3. La chute du taux de fécondité dans les pays d'Europe centrale et orientale

a) Le net recul des taux de fécondité

Alors que le taux de fécondité moyen s'établit, en 2003, à 1,48 dans l'Union européenne et à 1,52 parmi les Quinze, l'ensemble des nouveaux États membres se situent en dessous de cette moyenne. Encore les deux pays les mieux placés, Chypre (1,46) et Malte (1,41), sont-ils de culture méditerranéenne. Parmi les anciens pays socialistes, l' Estonie présente le taux de fécondité le moins bas, soit 1,35, tandis que la Slovaquie , avec un taux de 1,17, arrive en dernière position, y compris dans l'ensemble de l'Europe. Rappelons que ce taux s'établit à 1,89 en France.

Ces chiffres traduisent également les difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontées les femmes.

Ces taux de fécondité ont partout baissé, parfois de façon très sensible. Ainsi est-il passé, entre 1992 et 2003, de 2,49 à 1,46 à Chypre , de 1,94 à 1,25 en Lituanie , de 2,12 à 1,41 à Malte , de 1,93 à 1,24 en Pologne ou encore de 1,98 à 1,17 en Slovaquie .

En revanche, dans d'autres pays, il commence à remonter légèrement, comme en République tchèque , où il a connu son point le plus bas en 1999 (1,13) mais s'établit à 1,18 en 2003, en Estonie (1,21 en 1998 mais 1,35 en 2003) et en Hongrie , où il remonte depuis 1999.

Taux de fécondité total de 1992 à 2003
(nombre d'enfants par femme)

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

UE 25

1,57

1,52

1,48

1,44

1,44

1,44

1,43

1,42

1,48

1,46

1,46 1

1,48 1

République tchèque

1,72

1,67

1,44

1,28

1,18

1,19

1,16

1,13

1,14

1,14 1

1,17 1

1,18

Estonie

1,69

1,45

1,37

1,32

1,30

1,24

1,21

1,24

1,34

1,34

1,37

1,35 1

Chypre

2,49

2,27

2,23

2,13

2,08

2,00

1,92

1,83

1,64 1

1,57 1

1,49

1,46 1

Lettonie

1,73

1,51

1,39

1,26

1,16

1,11

1,10

1,18 2

1,24

1,21 2

1,23 1

1,29 2

Lituanie

1,94

1,74

1,57

1,55

1,49

1,47

1,46

1,46 2

1,39

1,30 1

1,24

1,25 2

Hongrie

1,78

1,69

1,65

1,58

1,46

1,38

1,33

1,29

1,32

1,31 2

1,30 2

1,30 2

Malte

2,12

2,01

1,89

1,83

2,10

1,95

***

1,72

1,72

1,72 1

1,46

1,41 1

Pologne

1,93

1,85

1,80

1,61

1,58

1,51

1,44

1,37

1,34

1,29

1,25

1,24 1

Slovénie

1,34

1,34

1,32

1,29

1,28

1,25

1,23

1,21

1,26

1,21

1,21

1,22 1

Slovaquie

1,98

1,92

1,66

1,52

1,47

1,43

1,38

1,33

1,30

1,20

1,19

1,17 1

1 Valeur estimée Source : Eurostat

2 Valeur provisoire

*** Non disponible

b) La difficile conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale

• Des chiffres révélateurs

Le tableau ci-après montre qu'en 2003, les femmes ayant des enfants ont des taux d'emploi plus bas et de travail à temps partiel plus élevés.

En 2003, le taux d'emploi dans l'Union européenne s'établissait à 75,1 % pour les femmes âgées de 20 à 49 ans n'ayant pas d'enfant de moins de 12 ans, contre 60,4 % pour celles qui ont des enfants de moins de 12 ans. Parmi les femmes ayant un emploi, une proportion plus importante travaille à temps partiel lorsqu'elles ont des enfants.

Le taux d'emploi total des femmes ayant des enfants de moins de 12 ans était inférieur à celui des femmes sans enfant dans tous les nouveaux États membres, sauf en Slovénie , mais il est également élevé en Lituanie (78,7 %). En revanche, il est bas à Malte (26,7 %), en Hongrie (50,3 %) et en République tchèque (54,1 %). Les écarts entre les taux pour les femmes avec enfants et sans enfant étaient particulièrement significatifs en République tchèque (31,6 %), en Hongrie (27,9 %), en Slovaquie (22,3 %) et en Estonie (21,4 %).

