B. DES DISPOSITIFS COÛTANT ENTRE 0,5 ET 1 MILLIARD D'EUROS PAR AN
L'éducation des hommes à la parentalité coûte entre 0,5 et 1 milliard d'euros par an, essentiellement du fait du congé de paternité.
1. Le congé de paternité : le principal levier d'action publique pour impliquer les pères dans leurs tâches parentales
Historiquement, en France, la politique familiale a soutenu l'emploi des femmes en cherchant à les soulager du travail domestique, principalement grâce au développement des modes de garde104(*). Or, s'il est souhaitable d'agir sur les dispositifs permettant aux femmes de travailler, la politique familiale se concentre moins sur le volet inverse, c'est-à-dire l'implication des hommes dans la sphère familiale105(*).
Le rapporteur regrette le faible nombre de dispositifs visant à encourager l'investissement des pères dans la sphère familiale, ainsi que leur éducation à la parentalité. Le congé de paternité en constitue le principal édifice.
Le coût du congé de paternité a été de 663 millions d'euros en 2023106(*).
a) La réforme du congé de paternité en 2021
Instauré à compter du 1er janvier 2002, le congé de paternité permettait initialement aux pères, à la naissance ou à l'adoption de leur enfant, de prendre un congé de 11 jours calendaires consécutifs ou 18 jours en cas de naissances multiples. Versé sous forme d'indemnités journalières par l'assurance maladie, ou par un autre organisme de sécurité sociale pour les bénéficiaires ne relevant pas du régime général, il est fonction du salaire journalier de base du bénéficiaire.
L'article 73 de la LFSS pour 2021 allonge, à compter du 1er juillet 2021, la durée du congé de paternité, quel que soit le régime d'affiliation du père, de 11 à 25 jours et de 18 à 32 jours en cas de naissance multiple. Ce congé se compose d'une première période obligatoire de quatre jours, immédiatement consécutive au congé de naissance, lors de laquelle les salariés ne peuvent travailler107(*). Le congé de naissance de trois jours est également rendu obligatoire. Les autres jours du congé de paternité sont pris à la discrétion du bénéficiaire dans les six mois qui suivent la naissance.
La réforme du congé de naissance et du congé de paternité en 2021
Source : Commission des affaires sociales du Sénat
b) Un effet modeste de la réforme de 2021 sur le taux de recours
Le congé de paternité est aujourd'hui une norme, puisque près de huit pères sur dix l'utilisent108(*).
Toutefois la réforme de 2021 semble avoir eu un effet modeste sur le taux de recours, comme le montre le graphique ci-après.
Taux de recours au congé de paternité par année de naissance, 2002-2023
Lecture : Les pères ont pris un congé de paternité (au-delà de la période obligatoire) pour 82 % des naissances de 2022.
Note : Avant juillet 2021, congé de paternité après les 3 jours obligatoires du congé de naissance ; à partir de juillet 2021, congé de paternité au-delà de la semaine obligatoire.
Champ : Naissances d'enfants dont les pères ont moins de 50 ans en 2024, France hexagonale.
Source : Ined, enquête Familles et employeurs (2024).
Source : Anne Solaz, Alix Sponton, Maxime Tô, Ariane Pailhé, « Le congé de paternité, prolongé et modulable, est largement adopté par les pères », Population et Sociétés, n° 1, 2026
c) Un dispositif utile
Durant ce congé, les pères participent plus activement aux tâches parentales que les pères qui ne l'utilisent pas. Ainsi, « tant qu'il dure, le congé permet dans l'ensemble un meilleur partage des tâches et du sommeil au cours de la période post-partum »109(*). L'investissement des pères permet en outre aux mères de se reposer, et de prendre soin de leur santé, dans l'esprit de l'instauration du congé de maternité en 1909110(*). À court terme, l'instauration d'un congé de paternité permet de faire augmenter la participation des pères aux tâches domestiques d'une vingtaine à une trentaine de minutes par jour dans les premières années suivant la naissance111(*).
Les pères mettent régulièrement en avant, notamment lors du temps consacré à leur enfant durant le congé de paternité, « le sentiment d'un défaut d'apprentissage et de socialisation aux gestes de soin »112(*). Ils estiment manquer d'expérience et de formation et souhaitent pouvoir davantage disposer de temps afin de se former aux gestes du soin auprès des nouveau-nés. Le congé de paternité représente une opportunité pour les pères de gagner en autonomie et en confiance dans l'exercice de leurs fonctions parentales.
