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B. DES CONTEXTES POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES MARQUÉS PAR UN LOURD HÉRITAGE

1. En Serbie

a) Une évolution politique confuse

L'assassinat du Premier ministre serbe Djindjic, en mars 2003, a provoqué une vague d'indignation en Serbie comme ailleurs. L'état d'urgence a alors permis au Gouvernement serbe d'engager une vaste opération visant les groupes du crime organisé, liés à l'ancien régime et particulièrement introduits dans le secteur économique.

Mais, passé cette réaction d'indignation unitaire, les dissensions anciennes ont repris entre les deux principaux partis réformistes serbes, le DS (Parti démocratique) du défunt premier ministre et le DSS (Parti démocratique de Serbie) de M. Kostunica, ancien président fédéral (2000-2002). Un nouveau parti libéral composé d'économistes, le G17 +, créé par l'ancien vice-premier ministre fédéral, M. Miroljub Labus s'est également joint aux critiques à l'encontre du DS, accusant certains des membres du Gouvernement d'être manipulés par les milieux d'affaires proches de l'ancien régime et dénonçant une corruption croissante.

Ce contexte, conjugué aux frustrations d'une population affectée par les conséquences sociales d'une situation économique préoccupante, a conduit, en novembre 2003, lors de la troisième et encore vaine tentative2(*) d'élire un président de Serbie, à une percée du candidat de l'extrême droite nationaliste.

Organisées peu après, les élections législatives du 28 décembre 2003 ont confirmé cette tendance à la radicalisation du corps électoral. Sur 250 députés à l'assemblée de Serbie, le Parti nationaliste SRS (Parti radical Serbe dirigé depuis La Haye, où il est détenu, par M. Seselj et animé à Belgrade par M. Nikolic) a obtenu 82 sièges, le SPS (Parti socialiste de Serbie) de l'ex-président Milosevic 22. La coalition, dirigée depuis le 3 mars 2004 par M. Vojislav Kostunica, est donc composée de ministres issus du DSS (parti du premier ministre, 53 sièges ; du G17 +, 34 sièges ; et de l'alliance de deux partis populistes : le SPO (Mouvement du Renouveau Serbe) et le NS (Nouvelle Serbie), 22 sièges.

La non-participation du Parti DS au Gouvernement -37 sièges au Parlement- rendait cette coalition gouvernementale minoritaire au Parlement, mais elle bénéficie du soutien sans participation du SPS, le parti de M. Milosevic.

La Serbie est donc confrontée à une situation politique confuse et préoccupante : à y regarder de près, les seules formations à la fois réellement réformistes et ouvertes à l'Europe, voire à l'occident en général -le DS et le G17 + - n'ont réuni qu'une minorité en voix ou en sièges. Le centre de gravité politique serbe se trouve plutôt dans une zone idéologique indéterminée mais plus proche du refermement national-populiste, de la nostalgie yougoslave et de la défiance diffuse à l'égard de l'occident et des réformes, tant politiques qu'économiques, attendues de la Serbie.

Mais ce choix électoral de la population relève moins de convictions idéologiques précises que de la traduction d'une impatience sociale croissante, fruit amer d'une situation économique et sociale délétère.

b) Une économie dégradée

La mise en oeuvre des réformes économiques s'est faite à un rythme soutenu après le changement de régime en octobre 2000. Toutefois, après l'assassinat, en mars 2003, du Premier ministre, M. Djindjic, cette tendance s'est inversée, provoquant une sérieuse dégradation de la situation économique.

Les deux premières années de l'ère post-Milosevic ont permis des réformes importantes : réforme de la fiscalité, permettant d'augmenter la recette publique ; adoption d'un taux de change unique ; déréglementation du commerce extérieur ; adoption de lois sur les privatisations ou investissements étrangers. Les prix des services publics ont été réévalués à des niveaux plus réalistes et le secteur public bancaire a été restructuré.

Le ralentissement des réformes depuis un an, dû en partie aux complications politiques liées à la succession de M. Djindjic et aux élections législatives de décembre dernier, a pesé sur l'économie. Des lois essentielles pour relancer la confiance des investisseurs étrangers sont encore en suspens, comme la réforme des tribunaux de commerce, les lois sur les faillites ou sur l'enregistrement des sociétés, le droit foncier ou la lutte contre la corruption.

Il en résulte une situation économique dégradée. La productivité industrielle, rendue atone par l'insuffisance des investissements productifs étrangers, a chuté. L'obsolescence de l'outil de production national stimule les importations et contribue à détériorer davantage le déficit commercial qui pourrait s'élever à 994,7 milliards de dollars en 2003. Le concours des bailleurs extérieurs et les transferts de l'étranger sont indispensables pour combler le besoin de financement.

c) Un climat social difficile

Le chômage en Serbie s'établit à 32 % de la population active et 17 % des Serbes vivent en dessous du seuil de pauvreté. La population diminue, en dépit de l'arrivée, entre 1991 et 2002, de 600 000 réfugiés ; on estime par ailleurs que, durant ces dix dernières années, la « fuite des cerveaux » a concerné 500 000 personnes. Les « couches défavorisées » de la population représenteraient environ 47 % de l'ensemble.

La Serbie est de surcroît confrontée à une infrastructure sociale défaillante : un système de santé en crise, aux équipements obsolètes et dont l'accès devient de plus en plus inégalitaire ; un système éducatif dégradé qui rémunère mal ses enseignants : un enseignement supérieur totalement déconnecté des besoins du marché du travail, générant un chômage élevé -près de 40 %, chez les jeunes.

L'appareil productif industriel a besoin d'une restructuration complète : l'obsolescence des équipements et des effectifs pléthoriques requièrent une modernisation urgente. Le système ne répond pas aux besoins des consommateurs et conduit à un courant d'importation croissant qui pèse sur l'équilibre commercial.

Enfin, en fond de tableau, la Serbie souffre d'une corruption chronique qui affecte la vie quotidienne, en particulier dans les services publics, singulièrement dans la justice. La justice fiscale est absente, notamment pour les entreprises selon que celles-ci ont, ou non, appartenu aux réseaux financiers de l'ancien régime.

* 2 Faute d'un quorum suffisant de votants..

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