Dans l'ensemble de l'Union, le taux d'emploi à temps partiel des femmes sans enfant de moins de 12 ans s'établissait à 15,2 %, et à 22,7 % pour celles ayant des enfants. Les taux les plus bas sont enregistrés parmi les nouveaux États membres, la Slovaquie (2 %), la Hongrie (2,3 %), la République tchèque (2,4 %) et la Slovénie (2,6 %) en particulier.

Taux d'emploi total et à temps partiel des femmes en 2003 (%)

Femmes entre 20 et 49 ans

Sans enfant

de moins de 12 ans

Avec enfant(s)

de moins de 12 ans

Total

Temps partiel

Total

Temps partiel

UE 25

75,1

15,2

60,4

22,7

République tchèque

85,7

2,4

54,1

3,9

Estonie

83,8

4,5

62,4

4,9

Chypre

74,9

8,8

69,7

8,3

Lettonie

78,4

5,1

66,3

7,6

Lituanie

79,5

9,9

78,7

12,7

Hongrie

78,2

2,3

50,3

3,7

Malte

37,5

(8,6)

26,7

(8,4)

Pologne

70,4

8,6

59,2

10,1

Slovénie

83,1

2,6

85,3

(1,8)

Slovaquie

81,4

2,0

59,1

1,6

( ) Données moins fiables en raison de la faible taille de l'échantillon Source : Eurostat

Le taux d'emploi des femmes est d'autant plus faible que le nombre d'enfants est élevé. Si, dans tous les États membres, le taux d'emploi des mères de trois enfants ou plus étaient inférieurs à ceux des mères d'un ou deux enfants, les écarts les plus importants entre le taux d'emploi des femmes ayant un seul enfant et celui des femmes avec trois enfants ou plus peuvent être observés en Hongrie , 59,4 % contre 12,6 %, en Slovaquie , 67,7 % contre 27,4 %, et en République tchèque , 61,4 % contre 22 %, soit les trois États membres dans lesquels les taux d'emploi des femmes ayant trois enfants ou plus étaient les plus bas.

Ces chiffres mettent en évidence, dans la plupart des nouveaux États membres, la difficulté pour les femmes de concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale, puisqu'elles doivent le plus souvent renoncer à leur emploi pour élever leurs enfants.

• De systèmes de garde d'enfants insuffisamment développés

En Estonie , les capacités d'accueil dans les crèches publiques correspondraient aux besoins qui sont peu importants, car, à l'époque soviétique, les enfants étaient placés, dès l'âge de deux ou trois mois, dans des crèches d'État pour que leurs mères puissent retourner au travail le plus rapidement possible, ce qui a suscité une méfiance vis-à-vis des crèches. Malte ne dispose pas d'un système réglementé de services de crèches gérées ou subventionnées par l'État, la plupart des crèches de ce pays étant privées. A Chypre , le système de garde d'enfants n'est pas très développé, pour plusieurs raisons : l'importance et la proximité des liens familiaux, les grands-parents assurant très souvent la garde des enfants, l'absence de gratuité de l'école avant le primaire et le caractère payant des crèches, de telle sorte qu'en 2002, les structures préscolaires, publiques et privées, accueilleraient moins de la moitié des enfants entre trois ans et moins de six ans.

Dans d'autres pays, le système de garde d'enfants, tel qu'il avait été mis en place par le régime précédent, n'a pas disparu mais son coût s'est fortement accru.

Tel est le cas en Slovaquie , où un dispositif d'éducation préscolaire financièrement abordable avait été institué, et un réseau de crèches existait dans presque chaque commune. Autrefois subventionné par le gouvernement, ce système est désormais pris en charge par les communes et, de plus en plus, par le secteur privé. De ce fait, les coûts d'accès ont augmenté, ce qui incite les mères de famille à se retirer du marché du travail pour élever leurs enfants. En Pologne , le système de garde des enfants était organisé, avant 1989, au sein des écoles maternelles et financé par l'État, puis de nombreux établissements publics ont fermé et les crèches privées se sont développées, accessibles aux familles les plus aisées. En République tchèque , l'offre est insuffisante et les jardins d'enfants privés restent difficilement accessibles en raison de leurs tarifs élevés. Selon des statistiques tchèques, le nombre de crèches, dans le pays, a été divisé par plus de quatre, passant de 247 en 1993 à 58 en 2002 (- 76,5 %), et le nombre de places disponibles, de 9.265 à 1.582 (- 82,9 %).

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