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Projet de loi portant engagement national pour l'environnement

 

d) Soutenir le développement des éco-activités : un secteur de poids encore restreint mais dynamique

Quelle que soit la méthodologie utilisée pour mesurer les impacts économiques du Grenelle, il apparaît que les éco-activités vont connaître dans les années à venir un développement important. Il est donc intéressant de faire un point particulier sur cet ensemble d'activités.

Les « éco-activités » sont les filières tournées soit vers la prévention, la réduction ou la suppression des dégradations de l'environnement, soit vers la production d'énergie renouvelable ou l'amélioration de l'efficacité énergétique.

Un rapide tour d'horizon permet de mesurer les enjeux de leur développement.

D'ores et déjà, la dépense de protection de l'environnement atteint en France 36,2 milliards d'euros, soit 2 % du produit intérieur brut. Cet agrégat, mesuré chaque année par l'INSEE, indique l'effort financier des ménages, des entreprises et des administrations publiques pour la prévention, la réduction ou la suppression des dégradations de l'environnement. On y inclut la gestion des eaux usées, la collecte et le traitement des déchets, le nettoyage des rues, la protection de la biodiversité et des paysages, la prévention de la pollution de l'air, y compris les achats de biens et services liés à des pratiques moins polluantes (par exemple, les carburants "propres"), la lutte contre le bruit et la recherche et développement en matière d'environnement.

Sans relever de la protection de l'environnement stricto sensu, les activités liées à la mobilisation de la ressource en eau, à sa récupération et à son recyclage, et à la gestion des espaces verts lui sont étroitement liées. On tenant compte de ces activités, la dépense nationale liée à l'environnement atteint 52,8 milliards d'euros et l'emploi, un peu moins de 400 000 personnes.

EMPLOI DANS LES ÉCO-FILIÈRES DE LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT
EN FRANCE EN 2007

Source : IFEN.

Les éco-filières de l'énergie occupent elles aussi un poids conséquent. Le marché de l'amélioration de l'efficacité énergétique, dans les bâtiments et dans les transports, représente, en 2007, 24 milliards d'euros. En dénombrant les seuls emplois directs, l'efficacité énergétique des bâtiments génère presque 100 000 emplois (87 000 pour la rénovation thermique et 12 000 pour les équipements de chauffage) et l'efficacité énergétique dans les transports, 70 000 emplois. Enfin, la production d'énergie renouvelable représente un chiffre d'affaires de 9,5 milliards d'euros et 50 000 emplois.

Pour l'avenir, toutes les estimations font ressortir de fortes perspectives de croissance.

Ainsi, au niveau national, d'après un rapport de décembre 2008 commandé par le ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire au Boston consulting group, les dépenses de protection de l'environnement devraient connaître un essor soutenu d'ici 2012, avec notamment un doublement du marché de traitement de l'air et du bruit (2 à 4 milliards d'euros), un triplement du marché de la préservation des milieux naturels et de la biodiversité (1 à 3 milliards d'euros), une augmentation de 30 % de celui de la gestion des déchets (de 10 à 13 milliards d'euros) et de celui de l'eau et de l'assainissement (de 16 à 21 milliards d'euros). Cela pourrait se traduire par la création d'environ 10 000 emplois équivalent temps plein.

Les filières de l'éco-énergie s'inscrivent dans une dynamique encore plus soutenue, avec par exemple une multiplication par 13 du marché national du photovoltaïque d'ici 2020, à la fois du fait du renchérissement du prix du pétrole et des incitations mises en place par les pouvoirs publics. L'emploi dans ces filières devrait donc doubler d'ici 2012 pour atteindre 440 000 emplois équivalent temps plein et il pourrait même tripler d'ici 2020.

ÉVOLUTION DE L'ACTIVITÉ ET DE L'EMPLOI DANS LES FILIÈRES DE L'ÉCO-ÉNERGIE

 

2007

2020

 

emploi

chiffre d'affaire (Md€)

emploi

chiffre d'affaire (Md€)

Energie renouvelables (ENR)

52.000

9,4

120.000

24

Systèmes de production d'ENR

34.000

5,9

87.000

15,8

Vente d'ENR

18.000

3,5

33.000

7,9

Efficacité énergétique

169.000

24

320.000

46

Bâtiment

98.000

9,1

216.000

22

Transports

71.000

15

105.000

24

Total

220.000

33

440.000

70

Source : Ademe, juillet 2008.

Au total, en agrégeant les données relatives à l'ensemble des éco-activités, les principaux chantiers du Grenelle de l'environnement pourraient, d'ici 2020, générer 600.000 emplois directs ou indirects, chiffre d'autant plus significatif qu'il s'agit d'emplois peu ou pas délocalisables. L'emploi dans ces filières s'établirait ainsi à près d'un million à cette date.

Au-delà du marché domestique, les entreprises françaises spécialisées dans la production de biens ou de services environnementaux ont également devant elles des perspectives considérables de croissance des marchés mondiaux, notamment dans les pays émergents. Ainsi, le marché mondial du solaire photovoltaïque pourrait représenter entre 90 et 140 milliards d'euros en 2020 et celui de l'eau et de l'assainissement atteindre 650 milliards d'euros

PROJECTIONS 2007-2020 DES MARCHÉS ET DES PRODUCTIONS CUMULÉES DE PHOTOPILES AU NIVEAU MONDIAL

 

 

Source : Ministère de l'industrie.

On peut rappeler que plusieurs entreprises françaises font déjà partie des leaders mondiaux en matière d'eau potable, d'énergie, d'assainissement des eaux ou de traitement des déchets et ces « champions nationaux » ont naturellement vocation à exporter encore plus largement leur savoir-faire pour répondre à une demande mondiale croissante, tirée par la demande des grands pays émergents.

Mais il faut également accompagner le développement des éco-filières récentes et encore peu structurées pour leur permettre de « grandir » et de s'affirmer elles-aussi sur le marché international. À cet égard, les mesures du Grenelle, bien que tournées principalement vers le marché domestique, sont susceptibles d'avoir un impact positif sur la compétitivité de ces filières nouvelles pour deux raisons :

- l'impulsion donnée à la demande nationale leur offre un débouché assez large et stable pour leur permettre d'exploiter les gains de productivité associés aux effets d'apprentissage et à une production sur une échelle plus importante ; de la sorte se construit un avantage comparatif exploitable ensuite sur le marché mondial. Il faut noter à ce sujet que la plupart des pays industriels mènent des politiques analogues et qu'un pays qui ne soutiendrait pas ses entreprises en favorisant l'apparition d'un marché domestique porteur les placerait dans une situation de handicap par rapport à leurs concurrentes situées dans des pays plus volontaristes dans ce domaine ;

- en favorisant la recherche et l'innovation dans les énergies renouvelables, on permet aux entreprises de rester à la pointe des évolutions techniques dans des filières situées à la frontière technologique où ces évolutions sont très rapides.