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Histoires Mémoires Croisées "Des champs de bataille aux réécritures de l'Histoire coloniale" - Rencontre du 8 juillet 2014

9 juillet 2014 : Histoires Mémoires Croisées "Des champs de bataille aux réécritures de l'Histoire coloniale" - Rencontre du 8 juillet 2014 ( rapport d'information )

3.3. M. GILLES AUBAGNAC, HISTORIEN, CHEF DU SERVICE DE LA CONSERVATION AU MUSÉE DE L'AIR ET DE L'ESPACE LES PRÉSENCES DU MONDE DANS LES DEUX CONFLITS MONDIAUX

Une idée fausse revient souvent : la France aurait oublié, voire condamné à l'oubli définitif, le sacrifice des soldats recrutés en dehors de la métropole et qui ont combattu pour elle. Je ne veux entrer dans aucune polémique mais je voudrais montrer, en quelques minutes, que, dans le domaine militaire, il n'y a pas d'oubli, bien au contraire, en dépit de l'histoire, lourde, de la décolonisation.

Écoutez les noms de ces régiments de l'armée française... derrière les noms il y a une histoire et la mémoire de tous soldats qui nous ont précédés :

(Formations héritières des traditions de l'armée d'Afrique)

1er régiment de tirailleurs, Épinal

1er régiment de spahis, Valence

1er régiment de chasseurs d'Afrique, Canjuers

40e régiment d'artillerie, Suippes

54e régiment d'artillerie, Hyères

68e régiment d'artillerie d'Afrique, La Valbonne

31e régiment du génie, Castelsarrasin

41e régiment de transmissions, Senlis

511e régiment du train, Auxonne

515e régiment du train, La Braconne

516e régiment du train, Toul

mais aussi toutes les unités de la Légion étrangère

(Formations héritières des traditions des troupes indigènes coloniales)

5e régiment interarmes d'outre-mer (bataillons de marche somalis), Djibouti

9e régiment d'infanterie de marine (tirailleurs tonkinois), Cayenne et Saint-Jean du Maroni, Guyane

21e régiment d'infanterie de marine (troupes indigènes), Fréjus

Régiment de marche du Tchad (régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad), Noyon

3e régiment du service militaire adapté (5e régiment d'artillerie coloniale, artilleurs indochinois), Cayenne, Guyane

4e régiment du service militaire adapté (7e régiment d'artillerie de marine, artilleurs malgaches), Saint-Denis, La Réunion

Groupement du SMA de Guyane (28e RIAOM, 8e régiment de tirailleurs sénégalais), Saint-Jean-du-Maroni, Guyane

Groupement du SMA de Polynésie (11e régiment d'infanterie de marine, tirailleurs cochinchinois).

Il ne s'agit pas d'une litanie datant de l'exposition coloniale de 1931. Ces régiments sont ceux de l'armée française d'aujourd'hui. Ils ont été engagés au cours des années passées au Liban, en Ex-Yougoslavie, en Afghanistan et, aujourd'hui, en Centrafrique ou au Mali. Sachant que la marine et l'armée de l'air représentent des effectifs squelettiques et qu'il n'y a plus seulement qu'environ 80 régiments dans l'armée de terre d'aujourd'hui, il est évident que l'héritage des soldats qui n'étaient pas « gaulois » est important5(*).

Les salles d'honneur et de traditions de ces unités et les musées du ministère de la défense présentent également au public des collections illustrant l'engagement des troupes d'outre-mer. De nombreux monuments illustrent leur sacrifice et sont le lieu de cérémonies régulières. Certes, ces questions sont la plupart du temps ignorées du grand public et n'intéressent pas toujours les grands médias...

Aujourd'hui cet héritage est donc, à la fois, un hommage rendu aux anciens et un des éléments de l'efficacité opérationnelle. Plusieurs façons de mettre en oeuvre cet héritage existent. Je retiens, pour faire simple et rapide, deux pistes :

· la conservation et la recréation des régiments, ainsi que les unités de tradition ;

· les noms de promotion, les monuments, les commémorations et les musées.

