III. LE RENFORCEMENT DE L'IMPLICATION DES PÈRES DANS LEURS TÂCHES PARENTALES (OLIVIER HENNO)

A. L'INVESTISSEMENT PATERNEL, UN ENJEU ESSENTIEL

1. Les effets de l'investissement paternel précoce sur l'équilibre familial

L'investissement des pères durant les premières années de la vie d'un enfant présente des effets durables sur le foyer familial. Plus un père est présent auprès de son enfant après sa naissance, plus il sera susceptible de s'impliquer dans le travail domestique du foyer. En effet, cette présence permet de « créer précocement des habitudes, des compétences et une légitimité paternelle dans le travail familial »93(*).

L'implication des pères participe directement au développement de l'enfant, en particulier sur le plan cognitif, affectif et relationnel. Le père participe davantage aux décisions relatives à l'enfant, ce qui allège la charge pesant sur la mère et limite la spécialisation des rôles parentaux. Le développement de l'enfant invite donc à « passer d'une logique centrée sur la libération du temps des femmes à une logique qui transforme aussi la place des hommes dans la famille »94(*).

2. Les attentes sociales et les représentations de la paternité

Aujourd'hui, les pères ne se considèrent plus majoritairement comme le pourvoyeur de ressources pour le foyer domestique, comme cela pouvait être le cas auparavant, même s'ils estiment encore que c'est davantage leur responsabilité que celle de la mère95(*).

Les jeunes pères valorisent socialement le fait d'être présent auprès de leur enfant, mais cette présence concerne principalement les activités les plus divertissantes auprès des enfants96(*). Si les perceptions de la paternité varient selon les caractéristiques sociales des parents, la présence paternelle auprès des enfants est désormais particulièrement valorisée, en opposition à la figure du père absent. Ainsi, « les pères cherchent à nouer des liens intimes avec leurs enfants, à être reconnus comme une figure de référence pour ces derniers »97(*).

Les femmes attendent de plus en plus des hommes une implication accrue dans le foyer domestique. Il s'agit parfois d'une condition pour la réalisation du désir d'enfants dans les discussions au sein du couple, bien que « les femmes se montrent souvent déçues après la naissance de l'écart entre ce qu'elles espéraient de l'investissement de leur conjoint ou des engagements de leur conjoint et l'investissement réel de ce dernier »98(*).

Une fois en couple, les couples ont en revanche tendance à s'accommoder de la distribution inégalitaire du travail domestique99(*).

3. Une contribution à la réduction des inégalités de genre, économiquement coûteuses

Dans une note100(*) de 2024 du Conseil d'analyse économique, Emmanuelle Auriol, Camille Landais et Nina Roussille estiment que « le coût économique des inégalités de genre sur le marché du travail est de l'ordre de la dizaine de points de PIB. Il est dû avant tout à une mauvaise allocation des talents qui bride la productivité à long terme de l'économie ».

C'est notamment pour cette raison qu'ils préconisent diverses mesures, dont une nouvelle réforme du congé de paternité (cfinfra).

4. Un effet peu clair sur la natalité

L'hypothèse « selon laquelle les femmes auraient des intentions de fécondité plus importantes lorsque les hommes s'investissent davantage dans les tâches domestiques parentales, et qui adhèrent à l'idée selon laquelle ils doivent s'investir dans la sphère familiale »101(*) est suggérée par la littérature scientifique sur le sujet102(*), sans que le lien de causalité ne soit clairement démontré.

Dans les pays nordiques, alors qu'une baisse de la natalité a été observée lors de l'insertion des femmes sur le marché du travail, la natalité est progressivement remontée grâce à l'utilisation massive par les hommes des congés parentaux à leur disposition. Les pères ont adapté leur investissement dans la sphère professionnelle à une plus grande implication dans les tâches parentales.

Le rapport entre la vision de la paternité des pères et l'envie des femmes de devenir mères demeure complexe. En effet, les couples se déclarant comme ayant une conception égalitaire de l'implication des hommes et des femmes dans le foyer domestique veulent généralement moins d'enfants que les couples ayant une vision asymétrique de l'implication domestique, sans toutefois qu'il soit simple d'isoler cette variable comme le facteur déterminant dans le désir d'enfants103(*).


* 93 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.

* 94 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.

* 95 Réponse de Marta Dominguez-Folgueras au questionnaire du rapporteur.

* 96 Alix Sponton, Se montrer présent. Réception du congé de paternité, parentalités et masculinités de la grossesse à la petite enfance, thèse de doctorat, 2023.

* 97 Réponse d'Alix Sponton au questionnaire du rapporteur.

* 98 Réponse de Myriam Chatot au questionnaire du rapporteur.

* 99 Réponse de Marta Dominguez-Folgueras au questionnaire du rapporteur.

* 100 Emmanuelle Auriol, Camille Landais, Nina Roussille, « Égalité hommes-femmes : une question d'équité, un impératif économique », Les notes du conseil d'analyse économique, n° 83, novembre 2024.

* 101 Réponse d'Alix Sponton au questionnaire du rapporteur.

* 102 Lire notamment A. Raybould, R. Sear, « Children of the (gender) revolution: A theoretical and empirical synthesis of how gendered division of labour influences fertility », Population Studies, 2021.

* 103 Milan Bouchet-Valat, Laurent Toulemon, « Les Français veulent moins d'enfants », Population et Sociétés, 2025.

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