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II. LA DIFFICILE QUESTION DU KOSOVO

A. L'ONU, TUTRICE DE LA PROVINCE

La résolution 1244 a confié à la MINUK le gouvernement de la province à l'issue de l'opération Force alliée en juillet 1999 qui a conduit au retrait des forces militaires et de police serbes et au retour des réfugiés kosovars albanais. Cette mission est investie d'une responsabilité très étendue :


Les missions de la MINUK
(Extrait de la résolution 1244 du Conseil de sécurité)

« a) Faciliter, en attendant un règlement définitif, l'instauration au Kosovo d'une autonomie et d'une auto-administration substantielles, compte pleinement tenu de l'annexe 2 et des Accords de Rambouillet (S/1999/648) ;

b) Exercer les fonctions d'administration civile de base là où cela sera nécessaire et tant qu'il y aura lieu de le faire ;

c) Organiser et superviser la mise en place d'institutions provisoires pour une auto-administration autonome et démocratique en attendant un règlement politique, notamment la tenue d'élections ;

d) Transférer ses responsabilités administratives aux institutions susvisées, à mesure qu'elles auront été mises en place, tout en supervisant et en facilitant le renforcement des institutions locales provisoires du Kosovo, de même que les autres activités de consolidation de la paix ;

e) Faciliter un processus politique visant à déterminer le statut futur du Kosovo, en tenant compte des Accords de Rambouillet ;

f) À un stade final, superviser le transfert des pouvoirs des institutions provisoires du Kosovo aux institutions qui auront été établies dans le cadre d'un règlement politique ;

g) Faciliter la reconstruction des infrastructures essentielles et le relèvement de l'économie ;

h) En coordination avec les organisations internationales à vocation humanitaire, faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire et des secours aux sinistrés ;

i) Maintenir l'ordre public, notamment en mettant en place des forces de police locales et, entre-temps, en déployant du personnel international de police servant au Kosovo ;

j) Défendre et promouvoir les droits de l'homme ;

k) Veiller à ce que tous les réfugiés et personnes déplacées puissent rentrer chez eux en toute sécurité et sans entrave au Kosovo ; »

La Mission est placée sous l'autorité d'un représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies (RSSG-NU). Depuis 1999, cinq représentants spéciaux se sont succédé : M. Bernard Kouchner, M. Hans Haekkerupp (danois), M. Michael Steiner (allemand), M. Herri Holkeri (finlandais) et, depuis juin 2004, le danois Jessen-Petersen. Chacun a apporté -avec des résultats contrastés- sa contribution à la mission confiée à l'ONU.

Au total, en quatre ans, la reconstruction des infrastructures de base a pu être réalisée et les conditions minimales d'un retour de l'activité économique ont été permises. Sur le plan politique, des élections locales et nationales ont été organisées et les institutions provisoires d'autonomie mises en place.

En dépit des progrès réalisés, les événements de mars 2004 ont marqué une rupture profonde. S'ils ont très largement surpris par leur ampleur et leur violence, ils étaient aussi confusément prévisibles, tant les éléments constitutifs de la crise semblaient réunis : une situation économique dégradée, des impatiences politiques et sociales, une défiance croissante à l'égard des actions de la MINUK et des interrogations sur ses intentions réelles.

1. Retour sur les événements des 17-19 mars 2004

La noyade accidentelle dans la rivière Ibar de trois enfants kosovars albanais, présentée comme le fait de serbes, a été l'événement déclencheur de trois journées de manifestations qui ont rapidement dégénérées en émeutes violentes et meurtrières. Toutes les forces de sécurité présentes sur le territoire ont semblé prises de court, qu'il s'agisse de la police internationale de l'ONU, de la police kosovare (KPS) ou de la KFOR. Celle-ci néanmoins a réagi le plus promptement possible, compte tenu de ses effectifs et de la diffusion simultanée sur l'ensemble du territoire de la province des violences contre les personnes et les biens serbes et, parfois, contre la MINUK.