Mais pour comprendre cela, il faut aussi connaître le fonctionnement mental psychologique des militaires et pourquoi l'histoire est l'un des moyens qui permet aux armées de la République de traverser les périodes au service de la France.

L'histoire, dans les armées, est une sorte de généalogie ; et c'est en cela qu'elle participe à l'efficacité opérationnelle.

Pour qui meurt-on encore aujourd'hui en Afghanistan, au Mali ; il y a quelques années en ex-Yougoslavie ou encore au Liban ?

Certes « pour la France ! » C'est une loi du 2 juillet 1905.

Mais au-delà de cette formule et des grandes idées il existe une réalité plus terre à terre. Le soldat meurt pour son camarade, pour son binôme, pour son sergent, pour son lieutenant, pour la mission qu'il doit remplir. Il meurt pour l'idée qu'il se fait de lui-même et qu'il cherche parfois dans le regard des autres. Les militaires fonctionnent avec un fort surmoi (Freud) dans une morale close (Bergson). S'il n'y a pas ces deux piliers - le surmoi et la morale close -, il n'y a plus d'armée de la République dans un pays démocratique ; il n'y a plus que des sociétés de sécurité ou des mercenaires. L'histoire du régiment, l'action des « anciens » est l'armature de cette généalogie qui s'appuie sur ces deux piliers. Cette généalogie est variable et l'histoire finalement polymorphe. Certaines unités rechercheront cette identité - appelée culture d'arme - dans les batailles du Premier Empire, d'autres dans les combats de la Grande Guerre et d'autres encore justement dans cette période de la France des outre-mer. À travers l'histoire de ces unités, c'est aussi la mémoire des soldats originaires de ces pays qui est active : les tirailleurs, les spahis, les artilleurs d'Afrique, les cavaliers de Yusuf...

Le soldat d'aujourd'hui s'inscrit dans une lignée ; il existe d'une certaine manière un culte des ancêtres. L'ancien, dans ce qu'il a de meilleur, est un guide et il n'est pas question de le trahir. Et « l'ancien » dans l'armée française de 2014, c'est aussi le tirailleur somali, l'artilleur du Maroc, le marsouin ultra-marin...

L'histoire est nécessaire car elle rappelle le passé ; sans passé pas de perception du présent, pas de vision sur l'avenir. Le présent n'est qu'une succession d'instants sans hiérarchie possible : tout vaut tout. Alors que la relativité et la priorisation sont seuls des moyens de comprendre l'action. « Ici et maintenant » n'a de sens que si un « ailleurs et hier » est connu.

Bien sûr, certains pourront dire qu'il y a là une instrumentalisation de l'histoire. Mais ne soyons pas dupes. Certes l'histoire tend vers la neutralité et l'objectivité, mais elle est toujours étudiée, diffusée, vulgarisée dans et pour des considérations du temps présent. C'est elle qui donne du sens.

Cette histoire, cette généalogie passe par le drapeau (ou l'étendard) de chaque régiment. C'est un point majeur pas toujours compris dans la société civile, surtout depuis la disparition du service militaire.

Le drapeau est, à la fois, une illustration de quelques articles de la Constitution et un résumé de la généalogie de l'unité.

Il est tricolore, porte les initiales RF et la devise de la République « Liberté, égalité, fraternité ». Il est la manifestation visible de la délégation de l'usage de la force que font les citoyens dans le registre le plus régalien qui soit. C'est le drapeau qui fait que le soldat de la République n'est pas un mercenaire.

Mais le drapeau porte aussi le nom et le numéro d'un régiment. Il y a là une histoire qui est illustrée, presque célébrée pourrait-on dire, par l'inscription des noms de batailles dans ses plis et par les décorations qu'il porte agrafées sur sa cravate.

Cette identité est importante et ce depuis des siècles.

