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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )

II. UN DILEMME POUR LA FRANCE

Si l'on considère les dix dernières années, on doit constater le décalage entre la lente progression de la réflexion politique et stratégique de la France sur la défense antimissile et la montée en puissance continue de cette problématique au plan international, et singulièrement au sein de l'Alliance atlantique.

Ainsi, la France ne se trouve pas dans la position la plus favorable pour articuler, de manière cohérente et profitable à ses intérêts, sa stratégie de défense et la mise en oeuvre de la défense du territoire européen contre les missiles balistiques décidée à Lisbonne.

Dès lors, elle se trouve face à un dilemme : ne pas se laisser entraîner dans une course dont elle n'a pas les moyens, mais ne pas être déclassée stratégiquement, ni distancée technologiquement.

A. S'ADAPTER AU MIEUX, FAUTE D'AVOIR ANTICIPÉ

Alors qu'elle ne l'avait jusqu'alors jamais envisagé pour son propre territoire, la France a accepté, à Lisbonne, avec tous les autres pays européens de l'Alliance atlantique, le principe d'une protection des territoires et des populations de l'Europe contre les missiles balistiques.

De fait, le Livre blanc, publié mi-2008, deux ans à peine avant le sommet de Lisbonne, ne tranche pas la question d'une défense du territoire national contre les missiles balistiques. Il confirme l'acquisition de moyens de défense de théâtre. Il prévoit le développement d'une capacité d'alerte avancée, mais celle-ci se limite à une fonction de renseignement - surveillance de la prolifération et identification d'un agresseur pour renforcer la dissuasion - et elle n'est pas reliée à la mise en place d'une « défense active » antimissile.

La perspective d'une telle « défense active » est certes évoquée par le Livre blanc. Elle pourrait découler, « à terme », des « efforts collectifs » menés « dans le cadre de l'Union européenne et de l'Alliance atlantique », la France se limitant, à ce stade, à soutenir « la poursuite des études lancées par l'OTAN pour définir l'architecture globale d'un système de défense de l'Alliance atlantique contre les systèmes balistiques à longue portée ».

La planification associée au Livre blanc ne prévoit ni accélération de la mise en place d'une capacité autonome de défense de théâtre, ni lancement d'études ou de développements nouveaux liés à la défense de territoire, hormis l'alerte avancée.

Cette option attentiste a été bousculée par l'annonce de l'EPAA, assortie d'un calendrier précis s'échelonnant de 2011 à 2020, et l'endossement par l'OTAN, dans la foulée, de l'objectif d'une défense antimissile des territoires et des populations.

Le caractère encore embryonnaire de la réflexion stratégique française tient d'abord à des raisons internes. La contrainte financière est une puissante incitation à repousser, voire occulter, le débat sur la défense antimissile. Le débat doctrinal sur l'antagonisme supposé entre dissuasion et défense antimissile a aussi joué un rôle retardateur.

D'autre part, le caractère structurant des initiatives américaines en Europe ne facilite pas l'émergence d'une vision nationale autonome, d'autant que ces initiatives ont varié dans le temps. Au projet de 3ème site (administration Bush) a succédé l'EPAA (administration Obama), qui n'est peut-être pas l'ultime version d'une future ossature de la DAMB en Europe.

Il est d'autant moins confortable pour la France d'avoir à se positionner, de manière réactive, sur les propositions américaines successives, qu'elle a régulièrement repoussées le moment où elle aurait à prendre position sur la défense du territoire contre les missiles balistiques, et sur la manière d'y parvenir.

Au cours de la dernière décennie, les Etats-Unis n'ont jamais fléchi dans leur détermination à renforcer l'architecture de leur défense antimissile et à y associer leurs alliés, tant pour améliorer la protection de leur propre territoire national que pour consolider leurs alliances autour de nouvelles garanties de sécurité. La question n'était pas tant de savoir si des moyens américains seraient déployés en Europe, mais quand et comment ils le seraient.

Était-il imaginable qu'à Lisbonne, un ou des pays européens fassent obstacle à la décision de développer une défense du territoire contre les missiles balistiques ? Au nom de quels arguments ? Il est clair que l'OTAN ne développera que le C2, pour un coût additionnel apparemment raisonnable. Les moyens seront apportés par les nations sur la base du volontariat, et ceux annoncés par les Etats-Unis sont en mesure d'assurer un certain niveau de protection. Comment cette protection, même incomplète, pouvait-elle ne pas être acceptée ?

Faute d'avoir inclus la défense antimissile dans sa stratégie de défense, la France doit désormais décider comment s'adapter au mieux au cadre établi par l'OTAN, sur la base des projets américains.