D. UN RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE EN TROMPE L'oeIL

Après la crise du « janvier sanglant » de 2022, le président Tokaiev a annoncé le lancement d'un ambitieux projet baptisé Zhana Kazakhstan (« Nouveau Kazakhstan »), prévoyant un vaste programme de démocratisation et de modernisation des institutions, dont le maître mot était de créer un « État à l'écoute »34(*) censé engager la transition du régime superprésidentiel vers une république présidentielle dotée d'un Parlement fort.

C'est ainsi que des mesures de transparence budgétaire, économique et financière ont été prises, le régime d'autorisation des manifestations sur la voie publique a été assoupli, et la peine de mort abolie. Ces avancées ont été affichées dans le troisième rapport périodique du Kazakhstan au Conseil des droits de l'homme des Nations unies, en janvier dernier, qui cherche à présenter le pays comme un État exemplaire et moteur en matière de droits de l'homme en Asie centrale.

Trois ans après ces annonces, force est cependant de constater que des pratiques récurrentes - fraudes électorales, pressions sur les observateurs, exclusion des forces politiques indépendantes - témoignent de la persistance de mécanismes autoritaires et conduisent à relativiser l'impact des réformes conduites35(*). L'étude de l'IFRI précitée souligne par ailleurs que le Code pénal kazakhstanais prévoit depuis 2023 des mesures à l'encontre des « fausses informations », visant en premier lieu les journalistes36(*) et opposants politiques, ainsi que des dispositions concernant les « agents étrangers » inspirées de la législation russe ; la possibilité de censure a été élargie en 2024 ; les persécutions et arrestations de journalistes et militants politiques se sont intensifiées37(*) ; enfin l'assassinat en juin 2024 de l'opposant Aidos Sadykov, a constitué un signal d'alarme pour la société civile kazakhstanaise.

Par ailleurs le Kazakhstan a adopté en 2022 une loi - inspirée de la législation russe - contre la promotion des « orientations sexuelles non traditionnelles »38(*).

Au total, Reporters sans frontières classe le Kazakhstan à la 141ème place sur 180 pays39(*), score médiocre et en régression par rapport à 2022, où le pays occupait la 122ème place.

Par ailleurs, d'après Transparency international40(*), malgré une progression régulière (le pays a gagné 12 points au cours de la dernière décennie), la corruption demeure endémique, au Kazakhstan, qui n'atteint qu'un score de 40/100 (90/100 pour le Danemark).

C'est pourquoi, malgré des avancées qu'il convient de saluer, le bilan de ce « Nouveau Kazakhstan » apparaît à ce stade décevant, et l'affirmation de l'État de droit et des droits humains constitue encore pour le pays un défi majeur.


* 34 Cf https://euractiv.fr/news/le-kazakhstan-place-les-droits-de-lhomme-au-coeur-de-sa-gouvernance-pour-donner-lexemple-dans-la-region/

* 35 C'est ainsi qu'alors que les partis d'opposition se voient opposer des obstacles administratifs empêchant leur enregistrement, des partis peu connus ou créés ad hoc sont mis en avant, donnant une illusion de pluralisme.

* 36 Cf https://rsf.org/fr/kazakhstan-rsf-dénonce-le-non-renouvellement-des-accréditations-de-rferl-une-décision-politique.

* 37 Condamnation en 2023 de l'opposant pro-démocratie Marat Zhilanbaev, et, en 2024, du journaliste Duman Mukhammedkarim, à sept ans de prison pour « financement d'une organisation extrémiste » ; condamnation de l'opposant pro-démocratie Zhanbolat Mamai à six ans de prison pour « organisation de troubles massifs » ; par ailleurs, le renouvellement des accréditations de sept journalistes de Radio Azattyk, bureau kazakh de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) a été refusé en août 2025.

* 38 Cf https://www.liberation.fr/international/asie-pacifique/le-kazakhstan-vote-une-loi-visant-a-interdire-la-propagande-lgbt-20251112_CFW4JW4LMJBE7AKZHZIZGZT3HI/

* 39 Cf https://rsf.org/fr/pays/kazakhstan.

* 40 Cf https://transparency-france.org/wp-content/uploads/2025.

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