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L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

4. Une France sans paysans en 2017 ?

Mais restons-en à la démographie. « Sans doute, pendant longtemps encore, les spécialistes de l'agriculture se recruteront-ils de préférence au sein des familles des exploitants aujourd'hui en place. Mais, à terme plus lointain, ce modèle traditionnel de recrutement risque lui-même, sinon de disparaître, du moins de perdre son exclusivité. Ainsi naîtra -au milieu des difficultés que nous devons prévoir pour les prévenir- une France sans particularisme paysan, bref : une France sans paysans ».

Ainsi se termine Une France sans paysans, écrit en 1965 -voilà plus de 40 ans !- par Michel Gervais, Claude Servolin et Jean Weil. Cet ouvrage était sous-titré : « 150.000 paysans en moins chaque année. De Méline à Pisani. Demain, l'agriculture sera-t-elle une industrie ? Et les paysans, des ouvriers ? ».

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Dans ses animations, Jean-François Ruas, spécialiste démographe au ministère de l'agriculture et de la pêche, commence par cette remarque : « La disparition des agriculteurs aurait lieu vers 2017, si les prévisions démographiques étaient fondées sur une logique linéaire ». Cette logique est celle que tout un chacun utilise spontanément lorsqu'il s'interroge sur l'avenir de la population agricole ; elle nourrit les inquiétudes des agriculteurs et, parmi eux, des jeunes. La population de référence est constituée des « exploitations professionnelles » recensées en 2000 : elles sont 380.000, représentant 95 % de la valeur ajoutée agricole, 92 % du foncier et 59 % des exploitations (ce qui signifie qu'il existe de nombreuses micro-exploitations et que l'utilisation des chiffres doit être prudente).

En réalité, la démographie n'est pas linéaire : elle suit une courbe en « S » ayant dépassé son sommet et « allant vers la descente ». Après le sommet, la descente s'est accélérée (exode rural), puis s'est freinée pour être presque stoppée à présent. C'est la fin d'un phénomène de « transition démographique » : en 2000, 12.000 exploitants sont partis, 12.000 exploitants sont entrés. En supposant qu'il n'y ait plus d'installations pendant 15 ans, c'est un flux sortant de 15 x 12.000 = 180.000 professionnels qu'il faudrait constater, portant en 2015 le nombre des exploitations agricoles (définition 2000) à 380.000 - 180.000 = 200.000. Mais il y aura des installations sur des exploitations dont la taille et la définition auront varié.