Les pères estiment également que le temps consacré au congé de paternité transforme le regard que leur compagne porte sur eux, lorsqu'elle constate que le père est capable d'exercer pleinement les tâches parentales et de développer un lien consistant avec l'enfant113(*).
En revanche, l'éducation à la parentalité des pères est une tâche fréquemment réalisée par les femmes, qui doivent guider les pères dans les moments qu'ils partagent avec leur enfant, constituant une nouvelle charge pesant sur ces dernières, en plus du travail domestique effectué auprès de leur enfant114(*).
L'éducation à la parentalité durant le congé de paternité permet aux pères de prendre du plaisir à l'exercice des tâches parentales. Les pères se rendent compte qu'ils vivent des moments privilégiés avec leur enfant, en percevant la présence et l'attention de leur enfant, mais découvrant également qu'il peut, réciproquement, se montrer à lui, dans une relation affective étroite.
En revanche, l'éducation à la parentalité durant le congé de paternité peut constituer sous certains aspects une source de frustration pour les pères. Les pères sont susceptibles de rencontrer des difficultés dans la compréhension des attentes de l'enfant, en particulier de ses signes, et ces premiers mois vécus avec l'enfant peuvent aussi être perçus comme des moments sans véritables échanges avec l'enfant. En effet, les pères continuent d'envisager principalement leur relation avec l'enfant sous le prisme de la représentation de moments ludiques, faits en particulier d'échanges verbaux, que la relation avec le nouveau-né ne permet que difficilement115(*).
Ainsi, il est observé que les pères privilégient principalement les tâches domestiques qui sont directement en lien avec les enfants, comme lui donner à manger ou le coucher, au détriment des tâches parentales plus logistiques, davantage assurées par les mères, comme préparer à manger ou laver le biberon. L'objectif des pères est de « se rendre visible auprès de l'enfant, de se montrer présent »116(*).
L'allongement du congé de paternité ne suffit pas, à lui seul, pour augmenter la participation des pères à leurs tâches parentales. En Allemagne et au Japon, des réformes d'allongement du congé de paternité ont eu lieu, respectivement en 2007 et en 2010. Le taux de recours du congé de paternité augmente régulièrement en Allemagne117(*), mais il reste durablement bas au Japon118(*).
2. Les autres dispositifs de soutien à la parentalité s'appliquant sous diverses formes aux pères
Les dépenses de la branche famille consacrées aux dispositifs de soutien à la parentalité se sont élevées à 183 millions d'euros en 2025119(*), afin de financer les lieux d'accueil enfants-parents (Laep), le fonds national de parentalité, les contrats locaux d'accompagnement à la scolarité et la médiation familiale pour les familles vivant une rupture.
Les lieux d'accueil enfants-parents sont des espaces qui accueillent sans inscription et de façon libre les enfants âgés de moins de six ans, accompagnés de leurs parents ou d'un adulte référent. Il s'agit d'un lieu de transition entre l'espace familial et l'espace collectif. Ils favorisent les échanges entre parents ainsi qu'avec des professionnels de la parentalité. En 2024, près de 1 950 lieux d'accueil sont comptabilisés et 4,5 % des familles avec un enfant de moins de six ans ont pu fréquenter un Laep au cours de l'année, soit 192 900 environ120(*). Le fonds national de parentalité finance un certain nombre d'opérateurs qui aident aux fonctions parentales en proposant des activités dédiées aux parents, à travers des groupes de paroles, des ateliers avec les enfants ou des sorties culturelles. En 2024, les caisses d'allocations familiales ont financé 4 780 structures qui ont bénéficié à 9,4 % des familles avec un enfant de moins de 18 ans121(*).
Les contrats locaux d'accompagnement à la scolarité visent à apporter à l'enfant, en dehors du temps scolaire, un appui pour s'épanouir et réussir à l'école, mais aussi aider les parents à mieux suivre la scolarité de leur enfant. Pour l'année scolaire 2024-2025, près de 3 610 actions sont mises en oeuvre122(*).
La mise en oeuvre de la médiation familiale s'est élevée à hauteur de 56 800 séances auprès des familles, ainsi que 107 300 entretiens préalables123(*).
