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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )
3. La croyance dans la force de l'Alliance et le caractère inaltérable de l'engagement américain

N'accordant qu'une priorité relative à la menace balistique et confrontés à une crise des finances publiques, les pays européens de l'Alliance atlantique acceptent globalement l'idée que la future défense antimissile de l'OTAN reposera essentiellement sur les moyens américains.

Parler d'une défense de l'OTAN lorsque les moyens sont en réalité apportés quasi-exclusivement par un seul pays peut paraître relever de la fiction. Mais la situation n'était pas très différente dans le domaine nucléaire, avec une planification réalisée au sein de l'OTAN et des moyens principalement américains, même si des dispositions étaient prises pour associer les alliés à cette mission.

Il est évident que du niveau de leur contribution dépendra le degré d'implication et de contrôle des nations européennes dans cette défense antimissile de l'OTAN. Peu d'entre elles paraissent cependant redouter les effets, en termes de souveraineté, d'une participation minimale.

Le Royaume-Uni constitue un cas particulier. Il considère ses intérêts de sécurité étroitement imbriqués à ceux des Etats-Unis et possède de longue date des liens stratégiques étroits avec ces derniers dans les domaines du nucléaire et du renseignement. Le déploiement de capacités antimissiles américaines en Europe - dans ou hors de l'OTAN - semble constituer pour les Britanniques un « non-sujet ».

Beaucoup de nouveaux pays membres de l'OTAN d'Europe centrale et orientale expriment pour leur part une forte demande de ré-assurance de sécurité, au-delà de la garantie fournie par l'article 5 du traité de Washington. La question qui leur importe n'est pas tant de savoir comment le système fonctionnera et par qui il sera contrôlé, que d'établir avec les Etats-Unis un lien de sécurité physique et visible, assorti d'engagements solides.

D'autres membres de l'Alliance enfin ne voient dans l'EPAA que la continuation d'une politique constante d'engagement militaire américain au profit de la défense de l'Europe, l'OTAN restant la manifestation concrète de ce lien transatlantique intangible.

On peut se demander si une telle situation perdurera indéfiniment.

L'intérêt stratégique des Etats-Unis se déplace vers l'Asie de l'Est et du Sud. Quelle priorité accorderont-ils à la sécurité de l'Europe ?

L'opération de « Unified Protector » en Libye constitue pour l'OTAN un cas de figure nouveau, avec une réduction substantielle de la participation américaine dès l'achèvement de la première phase des actions militaires, et un passage de relais aux pays européens. Bien que les Etats-Unis apportent encore un soutien essentiel à cette opération, ce désengagement relatif, encore insuffisant aux yeux d'une partie du Congrès, est peut-être le signe que les Européens doivent s'habituer à ne plus trop compter sur l'aide illimitée des Etats-Unis, surtout à la périphérie de l'Europe. Mais cela montre aussi les limites évidentes des capacités militaires européennes.

Les Etats-Unis font face à un déficit budgétaire et à un endettement croissants qui aura inévitablement des répercussions sur le budget de la défense, et donc sur leur niveau d'engagement militaire auprès de leurs alliés.

La dernière intervention prononcée en Europe par le Secrétaire d'Etat à la défense Robert Gates, le 10 juin dernier à Bruxelles, a eu un retentissement particulier. Estimant que les budgets de défense européens avaient diminué de 15 % depuis le 11 septembre 2001 et dénonçant la situation d'une Alliance à deux vitesses, il a mis en garde les Européens sur les réticences croissantes du Congrès à dépenser les ressources du contribuable américain pour le compte de nations peu disposées à faire les efforts nécessaires pour assumer leur propre défense.

Cette problématique pourrait s'appliquer à la défense antimissile s'il advenait que les Etats-Unis ne réalisent pas l'intégralité des déploiements prévus par l'EPAA ou que ces déploiements n'apportent pas la couverture et le niveau de protection attendu. Les nations européennes seront alors placées devant un choix difficile.