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L'adolescence en crise

 

II. UN ENJEU DE POLITIQUE PUBLIQUE

L'adolescence en crise est donc un phénomène complexe dans ses origines comme à travers ses manifestations. Face aux multiples aspects du problème, c'est notamment en faveur de la prévention et de la prise en charge des conduites à risque, relativement bien identifiées, que les pouvoirs publics doivent orienter leur action.

A. UNE URGENCE SANITAIRE

Si l'adolescence est une période de transition et de transformations physiques et psychologiques, elle est bien l'âge des fragilités. Pourtant, la prise en charge de ces fragilités est bien loin d'être à la hauteur des besoins des adolescents en difficulté.

1. Le développement des problèmes de santé mentale

a) De nombreux signes de souffrance pathologique

Outre les problèmes de santé directement liés à la puberté, il apparaît que de nombreux adolescents connaissent des problèmes de santé mentale plus ou moins graves.

Le dernier rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)18(*) sur les troubles mentaux, rassemblant les conclusions de 49 études épidémiologiques réalisées au niveau international, est à cet égard très éclairant.

Il apparaît ainsi que « la prévalence des troubles mentaux communs (y compris les troubles des conduites) varie de 5 à 25 %, et la moyenne des taux effectuée à partir des résultats de 49 enquêtes a été estimée à 12,5 % ».

Ainsi un enfant sur huit souffrirait d'un trouble mental, cette proportion devient de un sur cinq chez les adolescents.

Ces troubles sont majoritairement de deux ordres : émotionnels (troubles anxieux ou de l'humeur) et comportementaux (hyperactivité, troubles oppositionnels).

Ainsi, les estimations aboutissent à un taux de 4,4 % de dépressifs chez les adolescents et 1 % de boulimiques chez les adolescentes.

Selon l'étude menée par l'INSERM, l'apparition de ces troubles serait le fait de plusieurs facteurs, souvent cumulatifs :

des facteurs sociodémographiques : jusqu'à l'adolescence, les garçons sont plus nombreux dans les services infanto-juvéniles de psychiatrie. La tendance s'inverse ensuite, notamment à cause des troubles des conduites alimentaires qui concernent essentiellement des adolescentes. En revanche, la schizophrénie et l'autisme touchent plutôt les garçons.

des habitudes de vie : d'une façon générale, les taux de pathologie apparaissent plus élevés en ville qu'en milieu rural. Mais les mécanismes sous-tendant ce constat ne sont pas identifiés.

des événements survenus dans la période ante et périnatale : maladie ou troubles de l'humeur chez la mère, malnutrition, exposition à des substances psychoactives (tabac, alcool, cannabis, cocaïne, etc.).

une susceptibilité génétique qui peut augmenter un risque, favoriser ou modifier l'expression d'un trouble, mais non l'expliquer totalement ou le provoquer.

- la morbidité psychiatrique parentale est un autre facteur de risque, notamment en raison des carences de soins, voire des problèmes de maltraitance, qu'elle peut entraîner pour l'enfant ou l'adolescent. Ainsi, « les enfants de parents ayant une dépendance alcoolique ont un risque augmenté de troubles externalisés (troubles du comportement, hyperactivité...) et présentent également des signes d'anxiété et de dépression plus élevés, une mauvaise estime de soi et des difficultés dans les interactions sociales ».

enfin, si aucun lien privilégié n'apparaît entre milieu social et troubles de la santé mentale, les relations familiales jouent un rôle non négligeable. Selon l'étude menée par l'INSERM, « à court terme, le divorce des parents est associé à un risque augmenté de psychopathologie juvénile chez l'enfant, à travers des symptômes aussi bien externalisés (troubles visibles du comportement) qu'internalisés (troubles anxiodépressifs). »

Une telle étude inquiète également votre rapporteur en ce qu'elle suggère une augmentation des troubles dépressifs, mais aussi des suicides, des troubles des conduites et des abus d'alcool et de substances psychoactives chez les adolescents.

La santé mentale des adolescents, on le voit, est donc loin d'être satisfaisante. Ce constat peut être considéré comme la source des manifestations de l'adolescence en crise, mais aussi sa conséquence, tant les liens entre cette dernière et les troubles cités sont imbriqués.