3. Des freins qui demeurent quant à l'implication paternelle
Malgré les dispositifs mis en place pour inciter les pères à prendre leurs responsabilités parentales, près de 45 % des pères ne passent aucun moment seul avec leur enfant de moins de six ans au cours d'une semaine124(*).
L'éducation à la parentalité constitue une préoccupation pour les parents. Ainsi, un peu moins d'un parent sur deux aurait souhaité disposer d'une aide dans l'accompagnement de son rôle de parent pour les sujets de santé, et sur l'éveil et le développement du jeune enfant125(*). Un tiers des parents en famille monoparentale voudraient bénéficier d'un accompagnement parental dans la gestion de l'autorité, et un quart pour ceux qui sont en couples126(*).
L'implication des pères dans les tâches parentales nécessite une réflexion plus globale, mais difficile à traduire sur le plan des politiques publiques, concernant la valorisation des compétences du soin. En effet, valoriser socialement le soin aux enfants et l'implication dans les tâches parentales incitera davantage les pères à se préoccuper du travail domestique.
La faible rémunération des métiers associés au soin des enfants contribue à la dépréciation de l'implication paternelle auprès des enfants. La valorisation des métiers en lien avec les enfants serait ainsi susceptible de présenter des effets positifs à long terme dans l'implication des pères auprès des enfants127(*). De surcroît, si l'accroissement de l'implication des pères auprès de leur enfant est souhaitable, il demeure nécessaire d'aider les pères à concilier cet investissement avec leur carrière professionnelle, au même titre que les mères, nécessitant ainsi de poursuivre les efforts relatifs aux modes de garde.
* 104 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.
* 105 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.
* 106 Source : Emmanuelle Auriol, Camille Landais, Nina Roussille, « Égalité hommes-femmes : une question d'équité, un impératif économique », Les notes du conseil d'analyse économique, n° 83, novembre 2024.
* 107 Article L. 1225-35-1 du code du travail.
* 108 Anne Solaz, Alix Sponton, Maxime Tô, Ariane Pailhé, « Le congé de paternité, prolongé et modulable, est largement adopté par les pères », Population et Sociétés, n° 1, 2026.
* 109 Réponse d'Alix Sponton au questionnaire du rapporteur.
* 110 Loi du 27 novembre 1909 garantissant leur travail ou leur emploi aux femmes en couches.
* 111 Dana Wray, « Paternity Leave and Fathers's Responsibility: Evidence from a Natural Experiment in Canada », Journal of Marriage and Family, n° 2, 2020.
* 112 Ludovic Viévard, Pierre Grosdemouge, Dann Mettidji, Alice Quérel, Réforme du congé de paternité : modalités de recours, vécus, effets sur les inégalités femmes-hommes et la construction de la paternité, mars 2023.
* 113 Ibidem.
* 114 Réponse de Myriam Chatot au questionnaire du rapporteur.
* 115 Marie Cartier, Anaïs Collet, Estelle Czerny, Pierre Gilbert, Marie-Hélène Lechien, Sylvie Monchatre et Camille Noûs, « Allez les pères ! Les conditions de l'engagement des hommes dans le travail domestique et parental », Travail, genre et sociétés, n° 2, 2021.
* 116 Alix Sponton, Se montrer présent : réception du congé de paternité, parentalités et masculinités de la grossesse à la petite enfance, thèse de doctorat, 2023.
* 117 OCDE, Society at a Glance 2024 - Country Notes: Germany, 2024.
* 118 H. Nakazato, J. Nishimura, J. Takezawa, 2024, « Japan country note », International review of leave policies and research.
* 119 Rapport d'évaluation des politiques de sécurité sociale (Repss) annexé au présent Placss, annexe Famille.
* 120 Ibidem.
* 121 Ibidem.
* 122 Ibidem.
* 123 Ibidem.
* 124 Réponse de la Drees au questionnaire du rapporteur.
* 125 Claudine Pirus, « Opinion des familles monoparentales sur les politiques sociales : un sentiment de vulnérabilité et une attente forte de soutien à la parentalité », Études et résultats, n° 1190, 2021.
* 126 Ibidem.
* 127 Réponse de Marta Dominguez-Folgueras au questionnaire du rapporteur.

