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En attendant la taxe carbone... Enjeux et outils de la réduction des émissions de CO2

 

C. LES CONDITIONS DE LA RÉUSSITE

Il résulte de ce qui précède que l'instauration d'un mécanisme d'inclusion carbone aux frontières de l'Europe est possible et même éventuellement souhaitable, mais qu'il doit être subordonné à plusieurs conditions pour être compatible avec les engagements internationaux de la France (et de ses partenaires européens) ainsi que pour être perçu comme légitime par la communauté internationale, à commencer par les pays visés, et ne pas entraîner de représailles commerciales.

1. Poursuivre les efforts en vue de la conclusion d'un accord international contraignant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre

En premier lieu, la France et l'Europe doivent poursuivre leurs meilleurs efforts en vue de parvenir à un accord décisif pour le climat lors de la 15ème conférence des Nations-Unies sur le changement climatique, qui doit se tenir à Copenhague en décembre 2009.

Cette obligation s'impose, d'une part, du fait qu'une forte coopération internationale est le moyen le plus sûr de parvenir à l'objectif recherché et, d'autre part, parce que la recherche d'accords de bonne foi serait nécessairement examinée par les instances de règlement des différents de l'OMC s'ils avaient à connaître d'un mécanisme d'inclusion carbone européen aux frontières.

2. Essayer les solutions les plus souples

Comme il a été indiqué plus haut, la jurisprudence de l'OMC tend à soupeser les alternatives à une solution radicale comme une « taxe aux frontières » ou un mécanisme d'inclusion carbone.

Telle est d'ailleurs la voie suivie par l'Union européenne puisque, comme développé supra, les articles 10 bis à 10 quater que la directive 2009/29/CE précitée a introduits dans la directive 2003/87/CE définissent précisément les règles communautaires transitoires concernant la délivrance de quotas à titre gratuit et les mesures destinées à soutenir certaines industries à forte intensité d'énergie en cas de fuite de carbone. Il s'agit d'assurer la délivrance, dans une proportion adéquate, de quotas gratuits aux secteurs industriels qui auront été identifiés comme très exposés à la concurrence internationale et au risque de fuite de carbone. Une telle délivrance pourrait être effectuée jusqu'en 2027.

Il pourrait donc être nécessaire d'attendre une évaluation du rôle protecteur que pourrait jouer la délivrance de quotas gratuits aux industries concernées avant de prendre une mesure plus contraignante, telle qu'un mécanisme d'inclusion carbone. De fait, l'objet d'une telle législation ne devrait pas être perçu comme une restriction injustifiée du commerce international alors même que des alternatives sont possibles pour atteindre le même objectif.

Le projet de loi américain dit « Waxman - Markey » avance d'ailleurs sur ce chemin puisqu'il prévoit lui aussi des mesures d'attributions gratuites de quotas aux secteurs exposés et n'envisage pas (même s'il le fait en termes clairs) de mettre en place un mécanisme d'allocation de quotas aux importateurs avant 2025 (cf. supra), alors même que le Président des Etats-Unis devra avoir fait rapport au Congrès de l'efficacité de l'attribution de quotas gratuits avant le 1er janvier 2018108(*).

* 108 American clean energy and security Act of 2009, section 767 a.