Le problème mérite donc d'être pris rapidement en compte, et ceci d'autant plus que l'accès aux soins, notamment psychiatriques, des adolescents laisse largement à désirer, ainsi que le souligne le docteur Marie-Rose Moro19(*).

b) La douloureuse question du suicide

Ces problèmes de santé mentale, mêmes les plus minimes, s'ils ne sont pas pris en compte et en charge rapidement et correctement, peuvent dans certains cas aboutir à une tentative ou à un suicide « réussi ». Le suicide est la seconde cause de mort violente chez les adolescents, après les accidents de la circulation.

En France, 5.324 décès d'adolescents de 15 à 24 ans ont ainsi été dénombrés pendant l'année 1995, soit un taux de mortalité de 66 pour 100.000. La répartition des causes de décès montre l'importance des morts violentes dues à des conduites à risque à cette période de la vie (70 % des décès, la proportion étant plus élevée pour le sexe masculin).

Les suicides représentent une part non négligeable de l'ensemble des morts concernant les adolescents : 11 % des décès survenus de 15 à 19 ans, 17 % pour les 20-24 ans, à comparer avec les 2 % de morts volontaires dans l'ensemble de la population.

La France est d'ailleurs, dans ce domaine, en bien mauvaise place par rapport à ses voisins européens.

Si la mortalité par suicide augmente avec l'âge, l'incidence des tentatives est à l'inverse maximale chez les adolescents et les jeunes adultes.

Ainsi, il y aurait chez les 15-24 ans environ 30 tentatives (15 chez les garçons, 85 chez les filles) pour un suicide effectif (mais 800 victimes au total chaque année).

Selon l'enquête de l'INSERM de 199420(*), 5 % des garçons et 8 % des filles de 11 à 19 ans, soit 6,5 % de l'ensemble, auraient fait une tentative de suicide ; 1,8 % en auraient fait plusieurs.

Si les tentatives sont plutôt le fait des jeunes filles, le suicide effectif touche essentiellement les garçons, qui ont recours majoritairement aux moyens les plus violents (pendaison, arme à feu).

Décès par suicide chez les adolescents de 15 à 24 ans en France

 

Sexe masculin

Sexe féminin

Deux sexes

 

Effectif

%

Effectif

%

Effectif

%1

Total suicides

622

100,0

181

100,0

803

100,0

Pendaison

241

38,7

49

27,1

290

36,1

Usage d'arme à feu

218

35,0

27

14,9

245

30,5

Intoxication

45

7,2

47

26,0

92

11,5

Saut d'un lieu élevé

47

7,6

34

18,8

81

10,1

Submersion

14

2,3

4

2,2

18

2,2

Usage d'instrument tranchant

5

0,8

1

0,6

6

0,7

Autre mode

52

8,4

19

10,5

71

8,8

1 Pourcentage par rapport au total des suicides. Source : INSERM, 1995.

Il est en outre acquis que le risque de récidive augmente après chaque tentative de suicide, ainsi que l'éventualité d'un décès.

Votre rapporteur s'étonne donc que seul un quart des suicidants21(*) ait eu un contact avec un service de soins après la tentative. Il semble ainsi que l'importance du chiffre soit à attribuer essentiellement à l'augmentation des « récidives » (multipliée par deux depuis 10 ans, alors que seules celles qui sont suivies d'une prise en charge sont comptabilisées). Elles représenteraient entre 30 à 50 % des cas selon les études (un tiers des suicidants renouvellent leur tentative dans les six mois).

Un suivi au plus près de la part des professionnels est donc indispensable. Il doit en particulier devenir la priorité des services de pédopsychiatrie qui accueillent ce type de patients après une tentative, de même que les adolescents suicidants doivent être adressés de manière obligatoire à ces services pour permettre leur suivi.

Par ailleurs, des caractéristiques significativement plus fréquentes ont été retrouvées chez les jeunes suicidants :

sur le plan familial : sur-représentation des conflits familiaux (en particulier des séparations), fréquence des antécédents pathologiques dans la famille (suicide, tentative de suicide, maladie mentale, alcoolisme) ;

sur le plan socioculturel : fréquence des ruptures dans l'environnement (déménagement, départ d'un membre de la famille, changement dans les habitudes ou le cadre de vie, rupture avec le groupe des pairs) ;

sur le plan individuel : échec scolaire, tendances dépressives, forte consommation de drogues psychoactives, fréquence des plaintes somatiques et des troubles du comportement alimentaires ou des conduites violentes.

