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Hongrie, la facture du mensonge politique

 

INTRODUCTION

Des multiples contacts particulièrement riches d'enseignements prévus au programme de la visite comme des notes de travail qui ont été fournies par l'Ambassade et la mission économique à votre rapporteur général pour la préparation des entretiens, il ressort que la situation actuelle peut s'interpréter à partir d'un double constat.

La première idée directrice, qui sous-tend notamment l'appréciation des relations bilatérales avec la France, est que la Hongrie est un pays dans lequel, en dépit d'une apparence apaisée, les blessures de l'histoire ne se sont pas encore vraiment refermées.

L'autre axe, à côté de la présence de l'histoire, qui structure les développements du présent rapport, est que la Hongrie est un cas d'école pour illustrer l'interdépendance entre sphère réelle et sphère financière : on voit comment un pays peut « déraper » par suite d'un manque de rigueur sur le plan financier en dépit de performances macroéconomiques « réelles » non négligeables.

A avoir voulu bénéficier trop vite des fruits de son entrée dans l'Union européenne - et trouver sa récompense trop tôt pour ses efforts de mise à niveau -, ce pays est aujourd'hui « plombé » par les déséquilibres de ses finances publiques qui non seulement lui imposent une cure d'austérité mais le rendent vulnérable à des risques de crise financière ou à de simples secousses monétaires toujours possibles : ainsi, les Hongrois vont-il devoir payer la facture d'une politique du fil de l'eau et du mensonge politique. On ne peut que déplorer d'autant plus que le peuple hongrois, victime à plusieurs reprises des cruels événements du XXème siècle, a été celui qui a eu, en 1956, le premier du glacis soviétique, le courage de se lever en masse contre le totalitarisme.

Au surplus, à moyen terme, la Hongrie sera contrainte de s'adapter à la mondialisation et de faire face à la concurrence de plus en plus forte de ses voisins1(*).

Données géographiques et humaines

90.000 Km2

10 millions d'habitants

Capitale : Budapest 2 millions d'habitants

Population active : agriculture 25 %, industrie 40 %, services 35 %

PNB par habitant : 10.000 euros soit 50 % de la moyenne communautaire

1 euro = 272 Forints

I. LES ÉLÉMENTS DE CONTEXTE

La Hongrie est le seul pays d'Europe centrale dont le gouvernement sortant ait été reconduit lors des dernières élections. Il faut relever que, tandis que la République tchèque semble largement paralysée par le scrutin de juin, qui n'a pas désigné de vainqueur manifeste, la Slovaquie et la Lituanie sont gouvernées par des coalitions hétérogènes, tandis que la Pologne connaît une nouvelle crise gouvernementale.

A. UNE CONJONCTURE POLITIQUE PARTICULIÈRE

1. Un lendemain d'élections générales : la reconduction de la majorité sortante

Jusqu'en 2006, la Hongrie avait connu des alternances politiques à chaque élection législative2(*)

Ainsi aux élections législatives de 2002, la droite entraînée par M. Viktor Orban a été battue par les socialistes, qui portèrent au poste de Premier Ministre, M. Péter Medgyessy. Après avoir mené à bien les dernières étapes de la préparation de l'entrée de la Hongrie dans l'Union Européenne, le gouvernement de coalition formé par les socialistes et les libéraux traversa une crise de confiance qui conduisit M. Medgyessy à la démission. Il fut remplacé par M. Ferenc Gyurcsany, son ministre de la jeunesse et des sports, qui prit la direction d'un nouveau gouvernement de coalition le 27 septembre 2004.

A la suite des élections générales des 9 et 23 avril 2006, qui ont vu la victoire de la coalition sortante, le Parlement nouvellement élu a été convoqué le 16 mai dernier par M. Laszlo Solyom, président de la République.

La coalition (parti socialiste (MSZP) +  libéraux de l'Alliance des démocrates libres (SZDSZ) est sortie renforcée des élections législatives de ces élections : alors qu'elle ne disposait que de 198 sièges dans l'assemblée précédente, elle a désormais 210 députés au sein d'une assemblée de 386 membres.

M. Ferenc Gyurcsany, chef du parti socialiste s'est succédé à lui-même au poste de Premier ministre.

Dans le contexte houleux créé par les manifestations de Budapest, l'échéance suivante a été les élections municipales du dimanche 1er octobre, qui ont été catastrophiques pour le parti socialiste : la coalition au pouvoir a certes conservé de justesse la mairie de Budapest, mais l'opposition a pris le contrôle de 18 des 20 assemblées départementales, avec 52,62 % des voix, contre 37,73 % à l'alliance socialiste-libérale, conquérant ainsi 16 des 23 principales villes du pays.

* 1 Comme en témoigne, par exemple, le fait que le représentant d'une grande entreprise industrielle ait indiqué à l'occasion d'un contact avec les milieux d'affaires français que le rapport de coût du travail entre la Roumanie et la Hongrie était de 1 à 4.

* 2 1994 : retour du MSZP aux affaires, en coalition avec le SSDSZ -1998 : victoire du Fidesz en coalition avec le MDF et le FKGP.