Allez au contenu, Allez à la navigation

Réussir le cluster de Paris-Saclay

23 mai 2016 : Réussir le cluster de Paris-Saclay ( rapport d'information )

AVANT-PROPOS

Mesdames, Messieurs,

La structuration d'un cluster scientifique et technologique sur le plateau de Saclay est un projet très ambitieux en faveur duquel l'État investit 4,5 milliards d'euros depuis 2005. Il pourrait devenir à terme une source majeure de croissance et d'emplois pour la région Île-de-France, et, partant, pour notre pays.

S'inspirant du modèle de la Silicon Valley, il comporte trois grands volets :

- un volet scientifique, avec la constitution progressive de l'université Paris-Saclay, qui rassemble dix-huit universités, grandes écoles et organismes de recherche ;

- un volet économique, qui repose sur l'implantation des centres de R&D des grandes entreprises, la création d'un écosystème favorable aux jeunes entreprises innovantes et aux start-up et la valorisation commerciale des avancées scientifiques et technologiques réalisées sur le plateau ;

- un volet immobilier et aménagement du territoire, centré sur le déménagement de six établissements d'enseignement supérieur sur le plateau et la construction d'un grand campus urbain, moderne et attractif.

Or, ces dernier mois, cette belle ambition française a été gravement mise en péril par les dissensions entre établissements membres de l'université Paris-Saclay et leurs ministères de tutelle.

C'est pourquoi votre rapporteur spécial estime qu'il est temps que cessent les guerres picrocholines qui minent ce formidable projet et que l'État mette en place une gouvernance forte, à même de garantir la fin des éternelles querelles de chapelles qui opposent les grandes écoles aux universités, dérisoires à l'heure où il s'agit de s'unir pour rivaliser avec Stanford, Harvard ou Cambridge.

Pour renforcer l'université, il préconise de faire évoluer la communauté d'universités et établissements (ComUE) pour tendre vers une université plus intégrée et de plein exercice, sans que pour autant les différents établissements perdent leur marque.

Il propose, en outre, d'accroître ses ressources propres (création d'un bachelor unique de l'Université, d'une fondation universitaire) et de la doter d'un ambassadeur connu à l'international ainsi que d'un puissant service de communication.

Le potentiel économique du plateau de Saclay, quant à lui, peut être amélioré en favorisant davantage l'implantation des centres de R&D des grandes entreprises, françaises comme étrangères, et en mettant en réseau les incubateurs, les pépinières et la société d'accélération du transfert de technologies (SATT), qui fonctionnent encore de façon trop isolée.

En ce qui concerne le volet immobilier du projet, qui représente un investissement de 2,1 milliards d'euros, votre rapporteur spécial se montre critique quant à la faiblesse attendue des retours de cession des biens immobiliers des six établissements d'enseignement supérieur en cours de déménagement sur le plateau de Saclay, qui représentait pourtant une part essentielle du plan de financement desdits déménagements.

Les 185,1 millions d'euros qui ont été provisionnés sur le programme d'investissements d'avenir pour compenser ces moindres recettes auraient été bien mieux employés pour financer des programmes de recherche, et ne doivent pas, en tout état de cause, servir à financer des équipements disproportionnés qui mériteraient sans doute parfois d'être redimensionnés à la baisse.

Enfin, votre rapporteur spécial a souligné combien le problème des transports constituait le handicap numéro 1 du cluster de Paris-Saclay, appelant de ses voeux une entrée en service impérative de la ligne 18 du Grand Paris express en 2024 - investissement dont le coût s'élève à 1,7 milliard d'euros - et la mise en place d'autres modes de locomotion collectifs d'ici là (autobus d'entreprises, téléphérique, travaux routiers, etc.).

La réussite du cluster Paris-Saclay ne représente pas seulement un enjeu universitaire et scientifique, mais aussi un enjeu politique, à travers la nécessaire évolution du système d'enseignement supérieur, de recherche et d'innovation français, à laquelle justement la réussite du cluster doit contribuer.