« On sait de quels prodiges de valeur les régiments sont capables pour soutenir l'honneur de leur numéro et pour se montrer digne de leur surnom. Rétablir et conserver les glorieux souvenirs qui se rattachent aux anciens corps de troupes seraient le moyen le plus efficace de ranimer l'esprit de corps, trop souvent ébranlé en France par les licenciements, par les réorganisations de l'armée et remédier à l'absence de traditions dont les rangs de nos jeunes soldats sont vides aujourd'hui. » (Rapport au roi du général Currières, ministre de la guerre, le 17 avril 1839)

Le nom ? Nous l'avons déjà évoqué :

· 68e régiment d'artillerie d'Afrique...

· 1er régiment de tirailleurs...

· 1er régiment de spahis...

· Et tous les autres...

Ce n'est pas de l'orientalisme comme la peinture de la fin du XIXe siècle, c'est une réalité et une fierté pour tous les soldats qui servent dans ces unités.

Lorsque les jeunes engagés sont présentés à l'emblème de leur unité, c'est cette histoire qu'il leur est racontée, c'est cette histoire qui est illustrée dans les salles d'honneur des régiments mais aussi dans des musées comme ceux des troupes de marine à Fréjus, de l'artillerie à Draguignan ou de la cavalerie à Saumur.

Car cette histoire est constituée par un patrimoine à la fois matériel et immatériel et, pour ces régiments, si le nom des anciens ou leur couleur de peau ne sont pas les mêmes que ceux du régiment d'infanterie mis sur pied en août 1914 à... Brive-la-Gaillarde, par exemple, la valeur de l'exemple est exactement la même.

En effet, ces noms, contrairement à une idée fausse, ne sont pas des relents ou des regrets d'une histoire coloniale...

Ces noms sont des exemples d'hier pour une action aujourd'hui.

Cette histoire d'hier est portée par les noms de bataille.

Cette tradition est née par la volonté de Napoléon Ier de s'autocélébrer, mais elle a été reprise de manière bien moins hagiographique par la IIIe République à partir de 1880. Aujourd'hui nous héritons de cet esprit, de ces régiments en les ayant adaptés à l'histoire et à la mémoire des soldats de la France.

Quelques exemples permettent de comprendre cet héritage, cette généalogie, cette mémoire.

Le régiment de marche du Tchad (RMT)

Il a été créé au cours de la Seconde Guerre mondiale mais à partir du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad (RTST) dont les inscriptions de bataille sur son drapeau étaient : Tchad 1900, Ouaddaï 1909, Borkou-Ennedi 1913, Cameroun 1914-1916. Le 30 juillet 1943, le général de Gaulle accorde au régiment deux citations à l'ordre des Forces françaises libres pour les combats de 1941 à 1943 en Libye et en Tunisie. Ces deux premières citations à l'ordre de l'armée confèrent au drapeau du RTST la croix de guerre 1939-1945 avec deux palmes, ainsi que la fourragère aux couleurs de la croix de guerre 1914-1918 avec olive 1939-1945. Lorsqu'en Afrique du Nord le RTST devient RMT, les tirailleurs noirs sont rapatriés au Tchad. Mais le général de Gaulle est attentif aux traditions et aux symboles. Si bien que par décision du 17 janvier 1944, le régiment de marche du Tchad est proclamé « héritier des traditions du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad dans la continuation de l'action de guerre menée par les troupes coloniales. La croix de guerre avec deux palmes et la fourragère aux couleurs de la croix de guerre sont ainsi conférées au drapeau du régiment de marche du Tchad6(*). »

Par la suite, le régiment de marche du Tchad obtient au sein de la 2e DB deux nouvelles citations à l'ordre de l'armée7(*). Avec un total de quatre citations à l'ordre de l'armée, le drapeau du RMT reçoit la fourragère aux couleurs du ruban de la médaille militaire8(*).

Après la guerre, la commission des emblèmes accorde au RMT six inscriptions9(*) de bataille sur la soie du drapeau : Koufra 1941, Fezzan 1942, Sud Tunisien 1943, Alençon 1944, Paris 1944, Strasbourg 1944.

Ces noms de Koufra et de Fezzan et Sud-Tunisien ont été particulièrement inscrits pas les tirailleurs. Citer ces noms, c'est rappeler les noms de ces soldats.