Ces conduites et facteurs de risques étant relativement bien connus chez les jeunes, un autre enjeu apparaît ainsi au niveau des actions de prévention globale, auprès des parents et dans les écoles notamment, où les professionnels doivent articuler considération des risques spécifiques et éducation pour la santé.

Enfin, il semble important de donner un éclairage particulier au rôle de la dépression. Les relations entre tentative de suicide à l'adolescence et dépression sont complexes et fréquentes, avec une corrélation certaine entre la gravité de la tentative et la profondeur de la dépression. Toutefois, les pensées sur la mort en général semblent être une des caractéristiques de l'adolescence, y compris non dépressive.

Enquête lycéens1/enquête étudiants2
Fréquence des idées suicidaires
selon les divers états dépressifs

 

Idées de suicide souvent ou tout le temps

 

Collégiens-Lycées

Etudiants

EDM3 ou dysthymie

48,5 %

32,2 %

Morosité4

21 %*

4,7 %*

« Ambiance dépressive »5

7 %*

1,4 %*

Population non dépressive6

2,4 %*

0,4 %*

Population totale

11 %

3,2 %

* Différences significatives.

1. 465 collégiens ou lycées de 12 à 20 ans.

2. 1.521 étudiants de 18 à 24 ans.

3. Episode dépressive majeur ou dysthymie : critères DMS III-R.

4. Score CESD supérieur à la note seuil avec tristesse permanente mais sans remplir tous les critères de l'épisode dépressif majeur ou dysthymie.

5. Score CESD supérieur à la note seuil sans les critères 3 ou 4.

6. Population non dépressive : l'ensemble de la population moins la population 3, 4 et 5.

Source : Centre hospitalier Henri Laborit (Poitiers) Service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent

Ainsi, selon le tableau ci-dessus, 21 % des adolescents atteints de morosité déclarent avoir régulièrement des idées suicidaires, contre 11 % pour l'ensemble de l'échantillon de collégiens et lycéens.

De fait, 70 % des adolescents affectés par un épisode dépressif ont, dans les trois années qui suivent, effectué une tentative de suicide22(*).

Lors de son audition par votre rapporteur, Mme Nadia Cherkasky, psychologue et vice-présidente de l'Union nationale pour la prévention du suicide, a confirmé par son expérience sur le terrain l'importance de la dépression dans le phénomène suicidaire.

Or, la dépression adolescente et ses manifestations sont mal connues.

Dans une action globale de lutte contre le suicide des adolescents, qu'il apparaît urgent à votre rapporteur de mettre en oeuvre, les parents, les éducateurs et les médecins généralistes doivent donc plus particulièrement apprendre à connaître les signes précurseurs de la dépression, qui n'est pas qu'un « spleen » classique de cet âge, de même que la tentative de suicide ne doit en aucun cas être banalisée.

En effet, ainsi que l'a écrit le docteur Philippe Jeammet23(*) :

« Une conduite suicidaire, aussi minime soit-elle en apparence et quant à ses conséquences physiques, ne peut être considérée comme une réponse normale aux conflits de l'adolescent.

« Elle est doublement « anormale » : parce qu'à une situation conflictuelle, peut-être par elle-même normale, l'adolescent répond par une conduite agie et non par une réflexion et un travail d'élaboration mentale de ses conflits ; et parce que cette réponse agie l'est dans un sens purement destructif.

« (...) Il y a là le signe d'une haine retournée contre lui et plus spécifiquement contre son corps qui est préoccupante pour l'avenir et qui justifie de l'aider pour acquérir une autre vision de lui-même. »

2. Des réformes à mettre en oeuvre rapidement

Cette action de lutte contre le suicide doit toutefois s'inscrire dans un programme de réformes élargi, qui prenne en compte l'ensemble de la relation de l'adolescent à la santé : la prévention, le soin et le suivi.

a) Mettre l'accent sur la prévention et le dépistage précoce

- développer la médecine scolaire

Dès le début du XXe siècle, les examens de santé pour l'entrée à l'école ont été introduits en Europe. Tout d'abord centrés sur la réduction de la malnutrition, les maladies et les handicaps physiques qui pouvaient compromettre l'éducation scolaire des enfants, ces bilans de santé se sont ensuite étendus à l'examen du développement psychomoteur de l'enfant.

