IV. LE DÉVELOPPEMENT ET LA SÉCURITÉ À L'ÉCHELLE DE LA RÉGION SONT LES SEULES SOLUTIONS DE LONG TERME

A. UNE APPROCHE GLOBALE SERAIT NÉCESSAIRE

Pour transformer un succès militaire en succès politique, une approche globale s'impose pour la reconstruction du pays. Il n'y a pas de sécurité sans développement, ni de développement sans sécurité.

Il ne suffit pas de gagner la guerre : il faut aussi gagner la paix.

L'expérience de l'Afghanistan ou d'Haïti par exemple, laissent dubitatifs. Saura-t-on faire mieux cette fois ci ?

Il n'est pas douteux que prévenir un conflit « coûte » moins cher à tous égards que d'intervenir militairement pour tenter de le résoudre.

Les coûts financiers des opérations de stabilisation, de maintien de la paix ou de reconstruction post-conflits sont extrêmement élevés, pour des résultats qui restent fragiles. Le budget des 15 opérations de maintien de la paix de l'ONU, qui mobilisent près de 100 000 personnels en uniforme, est de 7,3 milliards de dollars, dont la France assume (autour de 7,5 %), en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, plus que sa quote-part dans le financement de l'Organisation, soit 400 millions d'euros en 2013 , ce qui représente près du tiers du budget du Quai d'Orsay (programme 105). Serval aura coûté 200 millions d'euros en 4 mois.

Il nous faut collectivement arbitrer pour un choix d'allocations de ressources intellectuelles, humaines et financières qui favorise plus la prévention et non pas la gestion militaire des crises ou la reconstruction, processus complexe et coûteux.

Le développement économique, la construction des structures de l'état, de l'administration, de la justice, sont les plus sûrs moyens de prévenir les crises. La consolidation d'États fragiles ou le rétablissement de leur stabilité requièrent la mise en oeuvre d'un ensemble d'actions complémentaires et cohérentes dans tous les domaines.

La coordination entre l'action des militaires, celle des diplomates et des coopérants est loin d'être une marque de fabrique française, là où d'autres cultures, notamment britanniques, savent impulser des démarches plus transversales.

C'est ce déficit « d'approche globale » qui est bien souvent la pierre d'achoppement de notre action.

Le Livre blanc de 2008 avait déjà mis en avant cette nécessité d'approche globale, qui a conduit à l'adoption, en 2009, d'une stratégie interministérielle de gestion civilo-militaire de gestion des crises extérieures. Si le concept semble désormais bien identifié, il peine toutefois à se traduire dans les faits.

Car bien souvent, si nous peinons à « transformer l'essai » du succès militaire en succès politique et économique, c'est faute d'une mobilisation coordonnée des différents acteurs et opérateurs civils. Le coût d'opportunité s'étend d'ailleurs aussi parfois à nos entreprises, qui peinent ensuite à se positionner sur les marchés de la reconstruction.

Mettre en oeuvre une « approche globale » implique en amont qu'on puisse mieux prévenir les crises, par des actions de coopération structurelle militaire et de coopération civile, qu'on puisse mieux en détecter les signaux avant-coureurs et qu'on sache aussi, dès les débuts de l'intervention militaire quand celle-ci s'avère inévitable, déployer, en coordination avec l'action militaire, des capacités civiles pour créer les conditions d'une stabilisation durable.

Chacun connaît la fragmentation organique et décisionnelle des différentes administrations et opérateurs : le dispositif français ne se caractérise pas toujours par un partage clair des responsabilités non plus que par une grande cohérence d'action.

En matière d'expertise internationale par exemple, le récent rapport « Pour une « équipe France » de l'expertise à l'international 32 ( * ) » de notre collègue Jacques BERTHOU, membre du groupe de travail, a montré les contradictions de la politique française en matière de promotion de l'expertise française sur les marchés internationaux de coopération au développement. Ce rapport montre que l'État a laissé se développer une concurrence entre de trop nombreux opérateurs publics sans clarifier les champs de compétence et les modèles économiques de chacun. L'offre publique française d'expertise à l'international apparaît fragmentée, dispersée et de ce fait, d'une taille insuffisante pour faire face à la concurrence internationale. Cette situation constitue un gaspillage d'argent public et empêche « l'équipe France » de bénéficier d'une demande croissante d'expertise largement financée par nos contributions multilatérales.

Cet exemple particulièrement éloquent montre combien nous sommes loin d'avoir dépassé le stade de la conceptualisation en matière d'« approche globale ».

Cette approche très exigeante nécessite en effet une doctrine et un mode opératoire renouvelé, une capacité de planification et d'action interministérielles, qui pourrait être un enjeu du futur Livre blanc.


* 32 Rapport de M Jacques BERTHOU, membre du groupe de travail, http://www.senat.fr/notice-rapport/2012/r12-131-notice.html

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