance alors que les quartiers sont en plein désarroi.

Que disent les 101 maires dans l'appel du 14 novembre ? Partout sur le terrain, les signaux sont au rouge.

Les quartiers populaires sont deux fois plus infectés par la Covid-19 en raison notamment de l'exiguïté des logements et de la typologie des métiers exercés. C'est ce qu'a montré l'enquête de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, l'INSERM, dans l'étude EpiCov (épidémiologie et conditions de vie) publiée le 9 octobre dernier. Ces données sont corroborées par celle du Pr Guy Burgel du Laboratoire de géographie urbaine de l'université de Paris-Nanterre, qui fait ressortir une surmortalité importante par rapport aux zones plus aisées.

De plus, la crise sanitaire a provoqué une très grave crise économique et sociale. Les demandes d'aide alimentaire explosent. À Mantes (Yvelines), le nombre de tickets alimentaires distribués a doublé entre 2019 et 2020. Les demandes de RSA progressent massivement. D'octobre 2019 à octobre 2020, le nombre de bénéficiaires a augmenté de 20 % à Grigny (Essonne). Il a doublé à Arras (Pas-de-Calais). Le chômage augmente. + 13 % à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines. Il aurait doublé à Reims (Marne).

Or, les maires dénoncent aujourd'hui une véritable « non-assistance à territoires en danger ». Selon eux, un virus bien plus dangereux que la Covid-19 se répand dans les quartiers, celui du « décrochage de la République ». « En dépit des alertes, les quartiers populaires restent un angle mort du plan de relance, aucune mesure ambitieuse n'a été prise ».

Déjà, dans le rapport intitulé Tirer les leçons de la crise, construire pour demain d' Annie Guillemot et Dominique Estrosi Sassone sur la crise sanitaire et les mesures de relance pour notre commission, le diagnostic avait été posé. Elles alertaient sur les conséquences du confinement dans ces territoires fragilisés et elles demandaient la mise en oeuvre d'une politique ambitieuse à la fois de médiation sociale en direction de la jeunesse et de construction à travers l'ANRU. Elles soulignaient en outre qu'après la crise de 2008, les quartiers avaient fait l'objet d'une attention toute particulière.