En France, le dépistage des troubles mentaux en population générale doit donc pouvoir s'appuyer sur le dispositif existant de surveillance systématique des enfants depuis la naissance jusqu'à l'adolescence.

Les dispositifs de la protection maternelle et infantile (PMI), pour les enfants de moins de six ans, et de la médecine scolaire à l'école primaire doivent ainsi être développés pour permettre un dépistage précoce des troubles qui pourraient s'avérer problématiques à l'adolescence. Pour cela, les liens entre les deux systèmes doivent être renforcés.

Il serait également souhaitable que la médecine scolaire prenne mieux en compte les adolescents, ainsi que le préconise Mme Claire Brisset, défenseure des enfants, dans son rapport annuel 2002 consacré à l'étude du droit des enfants dans le domaine de la santé24(*).

De fait, certains troubles ne peuvent être décelés qu'à l'adolescence, comme les troubles du comportement alimentaire, le « trouble panique » ou encore la consommation de substances psychoactives, qui justifient un examen systématique des adolescents avant la fin de la scolarité obligatoire. Une telle mesure permettrait en outre de développer des outils d'intervention précoces pour éviter qu'un adolescent en situation de malaise ne s'enferme dans un comportement pathologique.

Les médecins, psychologues et infirmières scolaires ont donc un rôle primordial à jouer dans le repérage et le signalement des comportements problématiques.

Dans ce sens, la formation plus légère des psychologues scolaires (4 ans au lieu de 5) et leur absence dans l'enseignement secondaire paraissent également tout à fait regrettables à votre rapporteur.

Celui-ci se félicite, au vu de ce constat, des propositions que M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, a présenté le 26 février dernier en Conseil des ministres, et espère qu'elles prendront rapidement une forme concrète.


La santé des jeunes en milieu scolaire, les propositions de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire

La santé des jeunes en milieu scolaire a fait l'objet, le 26 février 2003, d'une communication en Conseil des ministres de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire.

Le Gouvernement a ainsi entendu donner une nouvelle impulsion à la politique de santé en faveur des élèves, qui s'organiserait autour de trois axes :

 repérer et suivre les problèmes de santé des élèves, y compris les souffrances psychiques, et favoriser l'accès et le recours aux soins.

Pour ce faire, sera mise en place une visite médicale en fin de scolarité primaire et en classe de troisième grâce à une coopération plus poussée entre la médecine scolaire et la médecine de ville, dont les modalités seront déterminées par le projet de loi d'orientation sur la santé publique.

Les personnels en contact avec les élèves seront également formés pour être en mesure de repérer les signes de souffrance psychique des adolescents et d'engager une action appropriée : dialogue, signalement, orientation pour une prise en charge, etc. A cet effet, un guide sera élaboré en partenariat avec l'Institut national pour l'éducation à la santé (INPES).

Sera enfin améliorée et renforcée la collaboration entre les professionnels de santé et sociaux de l'Education nationale et les services de santé mentale.

 assumer, tout au long de la scolarité, la continuité des actions de prévention et d'éducation à la santé et adapter leurs objectifs aux enjeux actuels.

L'accent sera notamment mis sur la prévention des conduites addictives (comportements à risque ou consommation de substances psychoactives), qui portent gravement atteinte à la santé et à la scolarité des jeunes. Les partenariats avec la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) seront donc généralisés et des « Assises de la prévention » seront organisées en 2004, rassemblant des coordonnateurs académiques et des chefs de projets départementaux drogues et dépendance.

L'éducation à la nutrition fera également l'objet d'une information spécifique auprès des adolescents.

 enfin, mobiliser les efforts de tous autour du thème de la santé des élèves dans le cadre général d'une politique de santé publique.

Le Gouvernement souhaite favoriser les partenariats locaux dans ce domaine. Certaines collectivités pourront ainsi éventuellement, à titre expérimental, recevoir des compétences nouvelles dans le domaine de la santé scolaire.

- améliorer l'information des adultes en contact avec les adolescents et des adolescents eux-mêmes

Il apparaît en effet largement nécessaire de sensibiliser les parents, les enseignants, les éducateurs et les médecins (généralistes, psychiatres, pédiatres, médecins scolaires et de la PMI) au repérage de troubles chez l'adolescent en les informant sur leurs manifestations pour, le cas échéant, permettre une orientation précoce de l'adolescent en difficulté dans une structure adéquate.

