Allez au contenu, Allez à la navigation



L'Union européenne et la Turquie à la veille de la présidence française

 

B. UNE ÉCONOMIE DYNAMIQUE DE PLUS EN PLUS INSÉRÉE DANS LES ÉCHANGES MONDIAUX

1. Une économie résolument tournée vers l'international

L'économie turque est de plus en plus insérée dans les échanges mondiaux. Son commerce extérieur est en forte croissance : après avoir enregistré des hausses de 18 % en 2005 et en 2006, il s'est accru de nouveau de 23 % en 2007 pour atteindre 277 milliards de dollars. Les exportations, qui concernent notamment les véhicules automobiles et les produits textiles, ont augmenté de 25% en 2007, tandis que les importations ont progressé de 22 %. De ce fait, la balance commerciale reste certes déficitaire, notamment en raison de l'alourdissement de la facture énergétique, mais elle montre, depuis 2006, quelques signes d'amélioration : le déficit commercial, qui s'établit à 63 milliards de dollars en 2007, n'a ainsi progressé que de 16 %, ce qui constitue un repli sensible par rapport à 2006, où le déficit commercial s'était accru de 25 %.

L'Union européenne reste le principal partenaire commercial de la Turquie, même si un mouvement de diversification géographique se dessine nettement au détriment de l'Europe, aussi bien à l'importation qu'à l'exportation. A l'importation, la Russie (13,8 %), la Chine (7,8 %) et les États-Unis (4,8 %) occupent ainsi la première, la troisième et la cinquième place des fournisseurs de la Turquie, tandis que l'Allemagne (10,3 %), l'Italie (5,9 %) et la France (4,5 %) occupent la deuxième, la quatrième et la sixième place. Cette évolution peut être imputée pour partie à l'appréciation de l'euro, dont l'impact a été non négligeable sur l'évolution du commerce bilatéral entre la Turquie et l'Union européenne. A l'exportation, on constate une augmentation sensible des flux dirigés vers les pays du voisinage immédiat, tels l'Arabie Saoudite, l'Azerbaïdjan, la Bulgarie, les Émirats arabes unis, la Grèce, l'Iran, la Roumanie ou la Russie. Les exportations turques ont progressé de 30 % vers ces pays, en raison des contrats signés par les grands groupes de construction turcs ou de la mise en oeuvre de projets liés aux hydrocarbures. L'Union européenne reste néanmoins le principal débouché des exportations turques, puisque l'Allemagne (11,2 %), le Royaume-Uni (8,1 %), l'Italie (7 %) et la France (5,4 %) figurent parmi les principaux clients de la Turquie en 2007, suivis par la Russie (4,4 %).

Depuis 2005, la Turquie est devenue une destination attractive pour les investisseurs étrangers. L'assainissement en profondeur du secteur financier et bancaire, conjugué aux efforts de rigueur budgétaire, ont permis de séduire les investisseurs. Après avoir été très faibles tout au long des années 1990, les flux entrants d'investissement directs de l'étranger ont connu une envolée exceptionnelle à partir de 2005. La Turquie a ainsi reçu 10 milliards de dollars en 2005 puis 20 milliards de dollars en 2006, un chiffre qui devrait encore avoir été dépassé en 2007. La Turquie accède ainsi au seizième rang mondial en termes de flux reçus et se place en cinquième position dans la catégorie des pays émergents, derrière la Chine, Hong Kong, la Russie et Singapour. L'Union européenne demeure le principal investisseur en Turquie, avec 83 % des flux de capitaux investis en 2006, même si des pays proches, comme le Kazakhstan, la Russie ou le Moyen-Orient manifestent de plus en plus leur intérêt pour la Turquie.

2. Des échanges bilatéraux en quasi stagnation

En dépit de ce contexte particulièrement dynamique, les relations économiques entre la France et la Turquie piétinent.

La France demeure certes l'un des principaux investisseurs en Turquie, mais elle se trouve de plus en plus distancée d'année en année, puisqu'elle est passée de la première à la dixième place, en termes de flux, entre 2005 et 2007. De même, les échanges commerciaux bilatéraux n'ont progressé que très faiblement par rapport à 2006, alors que certains de nos partenaires européens ont vu leurs échanges exploser l'an dernier. Ainsi, l'Allemagne et l'Italie ont vu leurs ventes augmenter respectivement de 19 % et 15 % sur le marché turc en 2007, tandis que la France n'enregistrait qu'une progression de 8 % de ses ventes. Les États-Unis ont ravi à la France la place de cinquième fournisseur de la Turquie en 2007. Ces chiffres illustrent bien le fait que l'on assiste à une perte des parts de marché des entreprises françaises en Turquie : celles-ci sont passées de 5,1 % en 2005 à 4,6 % en 2007.

Selon nos interlocuteurs en Turquie, ces moindres performances françaises s'expliquent d'abord par la structure de nos exportations, particulièrement tournées vers les biens de l'industrie automobile, qui ont subi un net recul. Il n'en demeure pas moins que la dégradation des relations franco-turques est susceptible d'avoir un impact sur les relations économiques entre nos deux pays, même si celui-ci apparaît encore difficile à évaluer. Ceci est particulièrement sensible pour les grands contrats, catégorie généralement soumise à accord politique. A cet égard, il convient d'observer que la France est aujourd'hui exclue des contrats militaires. On se souvient aussi que la Turquie a refusé d'inclure Gaz de France dans le consortium créé pour le projet de gazoduc Nabucco qui devrait relier la mer Caspienne à l'Europe. Par ailleurs, on nous a signalé que des entreprises de pays tiers font de plus en plus montre de réticences à former un consortium avec des entreprises françaises pour se présenter sur le marché turc, de peur que le projet ne soit rejeté au niveau politique, du fait de la présence d'intérêts français en son sein. De ce fait, les entreprises françaises qui cherchent à obtenir de grands contrats « sensibles » sont de plus en plus contraintes de développer des stratégies de contournement, visant à dissimuler la bannière française, pour ne pas trop souffrir de la détérioration des relations.

Commerce bilatéral

2005

2006

2007

Exportations françaises
(en milliards d'euros)

4 662

5 208

5 193

Importations françaises
(en milliards d'euros)

3 541

4 238

4 787

Solde
(en milliards d'euros)

1 121

970

406

Parts de marché de la France

5,1

4,8

4,6

Flux bruts d'IDE
(en milliards de dollars)

2 107

439

347

Stocks nets d'IDE
(en milliards de dollars)

7 020

7 332

ND

Source : services économiques, Ambassade de France en Turquie