Mais le RMT n'est pas le seul. On peut considérer que les cinq autres unités coloniales faites compagnons de la Libération par le général de Gaulle sont, elles aussi, dépositaires d'un patrimoine légué par les troupes indigènes qui ont servi en leur sein : 2e régiment d'infanterie de marine (RIMa), héritier de la 2e brigade de la 1re division française libre (bataillon de marche n° 4, BM 5 et BM 11), 1er régiment d'artillerie de marine, 3e régiment d'artillerie de marine. Il en va de même pour une autre unité de l'armée d'Afrique, compagnon de la Libération, le 1er régiment de spahis, qui au travers d'appellations différentes a été maintenu à l'ordre de bataille et stationne à Valence depuis 1984.

Des régiments ont aussi été recréés lors des réorganisations pour en quelque sorte « redonner vie » à un patrimoine.

C'est le cas des deux unités d'infanterie de marine du Pacifique (Nouvelle-Calédonie et Polynésie). À partir du 1er juillet 1948, un bataillon mixte d'infanterie coloniale du Pacifique stationne en Nouvelle-Calédonie et un de ses détachements sert à Tahiti à compter du 1er juillet 1949, sous l'appellation de détachement autonome de Tahiti. Tout naturellement, cette unité se considère comme dépositaire des traditions du bataillon d'infanterie de marine et du Pacifique (BIMP, cinq fois citée à l'ordre de l'armée en 1940-1945, titulaire de la fourragère aux couleurs du ruban de la médaille militaire avec olive 1939-1945, et compagnon de la Libération, constitué après la bataille de Bir-Hakeim, en juillet 1942, par la fusion du 1er bataillon d'infanterie de marine10(*) et du bataillon du Pacifique11(*).

Le système évolue en fonction des réorganisations mais le principe demeure.

En 1981, lorsque l'on transforme les deux bataillons en deux régiments du Pacifique12(*), ils sont autorisés à « recueillir intégralement et conjointement » les traditions du BIMP. Il se trouve que l'on attribue, en fait, le patrimoine d'un bataillon (formant corps, il est vrai) à deux régiments distincts. Seule différence entre les deux drapeaux, la localisation géographique de l'unité. Pour le reste, appellations, noms de bataille marqués sur la soie et décorations accrochées à la cravate13(*) sont identiques.

En fait, cette situation exceptionnelle s'explique aisément : le pouvoir politique et la hiérarchie militaire soulignent, au prix de quelques entorses aux règles en usage, l'importance qu'elles attachent aux traditions militaires héritées du Pacifique. Pour preuve supplémentaire, l'inscription « Grande Guerre 1914-1918 » et la croix de guerre avec palme méritées par le 1er bataillon mixte du Pacifique en 1916-1918, patrimoine confié en 1988 aux deux régiments du Pacifique14(*).

Cette politique de préservation de la mémoire des unités indigènes est toujours active au sein des armées et profite des opportunités offertes par les réorganisations fonctionnelles de l'institution. C'est ainsi que le souvenir des tirailleurs algériens, tunisiens et marocains de l'armée d'Afrique est ravivé par la création en 1994, à Épinal, d'un 1er régiment de tirailleurs15(*). Dans le même esprit, un 1er régiment de chasseurs d'Afrique (camp de Canjuers) figure à nouveau à l'ordre de bataille de l'armée de terre depuis 1998.

Sur l'étendard du 68e régiment d'artillerie d'Afrique (RAA), il y a Maroc 1908, Les Deux Morins 1914, Champagne 1915, Verdun 1917, L'Aisne 1917, Picardie 1918 ; Djebel Zaghouan 1943, Mulhouse 1944, Danube 1945.

Ces batailles ont été livrées par des artilleurs venant d'Algérie et du Maroc. L'exemple à suivre aujourd'hui pour les artilleurs de La Valbonne près de Lyon est donné par des hommes venant de ces pays, plus berbères et kabyles que gaulois.