Les adolescents eux-mêmes pourraient en outre être informés sur les conduites à risque les plus fréquentes : la consommation de drogues illicites, l'insécurité routière, le suicide, les troubles de l'alimentation, etc. A cette occasion, une rencontre en classe avec des représentants du corps médical serait souhaitable pour faire prendre conscience aux adolescents de l'importance à accorder à sa santé physique et mentale.

b) Proposer des soins appropriés et un suivi efficace

- redonner toute sa place à la pédopsychiatrie

Les nombreuses personnalités auditionnées par votre rapporteur, votre commission des Affaires sociales et votre groupe d'études sur les problématiques de l'enfance et de l'adolescence l'ont toutes affirmé : la pédopsychiatrie doit retrouver toute sa place dans la prise en charge de l'adolescent en crise.

Or la profession est en crise. Ainsi, sur 2.000 postes de praticiens hospitaliers, 600 ne sont pas pourvus. Pour combler ce déficit, la France se voit actuellement obligée de former très rapidement des médecins-généralistes et de recruter des praticiens étrangers.

En outre, la présence de pédopsychiatres est largement insuffisante en milieu pénitentiaire, alors que les adolescents concernés en auraient réellement besoin.

Elle doit donc retrouver toute sa place dans notre système de soins, et ceci d'autant plus que le constat fait précédemment sur la santé mentale des adolescents est loin d'être satisfaisant.

Pour cela, l'effort doit être porté sur la recherche, notamment la réalisation d'études en psychiatrie génétique, comme le préconise l'INSERM dans son rapport paru en février 200325(*). En outre, les résultats de la recherche doivent pouvoir être transférés rapidement à la pratique clinique. Dans le même sens, il est également nécessaire de promouvoir la formation continue des pédopsychiatres aux connaissances nouvelles sur les troubles mentaux de l'adolescent.

Mais redonner sa place à la pédopsychiatrie signifie également former les professionnels en contact avec l'adolescent en crise aux notions essentielles de la discipline, afin qu'ils puissent assurer au mieux leurs fonctions de prévention et d'encadrement.

Mme Claire Brisset, défenseure des enfants, a d'ailleurs émis le souhait devant votre commission et votre groupe d'études que soient mises en place des formations croisées des professionnels de l'adolescence dans ce domaine26(*).

- développer des lieux spécifiques à l'adolescence au niveau décentralisé

On l'a vu, alors même que le besoin est réel, l'accès aux soins, notamment psychologiques et psychiatriques, des adolescents laisse largement à désirer.

La prise en charge des adolescents en crise est aujourd'hui problématique, d'abord parce que les réponses sont inadaptées. De fait, les structures actuelles ne prennent en compte qu'un aspect du problème : médical, social, psychologique, judiciaire ou scolaire.

Partant du constat des insuffisances d'une gestion fractionnée des problèmes de l'adolescence, les Maisons de l'adolescent sont un bon exemple de lieu pluridisciplinaire dans lequel les adolescents sont considérés de manière spécifique.


Les Maisons de l'adolescent :
une prise en charge des différents problèmes de l'adolescence en crise

Ni dispensaire, ni maison de justice, ni hôpital psychiatrique, la Maison de l'adolescent propose une prise en charge pluridisciplinaire des jeunes de 13 à 20 ans (ces âges peuvent légèrement varier selon les départements) en souffrance psychologique, somatique et psychiatrique.

Les adolescents peuvent ainsi consulter dans un même lieu assistante sociale, diététicien, éducateur, gynécologue, infirmière, pédiatre, psychiatre, psychologue, psychothérapeute, dermatologue ou encore avocat.

Après la Maison de l'adolescent du Havre créée en 1999, le pôle aquitain de l'adolescence vient d'ouvrir le centre Abadie. Son fondateur, le docteur Xavier Pommereau explique :

« Longtemps, les ado dépressifs se retrouvaient soit en pédiatrie, au milieu des jouets Fisher-Price, soit avec les personnes âgées. Les 10-25 ans n'étaient pas reconnus dans leur spécificité. Nous devons les considérer comme des grands, pas comme des adultes »1.

Le système fait des émules : une dizaine de structures de ce type sont en chantier à Marseille, Bobigny, Paris, Poitiers, etc.

