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La Hongrie : un partenaire stratégique pour l'économie française

 

2. L'énergie, un secteur particulièrement prometteur

Par son positionnement géographique, la Hongrie est appelée à jouer, à court ou moyen terme, un rôle majeur dans la distribution d'énergie au centre de l'Europe, dans un contexte de dépendance envers la Russie, qui lui fournit 80 % du gaz et 60 % du pétrole qu'elle consomme28(*). Dans cette mutation en cours, les entreprises françaises, acteurs majeurs du secteur énergétique, ont vocation à occuper une place croissante.

Cela concerne la distribution du gaz : d'une part, grâce à son réseau de gazoducs actuels (5.226 km), la Hongrie assure, outre sa propre consommation en gaz, l'approvisionnement en gaz russe de l'Europe de l'Ouest ; d'autre part, grâce à sa capacité de stockage (5 sites représentant 3,3 Mds m3), la Hongrie contribue à la sécurité des approvisionnements en gaz. En réponse à la récente crise gazière intervenue entre la Russie et l'Ukraine en janvier 2006, il a été décidé la construction de nouveaux centres de stockages tampons que la société russe Gazprom utilisera pour fournir ses clients européens et qui seront construits par le groupe hongrois MOL. En outre, afin de diversifier les sources d'approvisionnement en gaz dans un contexte de dépendance forte à l'égard de la Russie, trois projets sont en cours : le prolongement d'un autre gazoduc (Blue Stream) Russie-Turquie vers la Hongrie, le gazoduc qui arrive aujourd'hui en Hongrie via l'Ukraine devant rapidement arriver à saturation ; la construction d'un gazoduc de près de 1.000 kilomètres pour acheminer vers la Hongrie du gaz liquéfié en provenance d'Afrique du Nord et prévu pour être livré à un terminal méthanier à construire sur la côte adriatique de la Croatie ; enfin, le projet « Nabucco » de gazoduc long de 3.400 kilomètres reliant la Turquie à l'Autriche en passant par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie, qui permettrait d'amener le gaz iraquien, iranien et kazakh en Europe via la Hongrie. Alors que la recherche d'investissements pour ce projet de grande envergure (4,4 Mds d'euros) est en cours, la Pologne et la Russie ont à leur tour manifesté leur intérêt pour Nabucco.

Gaz de France a notamment fait savoir à la délégation sénatoriale son vif intérêt pour ce projet Nabucco, contrarié pourtant par les relations tendues entre la France et la Turquie, comme d'ailleurs pour la construction du terminal méthanier sur la côte adriatique croate. Comme l'a expliqué à la délégation M. Sándor Laczó, directeur général d'Égaz/Dégáz, société détenue à 99,6 % par GDF, GDF a déjà une implantation solide en Hongrie puisque le groupe a acquis deux des six sociétés distributrices de gaz privatisées, Egaz et Degaz, qui se fournissent en gaz auprès de MOL, grossiste national de service public. Entrer dans le consortium Nabucco permettrait à GDF de disposer d'un positionnement significatif sur les routes du gaz.

Le président de la République française, lors de son intervention devant le Parlement hongrois le mois dernier, a lui-même jugé stratégique ce projet de gazoduc « Nabucco », qui assurerait une diversification des approvisionnements de l'Union européenne, encore très dépendante de la Russie pour son énergie, et qui permettrait à la Hongrie de devenir un véritable « hub » énergétique pour l'Europe. Ces propos sont d'importance quand on sait que les cinq pays associés (Turquie, Roumanie, Bulgarie, Autriche et Hongrie) sont à la recherche d'un sixième partenaire pour réaliser d'ici 2012 ce gazoduc de 3300 kilomètres, partant de la Mer Caspienne et contournant la Russie. Pourtant, sur ce point, M. János Latorcai, vice-président de la commission des affaires économiques du Parlement hongrois, était resté prudent, jugeant que la Hongrie ne pourrait se déterminer sur le projet Nabucco tant que le tracé définitif du projet ne serait pas fixé mais rejetant aussi toute solution alternative (projet russe ou croate).

