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Equipements militaires : le souhaitable et le possible

 

3. Réduire le déficit en transport stratégique et aéromobilité

Le transport stratégique et l'aéromobilité sont identifiés comme deux lacunes capacitaires pénalisantes pour nos forces armées. La restauration de la capacité de projection passe par la bonne exécution de la commande d'avions de transport A400M dont il faudra optimiser l'intégration en privilégiant des solutions européennes pour la formation et la maintenance.

La capacité de transport maritime, à travers notamment les bâtiments de transport spécialisés, méritera d'être redressée.

Enfin, la commission s'est inquiétée depuis plusieurs années du creusement d'un déficit annoncé en matière d'hélicoptères de transport. L'absence de rénovation d'une partie du parc Puma, très ancien et très sollicité, de même que le décalage de la rénovation des Cougar, ne rendent que plus impératif le respect des échéances prévues pour la livraison du NH90. Rappelons que celle-ci a été fixée en 2011, ce qui paraît bien tardif au regard des difficultés rencontrées et des coûts croissants de maintenance sur le parc actuel, alors même que le NH90 est en service dans l'armée allemande depuis 2006.

4. Les équipements clés en matière de capacités de combat et la question du second porte-avions

Votre rapporteur souhaite tout d'abord mentionner trois types d'équipements qui revêtent à ses yeux une importance particulière pour les toutes prochaines années : les armements de précision (précision métrique et guidage tout temps sur les armements air-sol, missiles de croisière et missiles tactiques) ; le véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI) déjà fortement retardé en raison des difficultés de conception et qui constituera le blindé principal des forces terrestres ; les moyens garantissant la protection des forces en opérations (protection contre les engins explosifs improvisés ; défense sol-air Aster).

S'agissant du second porte-avions, il n'y a pas lieu de revenir sur l'ensemble des éléments, parfaitement connus, qui militent pour sa réalisation, notamment l'accès à une capacité permanente qui donnerait tout son sens aux investissements déjà réalisés pour le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, son groupe aérien et les bâtiments d'accompagnement.

Le Charles de Gaulle est entré en grand entretien pour 18 mois. Son indisponibilité moyenne est évaluée au tiers du temps. Les avantages apportés par un second bâtiment en matière de permanence, à savoir la possibilité de se trouver dans des délais relativement brefs sur la zone des opérations, sont à mettre en rapport avec les solutions possibles en cas d'indisponibilité d'un porte-avions unique. Sur un théâtre lointain, le déploiement d'avions de combat suppose un pré-positionnement adapté ou l'engagement de négociations d'autorisations de stationnement, sans garantie de résultat et de délais, avec un pays disposant d'un site adéquat, à l'image du Tadjikistan où stationnent nos avions de combat pour les opérations en Afghanistan.

Sur le plan technique, la coopération lancée en 2006 avec le Royaume-Uni a permis d'aboutir à un design commun sur les projets britannique et français. On estime que la part commune aux deux projets représenterait 85 % du besoin militaire, les parts distinctes résultant des différences entre les deux types d'avions (catapultage pour la France, JSF à décollage court pour le Royaume-Uni) et à l'emport de l'arme nucléaire par les avions français. Les Britanniques estiment que le coût des 2 bâtiments projetés s'élèverait à 5,8 milliard d'euros sans coopération avec la France (2,9 milliards d'euros par bâtiment), mais espèrent qu'il pourrait descendre à 5,3 milliards d'euros en cas de coopération, soit une économie d'environ 200 à 250 millions d'euros par bâtiment. Sur cette base, le second porte-avions représenterait pour la France une charge comprise entre 2,5 et 3 milliards d'euros. La France a proposé que la partie avant de la coque soit fabriquée à Saint-Nazaire, les deux autres blocs étant construits outre-manche. Cette solution, qui serait source d'économies, semble poser problème au Royaume-Uni, où s'exercent de fortes pressions pour obtenir l'ensemble de la charge industrielle, en relation avec les difficultés de certains chantiers navals. Le nouveau gouvernement britannique n'a pas encore arrêté sa position sur le lancement du programme, ni sur ses préférences en matière de réalisation. Une « revue » globale du financement du ministère de la défense est en cours et ses conclusions sont attendues pour l'automne.

Les décisions que prendront les autorités britanniques seront bien entendu déterminantes pour la France. Pour le budget d'équipement français, le lancement de la construction d'un second porte-avions représenterait une annuité de l'ordre de 500 millions d'euros sur une bonne partie de la future loi de programmation.

Votre rapporteur estime que la question du second porte-avions représente une bonne illustration de la problématique plus générale du niveau auquel la France souhaite fixer notre effort de défense. Dans le cadre du simple maintien des budgets actuels, le lancement du second porte-avions conduirait à affecter la réalisation d'autres programmes essentiels. Le lancement du projet, dans le cadre d'une coopération franco-britannique, mérite donc d'être lié à la mise en place de ressources supplémentaires.