Par ailleurs, au vu des résultats de ce type de prise en charge globale des adolescents en crise, les pouvoirs publics ont l'ambition de créer, à terme, une maison de l'adolescent dans chaque département.

Votre rapporteur se félicite d'une telle initiative à condition que les structures existantes fonctionnent en relation avec les Maisons de l'adolescent et continuent à être soutenues.

1. L'Express - 24 janvier 2003

Il paraît en effet nettement plus efficace de proposer à l'adolescence en crise une réponse ouverte qui prenne en compte globalement les dimensions sociales, psychologiques, somatiques et scolaires quand une situation de crise survient.

Ces réponses ouvertes à l'image des Maisons de l'adolescent, outre le soin, doivent aussi proposer des lieux d'accueil et d'écoute, tant il est vrai que ces points constituent une vraie demande chez les adolescents.

Les Points accueil et écoute pour les adolescents, mais également pour les parents et les familles, doivent donc se développer sur l'ensemble du territoire. Ces structures permettent en effet d'orienter les adolescents les plus désemparés qui font appel à elles vers les institutions qui pourront les prendre en charge. Elles sont souvent la dernière chance de ceux qui sont en totale rupture familiale et scolaire.

enfin, favoriser le décloisonnement des structures et leur fonctionnement en réseau

Le cloisonnement des différents acteurs (prévention, médecine scolaire, Education nationale, éducateurs, famille, justice, etc.) ne s'avère pas satisfaisant pour la prise en charge sanitaire, sociale et psychologique des adolescents en crise.

La construction d'un réseau autour d'une tête de pont, la Maison de l'adolescent par exemple, s'avère donc indispensable, à condition qu'il intègre les structures déjà existantes sans s'y superposer, pour éviter de rendre le système plus complexe qu'il ne l'est déjà.

Le professeur Philippe Jeammet a rappelé cette nécessité, constatant que 20.000 structures pour les adolescents existaient déjà en Ile-de-France, sans qu'aucune coordination ne soit organisée entre elles27(*).

La construction d'un tel réseau, au niveau départemental par exemple, aurait comme premier avantage de pouvoir aller au devant des adolescents qui en ont le plus besoin, c'est-à-dire les plus isolés, ceux qui ne peuvent ou ne veulent avoir accès à une aide extérieure.

En outre, un réseau constitue un maillage fort utile pour le suivi des adolescents en difficulté qui passent d'une structure à l'autre et risquent de ne plus être suivis pendant un temps plus ou moins long. La coordination des différents acteurs qui ont un contact avec ces jeunes est alors intensifiée, ce qui limite le risque de « rechute », comme c'est trop régulièrement le cas pour les tentatives de suicide.

Enfin, le travail des différents acteurs en réseau améliore grandement la qualité de la prise en charge de l'adolescent, puisqu'elle est désormais pensée globalement. C'est notamment le cas des partenariats entre l'hôpital et l'Education nationale, qui gagneraient à être améliorés pour permettre aux jeunes anorexiques, souvent brillants élèves par ailleurs, de retrouver leur équilibre sans le choc d'un lourd retard scolaire rédhibitoire pour eux.

* 18 Troubles mentaux, dépistage et prévention chez l'enfant et l'adolescent. Synthèse et recommandations. INSERM - Février 2003.

* 19 Cf. compte rendu des auditions publiques du mercredi 5 mars 2003 en annexe du présent rapport.

* 20 Choquet M., Ledoux S. Adolescents - Enquête nationale - INSERM, 1994.

* 21 Terme utilisé par la profession médicale pour désigner celui qui commet une tentative de suicide.

* 22 Myers K, Mc Kauley E., Calderon R. Treder R. The 3-year longitudinal cause of suicidality and predictive factors for subsequent suicidality in youths with major depressive disorder. J Am Child Adolesc. Psychiatry, 1991.

* 23 Pr. Philippe Jeammet - Conduites suicidaires à l'adolescence. Avant-propos. La Revue du praticien ; Tome 48 - Septembre 1998.

* 24 Rapport annuel du Défenseur des enfants au Président de la République et au Parlement. Année 2002.

* 25 Rapport précité.

* 26 Cf. compte rendu des auditions publiques du mercredi 5 mars 2003 en annexe du présent rapport.

* 27 Cf. compte rendu des auditions publiques du mercredi 5 mars 2003 en annexe du présent rapport.