B. UN VOLUME QUI PROGRESSE DE FAÇON DYNAMIQUE POUR REVENIR SUR LES EFFETS DE L'INFLATION

Dans l'ensemble, la Commission propose un plafond d'engagements de 1 985 milliards d'euros (prix courants, soit 1 763 milliards d'euros en prix de 2025) et un plafond de paiements de 1 980 milliards d'euros (prix courants, soit 1 761 milliards d'euros en prix de 2025) pour la période 2028-2034.

Proposition de CFP 2028-2034 de la Commission européenne

(en millions d'euros)

 

2028

2029

2030

2031

2032

2033

2034

Total

En prix courants, avec déflateur de 2 %

1. Cohésion, agriculture, pêche, sécurité...

163 088

160 860

158 053

155 565

152 274

140 140

132 240

1 062 220

2. Compétitivité, prospérité et sécurité

66 875

81 300

83 176

87 312

88 611

90 706

91 614

589 594

3. Europe dans le monde

24 555

25 127

25 578

30 603

35 761

36 442

37 137

215 203

4. Administration

14 945

15 584

16 281

16 870

17 466

18 062

18 669

117 877

TOTAL DES CRÉDITS D'ENGAGEMENT

269 463

282 871

283 088

290 350

294 112

285 350

279 660

1 984 894

TOTAL DES CRÉDITS DE PAIEMENT

269 964

300 706

297 058

292 784

277 406

274 662

267 480

1 980 060

En prix de 2025

1. Cohésion, agriculture, pêche, sécurité...

153 681

148 610

143 153

138 137

132 563

119 607

110 652

946 404

2. Compétitivité, prospérité et sécurité

63 017

75 108

75 335

77 530

77 141

77 416

76 658

522 205

3. Europe dans le monde

23 138

23 213

23 166

27 174

31 132

31 103

31 074

190 000

4. Administration

14 083

14 397

14 746

14 980

15 205

15 415

15 621

104 447

TOTAL DES CRÉDITS D'ENGAGEMENT

253 919

261 328

256 400

257 822

256 041

243 541

234 005

1 763 056

TOTAL DES CRÉDITS DE PAIEMENT

254 393

277 805

269 054

259 983

241 498

234 421

223 815

1 760 969

Source : commission des finances d'après la Commission européenne

La proposition de la Commission européenne se situe à 1,26 % du revenu national brut européen, en intégrant le remboursement du plan NGEU qui s'élève à 0,11 % du RNB de l'UE. En excluant cette dépense, le volume proposé pour le prochain CFP est donc du même ordre que celui du CFP en vigueur.

Comparaison des CFP 2021-2027 et 2028-2034

(en %du RNB de l'UE)

Source : commission des finances d'après le service de recherche du Parlement européen (EPRS)

Cette simple comparaison est toutefois trompeuse. En effet, entre 2021 et 2024, la forte inflation et la hausse des taux d'intérêt ont largement affaibli le pouvoir d'achat du budget européen. En effet, le mécanisme d'ajustement des plafonds de crédits, fondé sur un déflateur fixe de 2 %, n'a pas compensé l'inflation effective, estimée à 3,49 % sur la période.

Taux d'inflation annuel dans l'Union européenne
(indice des prix à la consommation harmonisé)

Source : commission des finances d'après Eurostat

De surcroît, la survenance de pics d'inflation dès 2022 et 2023 a entrainé des effets cumulatifs, l'impact de l'inflation s'ajoutant année après année, dévalorisant d'autant plus les plafonds du CFP 2021-2027.

Comparaison de l'évolution des plafonds réels du CFP 2021-2027, selon le niveau d'inflation (fixe à 2 % ou observée8(*)) ; impact budgétaire de cette différence

Note de traduction : « MFF ceiling » - plafond du CFP ; « loss in purchasing power » - perte de pouvoir d'achat ; « rhs scale » - échelle de droite ; « with 2 % deflator » - avec un déflateur de 2 % » ; « with actual inflation » - avec l'inflation réelle.

Source : Commission européenne

Par conséquent, le simple fait que la Commission maintienne une proposition d'ambition égale au CFP précédent entraine un choc budgétaire à la hausse de 59 % aux prix courants, 39 % aux prix de 2025.

Comparaison des plafonds des engagements
entre le CFP actuel et le CFP proposé

(en milliards d'euros)

Source : Cour des comptes européenne, sur la base de données de la Commission européenne

En outre, ce constat a amené la Commission européenne à revoir sa prise en compte budgétaire de l'inflation : ainsi, alors qu'un déflateur fixe de 2 % a été appliqué aux plafonds de crédits pour le CFP 2021-2027, indépendamment de l'inflation réelle, la Commission propose désormais de n'ajuster les plafonds chaque année de 2 % que lorsque l'inflation se situe entre 1 % et 3 %, les plafonds devant sinon être ajustés sur la base de l'inflation réelle9(*). Interrogée sur ce point, la direction du budget indique, dans ses réponses écrites au questionnaire du rapporteur, que « les autorités françaises ont réitéré à plusieurs reprises leur forte réserve concernant cette proposition de déflateur dynamique, en raison des effets que cela pourrait avoir sur la prévisibilité des contributions nationales. »

Enfin, le Parlement européen ne se satisfait pas du niveau de cette proposition. Le rapport provisoire de sa commission des budgets demande ainsi à ce que le niveau du prochain CFP « soit fixé à 1,27 % du RNB de l'UE, hors remboursements au titre de NGEU », arguant que ce niveau « constitue le minimum absolu pour permettre à l'Union de relever les défis majeurs, notamment le retour de la guerre à grande échelle dans le voisinage immédiat de l'Union, un contexte économique et social extrêmement difficile, un déficit de compétitivité et l'aggravation des crises climatiques et de la biodiversité ».


* 8 Estimations de la Commission européenne pour les années 2025-2027.

* 9 La direction du budget précise que « la proposition de la Commission ne correspond toutefois pas à une simple indexation sur l'inflation car cette dernière permet d'avoir un déflateur fixe en dehors de choc d'inflation (au-delà de 3% d'inflation annuelle anticipée) et donc d'assurer la prévisibilité pour les bénéficiaires des fonds et pour les États membres. »

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