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Union européenne - Russie : quelles relations ?

 

c) Existe-t-il une réelle stratégie énergétique russe qui soit viable sur le long terme ?

Dans ces conditions, il existe chez les experts de fortes inquiétudes sur la capacité de la Russie à honorer ses engagements d'approvisionnement en gaz de l'Union européenne dans les prochaines années. À cet égard, la principale incertitude porte sur l'évolution de la consommation intérieure.

Ainsi, selon un scénario pessimiste, fondé sur une hausse de la consommation interne de gaz au rythme actuel (+ 6 % par an dans le district de Moscou), à partir de 2012, la Russie ne pourrait plus honorer ses contrats actuels avec l'Union européenne. Dans ce contexte, le contrôle de l'importation de gaz en provenance d'Asie centrale, notamment du Turkménistan, pourrait revêtir une importance majeure pour la Russie.

Interrogés sur ce point, les experts du CERA (Cambridge Energy Research Associate's Office) ont estimé que la question du calendrier des réformes sera cruciale, tant pour la Russie, que pour l'Union européenne.

Compte tenu des réserves gigantesques dont dispose ce pays, rien ne s'oppose en théorie à ce que la Russie puisse assurer à l'avenir à la fois la consommation sur le marché domestique et l'approvisionnement en gaz de l'Union européenne, voire de l'Asie. Toutefois, il est indispensable que la Russie développe le plus rapidement possible l'exploitation de nouveaux gisements. Les responsables russes rencontrés à Moscou, notamment le porte-parole de Gazprom, se sont montrés rassurants. Il est vrai que l'on assiste à une prise de conscience récente en Russie de ces enjeux.

Ainsi, le gouvernement russe a décidé, malgré la rudesse de l'hiver russe avec des températures pouvant atteindre parfois entre - 40 et - 60° C, une hausse de 15 % par an en termes réels du prix du gaz sur le marché domestique avec une convergence à terme en 2012 entre le prix intérieur et le prix extérieur. Le prix du gaz sur le marché domestique (40 dollars pour 1 000 mètres cubes) est cinq fois inférieur au prix du gaz sur le marché mondial (200 dollars pour 1 000 mètres cubes). Même si l'on soustrait la taxe d'exportation (de 30 %) et le coût du transport, le prix du gaz payé par le consommateur européen (environ 100 dollars pour 1 000 mètres cubes) représente plus du double du prix payé par le consommateur russe. Or, du fait des prix peu élevés sur le marché domestique, les particuliers et les entreprises ne sont pas incités à réduire leur consommation. De leur côté, les producteurs, comme Gazprom, sont peu enclins à investir dans l'exploitation de nouveaux gisements, mais plutôt à participer à la distribution dans les pays européens (70 % des bénéfices de Gazprom sont tirés des exportations de gaz vers l'Union européenne).

Quels seront les effets de cette hausse du prix du gaz sur le marché domestique ? D'un côté, on peut penser que cette mesure entraînera une réduction de la consommation intérieure et un effort accru en matière d'économies d'énergie, ainsi que des profits plus importants et une augmentation des investissements, ce qui pourrait favoriser la capacité d'exportation de la Russie. Mais, d'un autre côté, la convergence entre le prix du gaz payé par le consommateur russe et le cours mondial pourrait entraîner à l'avenir une concurrence accrue entre le gaz destiné au marché domestique et le gaz destiné aux exportations.

Il existe aussi en Russie un énorme potentiel en matière d'efficacité énergétique et d'économies d'énergie. La Russie consomme, en effet, trois fois plus d'énergie que l'Union européenne par unité de PIB. À titre anecdotique, on peut citer la régulation de la température par l'ouverture des fenêtres ou encore le fait que neuf particuliers sur dix ne disposent pas de compteur individuel de gaz. Selon certaines études, la Russie pourrait économiser jusqu'à un quart de sa consommation intérieure de gaz. Or, il n'existe aucune politique publique ou privée destinée à renforcer l'efficacité énergétique et à faire la chasse aux gaspillages.

Par ailleurs, il existe de fortes déperditions en Russie en raison de la vétusté des infrastructures, les gazoducs existants ayant été construits dans les années 1970. Les fuites de gaz en Sibérie sont estimées à 10 % de la production, ce qui représente l'équivalent de la consommation annuelle de la France. Le gaz associé détruit par torchage illustre à lui seul le gaspillage actuel d'énergie en Russie. En effet, compte tenu du monopole de transport et d'exportation du gaz naturel de Gazprom, les autres producteurs de gaz, notamment les entreprises pétrolières qui extraient du gaz associé sont contraints de vendre le gaz à Gazprom au prix fixé par ce dernier. Or, ce prix est fixé à un niveau tellement bas qu'il est plus rentable pour les entreprises pétrolières de se débarrasser du gaz associé en le brûlant plutôt que de le vendre à Gazprom. On estime ainsi qu'entre 20 et 50 milliards de mètres cubes de gaz sont perdus par torchage chaque année, ce qui représente entre 10 et 20 % du total des exportations. C'est une catastrophe écologique, en raison des émissions de CO2. C'est aussi une perte sèche, tant pour la Russie, que pour l'Union européenne. Afin d'éviter un tel gaspillage, il faudrait au minimum que les producteurs privés puissent vendre le gaz associé à un prix attractif à Gazprom ou, dans l'idéal, que les producteurs privés puissent utiliser sans entraves le réseau d'infrastructures de Gazprom pour exporter le gaz vers l'extérieur.