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Projet de loi relatif à une liaison ferroviaire entre Paris et l'aéroport Paris-Charles de Gaulle

26 octobre 2016 : Liaison ferroviaire Paris-aéroport Charles de Gaulle ( rapport - première lecture )

II. LA POSITION DE VOTRE COMMISSION

A. UN PROJET D'INTÉRÊT GÉNÉRAL INDISPENSABLE À LONG TERME

À l'heure actuelle, l'absence de ligne dédiée pour le plus grand aéroport de France et le second d'Europe est une anomalie française : Paris reste l'une des dernières capitales de taille mondiale à ne pas disposer d'une liaison ferroviaire directe entre son centre et sa principale plate-forme aéroportuaire. Ce déclassement par rapport aux standards des grands aéroports internationaux nuit au prestige et à l'image de la France.

À l'étranger, de nombreux aéroports ont une desserte ferroviaire dédiée entre la ville et l'aéroport, qui proposent des trajets directs en un temps compris entre 15 et 50 minutes selon l'éloignement de l'aéroport, avec des intervalles de passages compris entre 10 et 30 minutes. Ces dessertes ont pour point commun d'offrir une qualité de service élevée (Wi-Fi gratuit, service « VIP » ou « première classe ») et une fiabilité qui les rendent efficaces par rapport aux transports concurrents. Elles captent entre 10% et 30% de la clientèle aérienne hors correspondances de leurs aéroports.

Ce manque fondamental dans nos infrastructures est d'autant plus apparent lorsque l'on considère la zone de chalandise de l'aéroport : 95% des usagers se situent à moins d'une heure d'accès. Dès lors, l'asphyxie des autoroutes A1 et A3 et la saturation du RER B hypothèquent directement l'avenir de Paris-CDG face à ses concurrents, au premier rang desquels figure Amsterdam Schiphol, accessible en 1h20 de Thalys. A fortiori, le réseau autoroutier présente un risque de saturation accru du fait de l'implantation récente du centre commercial Aéroville à proximité de l'aéroport, et du développement de deux projets, l'un le long de l'autoroute A1 (Europa City), l'autre dans la zone du Bourget, qui devraient amener une augmentation supplémentaire du trafic.

Liaison

Distance (km)

Meilleur temps de trajet (min)

Vitesse (km/h)

Fréquence (min)

Trajet plein tarif

Taux d'utilisation (% des passagers de l'aéroport)

Airport Express (Hong-Kong)

34

24

85

10

10,3 - 11,5

25%

Flytoget (Oslo)

47

19

148

10

19,6 - 28,3

36%

Gatwick Express (Londres)

43

30

86

15

23,6

16%

Heathrow Express (Londres)

22

15

88

15

26,1 - 32,1

12%

Aero Express (Moscou)

45

45

60

20

5,8

33%

Arlanda Express (Stockholm)

39

20

117

15

29,5

19%

Narita Express (Tokyo)

65

53

74

30

26,4

11%

CDG Express (Paris) (estimations)

32

20

96

15

24

10%

Source : Direction générale de l'aviation civile (DGAC)

Au regard de ces éléments, votre rapporteur juge le projet CDG Express indispensable pour l'attractivité de la région parisienne, et plus largement de notre pays. D'abord parce que Paris demeure la première destination touristique au monde, en dépit des attentats qui nous affectent profondément depuis 2015. Le nombre de voyageurs ne cesse de s'accroître et on attend un milliard de touristes supplémentaires dans le monde au cours des vingt prochaines années. La France a l'ambition de capter une part importante de ces flux et espère d'ores et déjà accueillir 100 millions de touristes à horizon 2020 (contre 85 millions par an actuellement). De son côté, Aéroports de Paris se prépare à accueillir 10 millions de touristes supplémentaires dans les dix prochaines années.

Malheureusement, l'accueil réservé aux touristes qui débarquent à Paris-CDG n'est pas à la hauteur de cette ambition : les touristes chinois et indiens sont perdus, et parfois rançonnés, dans le RER B ; ceux qui préfèrent le taxi ou le bus attendent parfois deux heures dans les embouteillages. Un récent sondage mené par le ministère des affaires étrangères auprès de ses ambassades a montré que la qualité de l'accès à cet aéroport est le premier élément nuisant à notre réputation à l'international. L'enjeu économique est important pour la région parisienne, lorsque l'on sait qu'un million de passagers supplémentaires à Paris-CDG représente 400 millions d'euros de valeur ajoutée et 4 500 emplois créés (dont 1 400 emplois directs). Les conséquences s'étendent d'ailleurs bien au-delà de la seule capitale et affectent l'ensemble des flux touristiques, à destination de la Normandie ou des Pays de la Loire par exemple.

À côté du tourisme de loisir, l'attractivité de Paris se mesure également à sa capacité à attirer des événements ou des activités liés à son rôle de métropole mondiale. À commencer par notre candidature aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 et à l'Exposition universelle de 2025, qui servent d'horizon pour la mise en oeuvre du CDG Express : le projet figure d'ailleurs parmi les éléments communiqués au Comité International Olympique. Plus largement, la connectivité et la simplicité des connexions sont un élément déterminant pour notre clientèle d'affaires : un congrès médical permet par exemple, à lui seul, d'attirer cinq à six mille praticiens du monde entier. A fortiori, avec le Brexit, beaucoup d'entreprises seraient en train d'effectuer des démarches pour relocaliser éventuellement leurs activités au sein du marché unique. Le CDG Express contribuera à donner une image de modernité et d'efficacité de la France, et risque d'être déterminant dans les choix de localisation de ces entreprises, par rapport à d'autres villes concurrentes comme Milan, Francfort ou Dublin.

Enfin, cette liaison contribuera également au respect de nos engagements en faveur du climat et à l'atteinte de nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En son absence, la moitié des 6 à 7 millions de passagers attendus utiliserait la voiture. La part modale de la route dans la desserte de l'aéroport passerait ainsi de 56% actuellement à 40% en 2025 : 71 millions de véhicules-kilomètres seraient retirées de la route en 2025 (et jusqu'à 94 millions en 2050) ce qui permettra de réduire la pollution atmosphérique (6 500 tonnes de CO2 économisées chaque année).

Pour toutes ces raisons - prestige et image de la France, attractivité économique, externalités positives pour l'environnement - votre rapporteur est favorable à ce projet d'intérêt général, dont les bénéfices s'apprécieront dans le temps long.