II. PRINCIPALES OBSERVATIONS
A. UN BILAN DE LÉGISLATURE EN TROMPE-L'oeIL
1. Les changements de périmètre budgétaire expliquent une grande partie des progressions affichées du budget
Le
ministère indique que les moyens mis à sa disposition entre 1997
et 2002 auront été multipliés par 2,7.
C'est
plutôt une hausse -néanmoins remarquable- de 58 % qu'il faut
retenir
et non pas de 270 % en raison des nombreux -et substantiels-
changements de périmètre dont a bénéficié le
ministère.
En effet, le ministère de l'environnement a
bénéficié de très nombreuses extensions de son
périmètre d'action, qui ne correspondent donc pas à de
véritables nouvelles actions ne faveur de l'environnement. Ainsi :
- en 1999, la budgétisation des taxes affectées à l'ADEME
à l'occasion de leur intégration dans la taxe
générale sur les activités polluantes (TGAP) conduit
à une augmentation du budget de l'environnement de
219 millions
d'euros
;
- en 2001, le transfert de l'IRSN en provenance du budget de l'industrie
conduit à majorer le budget de l'environnement de
148 millions
d'euros
;
- en 2002 le transfert de l'OPRI en provenance du budget de la santé et
de la solidarité gonfle le budget de
14 millions d'euros
supplémentaires. .
Ce sont donc
381 millions d'euros
sur les 761 du budget pour 2002,
soit plus de 50 %,
qui résultent de simples modifications du
périmètre budgétaire.
2. Une sous-consommation chronique des crédits : le vote du budget est un exercice de dupes
Les
taux de consommation du budget de l'environnement depuis 1997 ne cessent de
diminuer pour atteindre en 2000 le pourcentage dérisoire de 47 %.
En conséquence, les reports de crédits de 1999 sur 2000
représentent 37 % des crédits ouverts en loi de finances initiale
pour 2000, et les crédits de 2000 reportés sur 2001
représentent 72 % des crédits ouverts par le budget 2001 !
La « dégringolade » des taux de consommation des crédits du budget de l'environnement
|
|
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
Taux de consommation |
85 % |
77 % |
62 % |
47 % |
Source : Rapport de la Cour des comptes sur
l'exécution des lois de finances pour l'année 2000
Cette situation s'explique en partie par les crédits de paiement de
l'ADEME établis pour 1999 et 2000 à des niveaux sans commune
mesure avec les besoins réels de l'établissement (
cf.
infra
). Toutefois, la Cour des comptes dans son rapport
précité indique que hors ADEME le taux de consommation demeure
anormalement faible (73 % pour 2000).
Cette faiblesse des taux de consommation, qui permet certes une
réduction du déficit budgétaire de l'Etat en fin
d'exercice, pose deux questions :
- d'une part, à quoi bon voter des progressions de crédits
mirifiques si ces crédits ne sont pas consommés ? Le vote de
crédits élevés n'est alors que pur affichage politique.
- d'autre part, le vote de tels montants de crédits qui
in
fine
ne seront pas utilisés n'évince-t-il pas de la
discussion budgétaire des dépenses qui auraient été
peut-être plus utiles ou plus urgentes ?
Evolution du budget de l'environnement (1997-2002)
|
Millions d'euros et % |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
|
Loi de
finances initiale
|
285
|
290
|
603
|
656
|
716
|
761
|
|
Crédits ouverts
|
271
|
287
|
651
|
979
|
|
|
|
Dépenses
|
230
|
221
|
406
|
463
|
|
|
Source : ministère de l'environnement
La Cour
des comptes explique ces taux de consommation anormalement bas par plusieurs
facteurs : des retards dans les programmes, une réorganisation du
ministère qui a désorganisé les circuits habituels, un
nombre élevé de dossiers rejetés pour des questions de
forme, des crédits de paiement trop importants.
La Cour distingue également des causes institutionnelles : un
mauvais contrôle du ministère sur ses 350 ordonnateurs secondaires
délégués qui relèvent le plus souvent d'autres
ministères (équipement, agriculture, industrie
principalement) ; une tutelle insuffisante sur ses
établissements publics ; une formation administrative et comptable
de ses propres agents insuffisante.
En réponse à une question de votre rapporteur spécial, le
ministère a expliqué la faiblesse de sa consommation de
crédits par :
- des raisons conjoncturelles : la mise en place de la nouvelle
direction dite D4E en milieu d'année, le manque de formation des agents
fraîchement recrutés ;
- des raisons « politiques » (
sic
) : les
crédits pléthoriques de l'ADEME ;
- des raisons structurelles : l'existence de 350 ordonnateurs
secondaires délégués, l'absence d'outil de gestion
adéquate notamment dans les DIREN, la croissance trop importante des
moyens financiers au regard des moyens humains
12(
*
)
.