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2. Au Monténégro

a) Une vie politique tournée vers l'indépendance et vers l'Europe

Les élections monténégrines du 20 octobre 2002 se sont tenues quelques mois après la signature de l'accord de Belgrade, prélude à la création de l'Etat commun de Serbie-et-Monténégro. Avant cette consultation, M. Milo Djukanovic, alors président du Monténégro, s'était engagé, auprès de l'Union européenne, à reporter l'organisation d'un référendum sur une indépendance immédiate.

La crise politique consécutive à cette décision a conduit à la tenue des élections anticipées d'octobre 2002. La coalition dirigée par M. Djukanovic, la « liste démocratique pour un Monténégro européen », animée par son Parti démocratique des socialistes (DPS), associé au Parti social démocrate (SDP), a obtenu 39 sièges sur 75 (47,7 % des voix), soit la majorité absolue en sièges. La coalition rivale et pro-yougoslave « Ensemble pour les changements » a obtenu 30 sièges (37,8 %) ; « l'Alliance libérale », mouvement séparatiste, à l'origine des élections anticipées, n'a recueilli que 4 sièges, deux autres sièges allant à la coalition « les Albanais ensemble ».

La victoire de M. Djukanovic, devenu depuis premier ministre du Monténégro, s'est fondée sur un double courant : d'une part celui partisan d'une ouverture vers l'Europe, symbolisée par le report d'une décision immédiate sur l'indépendance et l'accord pour la constitution de l'Etat commun, mais aussi, d'autre part, le fort courant favorable à l'indépendance qui reste aujourd'hui la tonalité dominante de la classe politique monténégrine.3(*)

Mais l'économie et la politique de ce pays souffrent également de la corruption et de la présence particulièrement active sur son sol du crime organisé -notamment les trafics d'êtres humains-, ou encore de la contrebande de cigarettes. Ces maux affectent certes l'ensemble des Balkans occidentaux, mais ils atteignent ici une ampleur particulière et mettent parfois en cause les plus hauts responsables de la république.

b) Un marché économique restreint

L'économie du Monténégro dépend beaucoup de l'étroitesse de son marché -650.000 habitants- et ne représente que 6 % du PIB de l'Etat commun. Par ailleurs, les choix de souveraineté opérés dans les domaines économique et financier pénalisent son intégration avec le marché de son partenaire serbe : législation économique indépendante, banque centrale propre, législation bancaire autonome. Enfin, dans les faits, son système douanier, en dépit de l'harmonisation imposée par l'Union européenne, reste très distinct de celui de la Serbie.

Les atouts économiques potentiels sont limités : trois pôles se distinguent réellement : le tourisme, la production d'aluminium et le port de Bar.

Contribuant à près de 15 % du PIB, l'activité touristique progresse légèrement, mais la qualité de l'offre est médiocre, la plupart des structures hôtelières appartenant encore à l'Etat.

Le combinat d'aluminium KAP est grevé d'un endettement élevé à l'égard de l'Etat. Il représente pourtant 80 % des exportations monténégrines, 40 % de sa consommation totale d'électricité, 45 % du PIB et 25 % de l'emploi. Sa privatisation est problématique, les seuls repreneurs potentiels venant de Russie ou d'un autre pays en transition.

Enfin, le port de Bar, seul débouché maritime de Serbie-et-Monténégro, est pénalisé par des infrastructures inadaptées et une interconnexion vétuste et insuffisante avec la Serbie. Il ne doit son activité qu'à des trafics divers -notamment de cigarettes- et aux flux liés au combinat d'aluminium.

Les principaux indicateurs témoignent d'un ralentissement progressif de l'inflation après la forte hausse consécutive au passage à l'euro en 2001 (de 23,8 % en 2001 à 6,7 % en 2003). Le déficit budgétaire reste lourd -4 % du PIB-, essentiellement dû à une administration publique pléthorique. De même, le déficit commercial est élevé, proportionnellement à celui de l'Etat commun -le déficit monténégrin représentant environ 10 % de l'ensemble en 2003-.

Le chômage, enfin, évolue dans une fourchette de 20 à 26 % dans un marché où l'économie souterraine tient une place importante.

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L'Etat commun de Serbie-et-Monténégro apparaît aujourd'hui fragile. Fragile dans ses institutions communes dépourvues d'une vraie légitimité et de compétences réelles, qui, de facto, restent exercées par chacune des deux républiques. Fragile aussi dans le soutien politique dont il bénéficie. Clairement remis en question au Monténégro, qui n'a pas abandonné l'idée de recourir en 2006, voire dès 2005, au référendum prévu dans la charte constitutionnelle, l'Etat commun n'est guère davantage soutenu en Serbie, la coalition au pouvoir étant elle-même divisée sur son bien-fondé. Fragile, il l'est enfin quant à sa finalité : accélérer et faciliter le rapprochement de la Serbie-et-Monténégro de l'Union européenne. Celle-ci n'a pas encore formalisé le moindre contrat avec l'Etat commun et celui-ci vient, à cet égard, en queue de peloton de tous les Etats de la région.

L'incertitude politique en Serbie, que n'a que partiellement levé l'élection de Boris Tadic à la tête de la république, n'est pas étrangère à ce phénomène, encore aggravé par celle qui affecte le sort de la « province serbe » du Kosovo, actuellement sous tutelle internationale.

* 3 Les résultats d'un récent recensement (2003) ont cependant fragilisé le « camp » indépendantiste. Au sein d'une population slave orthodoxe majoritaire, 30 % se sont déclarés « serbes », seuls 40 % -pas de majorité absolue, s'étant déclarés « monténégrins »- Par ailleurs, la société monténégrine reste très multiethnique, avec 22 % de la population appartenant à des minorités nationales (Albanais, Croates, Bosniaques, Roms).

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