L'apparence initiale de manifestations spontanées d'émotion face à cet accident a vite laissé place à la réalité d'un mouvement orchestré et organisé par les mouvements les plus extrémistes, issus pour la plupart des rangs des vétérans des anciens groupes de la guérilla armée au milieu de nombreux « manifestants » très jeunes, adolescents placés pour l'occasion en congé scolaire. Les médias kosovars albanais ont par ailleurs largement contribué à accroître la tension en accréditant la thèse, qui s'est avérée fausse après enquête, d'une responsabilité directe des serbes dans la mort des enfants. Le bilan des violences est lourd : 19 morts -8 serbes, 11 albanais-, près de 900 blessés et plus de 700 maisons serbes -mais aussi de Roms et d'Ashkalis- détruites, 30 églises et deux monastères orthodoxes détruits, et 4 000 déplacés non encore relogés.

Mais, au-delà de ce bilan immédiat, ce sont les conséquences politiques de ces événements et ce qu'ils ont révélé de l'état d'esprit dominant qui s'avèrent le plus lourd de menaces pour l'avenir. A cet égard, le terme de « rupture » a été le leitmotiv des entretiens de la délégation.

Sur le plan de la sécurité tout d'abord, les événements ont révélé la fragilité et la vulnérabilité des structures internationales mises en place -KFOR, police de la Minuk. Les allègements d'effectifs intervenus au sein de la force de l'OTAN, liés à l'apparente pacification obtenue depuis près de 4 ans et les premiers transferts de responsabilité à la police de la MINUK ont conduit ces forces à réagir dans l'urgence. Ce n'est que d'extrême justesse que la situation a pu être contenue et maîtrisée, notamment à Mitrovitsa et dans ses environs, zone traditionnellement très sensible, placée sous la responsabilité du commandement français de la Brigade multinationale Nord-Est et dont il convient de saluer le sang-froid et la réactivité. Le professionnalisme des forces présentes a permis de limiter les conséquences des combats, tout au moins sur les membres des minorités menacées, les règles d'engagement n'ayant pu toujours permettre la défense de leurs habitations.

Ces trois journées d'émeutes ont aussi démontré que l'ambition de la multiethnicité est totalement à reconstruire. Aux yeux de tous, c'est à une volonté organisée de « purification ethnique » à laquelle on a assisté, conduisant au déplacement, sur toute la province, d'environ 4 000 personnes, essentiellement serbes.

Le doute s'est par ailleurs emparé des principaux acteurs civils de la province. Pour les responsables de la Minuk, cette rupture a été l'occasion de s'interroger, sinon sur la pertinence de la stratégie globale des « normes avant le statut » -plus que jamais d'actualité-, à tout le moins sur les conditions -politiques et administratives- de sa mise en oeuvre.

Les institutions provisoires d'autonomie ont aussi mis à jour leur fragilité, révélant, au sein des trois principaux partis politiques qui les animent, un « tiraillement » entre, d'une part, l'héritage extrémiste des années de guérilla anti-serbe, et d'autre part, la respectabilité escomptée d'une responsabilisation croissante liée à la prise en charge progressive des affaires de la province.

Si, quelques semaines après les troubles, la vie a repris un cours à peu près normal -des responsables des troubles sont en jugement, un programme de reconstruction et de réhabilitation des bâtiments détruits a été engagé-, les causes principales de leur déclenchement demeurent : frustrations liées à une situation économique et sociale difficile, impatiences et irritations sur les conditions du débat sur le statut final, enfin fossé de défiance entre les différents acteurs du Kosovo : entre Albanais et Serbes tout d'abord, ces derniers étant convaincus de la volonté de la majorité albanaise de les chasser de la province en s'en prenant à leurs personnes, à leurs biens et plus encore aux symboles de leur spécificité : églises et monastères. Entre les Kosovars en général et la communauté internationale ensuite : les Albanais étant désireux de prendre le plus rapidement possible leur destin en mains, les serbes s'estimant trahis. Entre les différents acteurs internationaux enfin : KFOR contre Minuk, « piliers » de la Minuk entre eux, Minuk à l'égard du groupe de contact, ce dernier étant in fine, avec le Conseil de sécurité, l'instance principale d'impulsion politique sur l'avenir du Kosovo.

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