Pour perpétuer cette mémoire, la transmission des traditions de certaines unités de tirailleurs à d'autres unités des troupes de marine qui n'ont pas le même numéro ou la même appellation ; ces dernières deviennent alors des unités de tradition gardiennes du patrimoine qui leur est confié. Deux unités sont à cet égard exemplaires : le 41e BIMa et le 5e régiment interarmes d'outre-mer (RIAOM) qui conservent respectivement le souvenir du 12e bataillon de tirailleurs malgaches (BTM) et celui du bataillon de tirailleurs somalis.

Les marsouins présents en Côte française des Somalis, puis, à partir de 1967, sur le Territoire français des Afars et des Issas, conservent bien entendu la mémoire de leurs compagnons d'armes somalis. Mais il faut attendre la fin des années soixante pour voir officialisée cette transmission de patrimoine, à la faveur de la création du 5e régiment interarmes d'outre-mer. En effet, la décision de création de l'unité précise qu'il est attribué au 5e RIAOM « un emblème où figureront les inscriptions du bataillon somali16(*). » Outre les inscriptions de bataille, le 5e RIAOM hérite également des décorations décernées au bataillon somali. En avril 1970, Michel Debré, ministre de la défense, décida qu'en vue de perpétuer les traditions du bataillon somali, « l'emblème du 5e RIAOM sera admis, de façon très exceptionnelle, à porter, accrochées à sa hampe, les deux croix de guerre 1914-1918 avec palmes obtenues respectivement par le 5e RIC et le bataillon somali17(*). » La décision ministérielle précise que les rubans des deux croix de guerre seront ornés chacun d'une barrette en métal blanc - comparable à la barrette des médailles commémoratives - portant l'une, l'inscription 5e Régiment d'infanterie coloniale et l'autre, l'inscription Bataillon somali. Curieusement, la décision de 1970 ignorait les titres de guerre des Somalis de 1945. Oubli réparé - de façon non réglementaire - puisque l'habitude a été prise d'accrocher également à la cravate du drapeau du 5e RIAOM les décorations décernées au bataillon de marche somali pendant la Seconde Guerre mondiale : la croix de guerre 1939-1945 avec une palme, une étoile d'argent et une barrette Bataillon somali.

Dernier témoignage matérialisant le souvenir des tirailleurs somalis, la décision18(*) du général chef d'état-major de l'armée de terre, qui donne son accord, en septembre 1996, pour que les personnels du 5e RIAOM portent en tenue de défilé la ceinture rouge des troupes indigènes19(*). C'est ainsi que les marsouins et les bigors20(*) du 5e RIAOM maintiennent aujourd'hui en République de Djibouti les traditions des tirailleurs somalis.

Pour tenter d'être complet, mais c'est impossible en si peu de temps, il faudrait citer aussi les monuments commémoratifs et les commémorations elles-mêmes mais aussi, dans le patrimoine immatériel, les noms de promotion.

Les baptêmes de promotion dans les écoles de l'armée de terre sont ainsi l'occasion de faire vivre la mémoire de ces soldats venus des outre-mer. L'adjudant Bourama Dieme, commandeur de la Légion d'honneur, a été choisi pour parrain par les élèves sous-officier de la 225e promotion de l'École nationale des sous-officiers d'active (ENSOA) à Saint-Maixent-l'École et l'adjudant-chef Hoang Chung par la 242e promotion.

Monuments du souvenir, sites de mémoire accueillant les cérémonies militaires, collections des musées ou des salles d'honneur du ministère de la défense, adoption par les soldats de l'armée professionnelle de tenues dites de tradition, port d'insignes spécifiques, préservation des unités et de leur patrimoine de traditions, reconnaissance officielle des filiations, transmission aux jeunes générations de combattants des décorations collectives décernées aux anciens, inscriptions de noms de bataille sur le drapeau ou l'étendard, emblèmes confiés à la garde d'unités de tradition, autant d'éléments qui rappellent d'abord l'exemple de ceux qui se sont illustrés au service des armes de la France, qui contribuent ensuite, aujourd'hui comme hier, au développement des forces morales, et qui sont enfin des « réveils de mémoire ». Depuis les années soixante, ils témoignent de la volonté de ne pas oublier dans les formations militaires les tirailleurs, goumiers, spahis, supplétifs, travailleurs, volontaires, miliciens ou auxiliaires, ces Maghrébins, Africains, Malgaches, Somalis, Comoriens, Indochinois, combattants du Pacifique ou des Antilles, ces soldats de l'outre-mer envers lesquels la nation a une dette d'honneur, prix du sang versé pour la défense de la France aux heures les plus sombres de son histoire.