GDF ambitionne par ailleurs de participer au développement des infrastructures d'interconnexion régionale, les réseaux gaziers de la Hongrie, de la Slovaquie, de la Croatie et de la Roumanie, quatre pays dans lesquels GDF est présent. Enfin, GDF souhaite établir une coopération avec le transporteur hongrois, MOL, engagé dans le développement d'infrastructures de transport et de stockage, segment d'activité sur lequel GDF a acquis un savoir-faire.

Cela concerne aussi la distribution d'électricité, qui pourrait être facilitée grâce à l'augmentation de la capacité de l'unique centrale nucléaire, située à Paks. Près de 40 % de l'électricité produite en Hongrie a pour origine cette centrale nucléaire (1800 MW)29(*) dont l'arrêt était théoriquement programmé pour 2012, mais dont la durée de vie a finalement été prolongée en 2005 de 20 ans et qui devrait être complétée par deux nouvelles tranches (de 600 ou 1300 MW) à partir de 2020. Le thème nucléaire fait justement partie des sujets traités dans l'un des groupes de travail entre MVM30(*), l'électricien hongrois, et EDF. Le ministère de l'économie hongrois a, pour sa part, évoqué plusieurs fois l'idée d'une coopération franco-russe sur le dossier de Paks. MVM, qui pourrait tenter de se développer face à la prédominance allemande en s'adossant à un autre opérateur européen, pourrait ainsi devenir un partenaire privilégié d'EDF sur les marchés voisins, notamment en Roumanie, où des privatisations vont encore avoir lieu.

Si l'industrie allemande (E.O.N., RWE-EnBW) occupe jusque là une place dominante, tant en matière de production que de distribution, place acquise à la faveur de la première grande vague de privatisation du secteur énergétique en 1995-9631(*), et laisse peu d'espace à ses concurrents français32(*), la récente crise gazière Russie-Ukraine, la décision de la Commission européenne relative à la privatisation de la branche gaz de MOL (qui a limité le succès remporté par E.O.N. sur GDF), la prochaine privatisation partielle de MVM (à hauteur de 25 %) ouvrent des opportunités pour les entreprises françaises. De telles opportunités pour les entreprises françaises de production ou de distribution d'énergies signifient aussi des opportunités pour les entreprises françaises dans le domaine des équipements pour ce secteur (Alstom, Areva, Legrand, Schneider Electric...).

A cet égard, il faut souligner que, lors de sa récente intervention devant le Parlement hongrois, le président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, a mis en valeur les enjeux du secteur de l'énergie, au moment où il a présenté les objectifs de la future présidence européenne de la France. Il a saisi l'occasion, une fois de plus, pour défendre l'option nucléaire, qui, à ses yeux, constitue une « opportunité évidente » alors que les réserves en gaz et pétrole s'épuisent. La délégation sénatoriale avait pu interroger sur ce sujet les députés hongrois qu'elle a rencontrés : M. György Podolák, vice-président de la commission des affaires économiques du Parlement hongrois, a ainsi considéré que la place de l'énergie nucléaire faisait l'objet d'un consensus dépassant les clivages politiques et que l'objectif était, à terme, de porter à 60 % la part de l'énergie nucléaire dans le bouquet énergétique, grâce au développement de la centrale de Paks (au sud du pays). M. György Podolák s'est aussi montré intéressé par la perspective de débattre avec la France des questions énergétiques et, notamment, de l'usage de l'énergie nucléaire.

* 28 La Hongrie est le deuxième consommateur de gaz en Europe, après les Pays-Bas, en raison d'une tradition de subventionnement public de cette énergie.

* 29 Le gaz, qui fait fonctionner l'essentiel des 19 centrales thermiques, est à l'origine de 35 % de la production électrique de la Hongrie, et la part de l'électricité produite à partir de sources d'énergie renouvelables (essentiellement la biomasse) dépasse désormais les 5 %.

* 30 Magyar Villamos Müvek.

* 31 Sauf la centrale de Paks, qui reste propriété de MVM, encore à capitaux publics.

* 32 EDF (y compris par le biais de Dalkia, filiale commune d'EDF et Veolia) et Suez (à travers Electrabel) contrôlent néanmoins quelques centrales privées, EDF et GDF ayant par ailleurs racheté des entreprises de distribution régionales d'électricité et de gaz, respectivement. En cas de fusion entre GDF et Suez, GDF disposerait donc d'une production gazière à distribuer.