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L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

V. INDUSTRIES, DISTRIBUTION, LOGISTIQUE

1. Il n'y a pas de centre, mais des points sur des réseaux

Le système alimentaire n'a plus vraiment de centre, ou d'origine, comme pourrait le suggérer le caractère « primaire » de l'agriculture. On y décèle plutôt de multiples enchaînements d'entreprises de toutes tailles, la liaison avec l'agriculture étant cependant une obligation, un passage obligé. On vient de voir que les coopératives issues de l'agriculture sont des points d'impulsion vers l'agroalimentaire et que, inversement, de très grandes firmes se préoccupent de la permanence de leur liaison avec l'agriculture. Dans le premier cas, l'agriculture est une « raison d'être » ; pas dans le second, où elle est cependant une condition sine qua non, tant que l'objet de la firme reste l'aliment (ce point n'est pas un détail : Danone est issu des transformations successives de BSN, opérateur dans le verre, dont la stratégie fut un moment résumée ainsi par Antoine Riboud : « du contenant au contenu », du verre à la bière, puis à l'agroalimentaire en général, ce qui n'est plus aujourd'hui tout à fait le cas). En outre, les entreprises qui ont absolument besoin de l'agriculture sont très diverses en taille et en influence sur leur fournisseur agricole, parfois cantonné au rôle de sous-traitant (mais les coopératives ont des filiales agroalimentaires). Nous explorerons en profondeur cette partie « industrie agroalimentaire » du système alimentaire.

2. Les industriels fournisseurs d'intrants sont essentiels

Nous devrions tout aussi bien nous pencher sur l'ensemble des fournisseurs de l'agriculture : fabricants d'engrais, de phytosanitaires, de machines et de matériels ; fournisseurs de semences ou d'aliments du bétail qui se sont eux-mêmes fournis auprès de l'agriculture. Dans le cadre limité de ce travail, nous avons choisi de ne pas entrer dans le détail ; cette importante question est cependant évoquée de manière générale au premier chapitre, et le sera également au dernier. Disons cependant que les acteurs de cette partie du système alimentaire sont tout à fait concernés par le développement de l'agriculture : ce sont des innovateurs, en forte concurrence, et leur concentration est importante ; ils risquent de voir les demandes des agricultures bénéficiant de politiques agricoles baisser en volume et devenir plus exigeantes en qualité et précision si les protections de ces pays viennent à baisser ; ils sont évidemment tout à fait intéressés par tous les mécanismes qui favoriseraient l'essor des autres agricultures du monde dont ils deviendraient fournisseurs. Leur impact est considérable et leur responsabilité parfois recherchée par les consommateurs finaux d'aliments. Leurs partenaires sont essentiellement les acteurs de la distribution agricole, au premier rang desquels les coopératives. Leur « distance » à tout un chacun, consommateur final, est assez longue ; en revanche, la distance du consommateur final à l'industriel de la transformation alimentaire est plus courte : seul le distributeur d'aliments les sépare physiquement, car bien souvent ils sont en communication directe par les marques de fabricants. Néanmoins, c'est toute la question de la traçabilité qui est ici posée : qu'y a-t-il dans l'aliment ? Pesticide ? OGM ? Nous y reviendrons.