* 5 Il serait très long de faire ici un point détaillé sur ce sujet et je ne peux que renvoyer à un excellent article d'Antoine Champeaux dans la Revue historique des armées. « Le patrimoine des traditions des troupes indigènes » RHA n°271/2013.

* 6 Extrait de la décision n° 31/CAB/MIL/2.G.

* 7 Décision n° 171 du 21 novembre 1944 (JO du 17 décembre 1944) ; Décision n ° 649 du 19 avril 1945 (JO du 7 juin 1945).

* 8 Décision n° 1F du 18 septembre 1946 (BOPP n° 18 du 5 mai 1947, p. 1290). Seules cinq autres unités de l'armée de terre ont obtenu cet honneur en 1939-1945 : le 2e groupe de tabors marocains, la 13e demi-brigade de légion étrangère, le 4e régiment de tirailleurs tunisiens, le 3e régiment de tirailleurs algériens et le bataillon d'infanterie de marine et du Pacifique (BIMP). Sans oublier le 2e régiment de chasseurs parachutistes de l'armée de l'air, unique titulaire de la fourragère à la couleur du ruban de la Légion d'honneur, avec six citations à l'ordre de l'armée.

* 9 Ce qui constitue une exception notable à la règle instituée consistant à n'attribuer au maximum que quatre inscriptions au titre du conflit 1939-1945.

* 10 Première des unités des Forces françaises libres, répondant dès juin 1940 à l'appel du général de Gaulle, à Chypre et à Tripoli, le 1er BIM, sous le commandement du capitaine Lorotte, est le premier à reprendre les combats contre les forces italiennes aux confins de l'Égypte et de la Cyrénaïque (septembre 1940).

* 11 Créé le 2 septembre 1940 à Tahiti, le bataillon rassemble 600 volontaires tahitiens, néo-calédoniens et néo-hébridais.

* 12 Régiment d'infanterie de marine du Pacifique/Nouvelle-Calédonie (RIMaP/NC) et Régiment d'infanterie de marine du Pacifique/Polynésie (RIMaP/P). En juillet 2012, le RIMaP devient détachement Terre Polynésie RIMaP.

* 13 Croix de la Libération, croix de guerre 1939-1945 avec cinq palmes, fourragère aux couleurs de la croix de la Libération et fourragère aux couleurs du ruban de la médaille militaire avec olive 1939-1945.

* 14 Décision n° 3181/DEF/EMAT/EMPL/AA du 12 novembre 1988.

* 15 Le régiment reçoit le patrimoine de tradition du 1er régiment de tirailleurs algériens.

* 16 Ces cinq inscriptions rappelant les faits d'armes du 1er bataillon de tirailleurs somalis pendant la Grande Guerre sont : Verdun-Douaumont 1916, La Malmaison 1917, L'Aisne 1917-1918, La Marne 1918 et Noyon 1918. Elles se rajoutent aux quatre inscriptions méritées par le 5e RIC : Lorraine 1914, Champagne 1915, La Somme 1916 et Picardie 1918.

* 17 Décision n° 12 475 du 1er avril 1970.

* 18 Décision n° 7347/DEF/EMAT/CAB/16 du 18 septembre 1996.

* 19 À l'origine simple sous-vêtement utilisé par tous les soldats, portée de façon apparente dans l'infanterie d'Afrique, la ceinture était de diverses couleurs. Une répartition a été peu à peu adoptée puis réglementée. La ceinture bleue distinguait les corps à recrutement européen : zouaves, infanterie légère d'Afrique, légion étrangère. La ceinture rouge était portée par les unités de tirailleurs à recrutement indigène.

* 20 Artilleurs de marine.